Finis les compteurs trafiqués : ce dispositif évite les arnaques sur les véhicules d'occasion

Finis les compteurs trafiqués : ce dispositif évite les arnaques sur les véhicules d'occasion

Chaque année, des dizaines de milliers de voitures d'occasion sont vendues en France avec un compteur trafiqué. Un système simple et obligatoire en Belgique pourrait pourtant mettre fin rapidement à ces arnaques.

Acheter une voiture d'occasion est souvent un parcours du combattant. Le kilométrage affiché au compteur est censé refléter l'usure réelle du véhicule – et donc justifier son prix. Mais la manipulation de compteurs est un marché florissant. Selon la Commission européenne, environ 5 à 12 % des véhicules d'occasion vendus dans l'Union européenne ont un compteur trafiqué.

Les fraudeurs utilisent des outils électroniques accessibles en ligne pour réduire le kilométrage affiché en quelques minutes – une voiture à 200 000 kilomètres peut ressortir à 120 000, avec un prix de vente gonflé en conséquence. Les écarts peuvent être spectaculaires : le rapport 2024 de Car-Pass fait état de cas approchant les 500 000 kilomètres de différence entre le kilométrage réel et celui affiché.

La Belgique a résolu ce problème il y a vingt ans avec un dispositif remarquablement simple. Créé en 2006 suite à un scandale impliquant des dizaines de milliers de voitures vendues avec des kilométrages manipulés, le Car-Pass est un document officiel qui retrace l'historique kilométrique complet d'un véhicule.

Son principe est limpide : à chaque passage au contrôle technique, en garage, en carrosserie ou chez un loueur, le kilométrage relevé est automatiquement transmis à la base de données centrale de l'ASBL Car-Pass. Ces relevés datés et horodatés constituent une trace chronologique indépendante du compteur physique du véhicule – et donc infalsifiable. Et comme le Car-Pass est mis à jour à chaque opération d'entretien ou de réparation, il représente aussi un excellent "carnet de santé" du véhicule !

La logique est imparable. Si un relevé de 180 000 kilomètres a été enregistré en 2024 et que le compteur affiche 130 000 kilomètres en 2026 lors de la vente, le Car-Pass révèle immédiatement la supercherie. Un kilométrage décroissant entre deux enregistrements est un signal d'alerte qui justifie d'annuler toute transaction sans hésitation.

La loi belge impose au vendeur de fournir un Car-Pass valide lors de toute vente de véhicule d'occasion – qu'il s'agisse d'un professionnel ou d'un particulier. À défaut, l'acheteur est en droit d'annuler la vente et d'obtenir un remboursement intégral. Ce cadre légal contraignant est précisément ce qui a rendu le système efficace. Le Car-Pass est gratuit pour l'acheteur – c'est le vendeur qui en assume les frais, et le document est gratuit si le véhicule compte moins de quatre relevés kilométriques.

Les résultats sont sans appel. Depuis l'introduction du Car-Pass, le nombre de fraudes kilométriques constatées en Belgique a chuté de plus de 90 %. Le taux de fraude est tombé à moins de 3 % en Belgique, contre 5 à 12 % dans le reste de l'Union européenne. Le système aurait protégé environ un million d'acheteurs de voitures d'occasion depuis sa création.

La France ne dispose d'aucun équivalent obligatoire à ce jour. Que Choisir Ensemble a explicitement appelé à s'inspirer du modèle belge pour instaurer un système similaire en France. En attendant une éventuelle réforme, les acheteurs français peuvent se protéger partiellement en vérifiant le carnet d'entretien, en demandant les factures de réparation, et en faisant appel à des services payants d'historique de véhicule qui agrègent les données disponibles. Des précautions utiles – mais qui n'atteignent pas le niveau de fiabilité d'un système centralisé et obligatoire comme le Car-Pass belge.