Ces jeux gratuits pour smartphone envoient vos données personnelles en Russie et en Chine
La plupart des jeux gratuits très populaires sur Android embarquent des trackers, qui collectent et transmettent les données des joueurs à des sociétés publicitaires partout dans le monde. Y compris en Russie et en Chine…
Les jeux mobiles gratuits, également appelés free-to-play, ne sont pas toujours aussi désintéressés qu'ils en ont l'air. Entre les publicités qui s'affichent au mauvais moment et les achats intégrés, leur modèle économique repose souvent sur une autre ressource particulièrement précieuse : les données des joueurs. On connaît bien l'adage : si c'est gratuit, c'est nous le produit !
Une enquête menée par Proton et Exodus Privacy, une association qui analyse les trackers et les permissions cachés dans les applications Android, révèle à quel point cela est vrai. Les deux groupes se sont intéressés aux 100 jeux gratuits les plus téléchargés sur Android en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, avec un total cumulé de 20 milliards de téléchargements dans le monde. Parmi eux, on trouve des titres très populaires comme Subway Surfers, Brawl Stars, Block Blast!, Disney Solitaire, Coin Master, Royal Kingdom ou encore Arrows - Puzzle Escape.
Sauf que, en analysant les données du mois de mai 2026, les chercheurs se sont rendu compte que la grande majorité de ces jeux intègrent des outils capables de transmettre des informations sur leurs utilisateurs à des sociétés spécialisées dans la publicité et l'analyse de données.
Le problème vient des "trackers", ces petits outils intégrés aux applications qui permettent de recueillir différentes informations sur leur utilisation. Ils peuvent notamment renseigner sur le modèle du téléphone, les habitudes de jeu, ainsi que certaines informations liées aux paiements, l'âge, le sexe ou la situation financière de l'utilisateur. Dans certains cas, ils peuvent également accéder à la localisation de l'appareil en fonction de l'heure. C'est d'autant plus inquiétant qu'une application de puzzle ou de coloriage n'a, a priori, aucune raison de connaître la position géographique précise de son utilisateur. En moyenne, tous ces jeux contiennent près de 29 trackers différents chacun. La médaille d'or revient à Vita Mahjong et ses 36 trackers.
Là où cela devient encore plus inquiétant, c'est la destination des données collectées, puisque nombre d'entre elles sont envoyées vers des entreprises situées en Chine et en Russie, soit des pays qui n'ont pas la réputation d'être particulièrement soucieux de la vie privée, "avec une transparence minimale et sans véritable obligation de rendre des comptes". Le cadre juridique les oblige d'ailleurs à coopérer avec des agences de renseignement locales – mais sur ce point-là, les États-Unis aussi.
Or, une position GPS peut permettre de déduire le lieu de travail ou le domicile d'une personne, mais aussi ses déplacements et certains endroits qu'elle fréquente. Une donnée qui paraît anodine lorsqu'elle est utilisée pour afficher une publicité, mais qui devient beaucoup plus sensible lorsqu'elle est collectée à grande échelle.
En France, les 100 jeux mobiles les plus populaires du Play Store ont cumulé plus de 4 millions de téléchargements sur le seul mois de mai 2026. Parmi eux, 78 % ont envoyé des données personnelles à des entités publicitaires en Chine, 70 % en Russie, 93 % vers Israël, 98 % dans des serveurs situés dans les pays de l'alliance des Five Eyes (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), et 68 % à l'ensemble de ses destinations en simultané.
Pour limiter le pistage, il est conseillé de vérifier les autorisations accordées aux jeux – par exemple via la plateforme Exodus Privacy ou sur les fiches dans les boutiques d'applis – et de refuser les accès inutiles (micro, contacts, photos, localisation…). Les outils de bloqueurs de publicités et de trackers au niveau du réseau ou du DNS peuvent également être une bonne solution. Une chose est sûre : avant de lancer une partie de cinq minutes, mieux vaut parfois regarder ce que l'application est autorisée à observer pendant ce court laps de temps.
