VR Glasses, Ray-Ban nouvelle génération : Meta sort le grand jeu pour ses lunettes connectées
Bien décidé à occuper le marché des lunettes connectées, le groupe de Mark Zuckerberg vient de présenter quatre nouveaux modèles très différents, dont un de type VR qui pourrait ringardiser le fameux Vision Pro d'Apple.
Lors de l'ouverture sa grande conférence Connect 2026, qui se tient les 23 et 24 septembre, le groupe de Mark Zuckerberg n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Quatre familles de lunettes connectées ont été présentées coup sur coup, de la réalité virtuelle la plus poussée à un modèle purement sonore, en passant par l'arrivée tant attendue en France des lunettes à écran intégré. Le tout dévoilé avec un grand show en direct sur scène animé par Zuckerberg lui-même, "à l'ancienne" – et pas en mode pré-enregistré comme Apple le fait désormais – et visionnable en intégralité sur le site dédié de Meta.
De quoi confirmer l'ambition affichée depuis plusieurs années par Meta : faire des lunettes le prochain terminal connecté du quotidien à la place du smartphone. Et si ce "grand remplacement" n'est pas encore à l'ordre du jour, le succès semble bien au-rendez-vous : EssilorLuxottica, partenaire industriel de Meta pour la marque Ray-Ban, ainsi écoulé plus de 7 millions de paires connectées en 2025, soit plus du triple des deux années précédentes réunies, en s'octroyant plus de 60 % d'un marché où la concurrence a du mal à émerger et à convaincre. Le pari, déjà rentable, s'élargit désormais dans quatre directions différentes.
Meta VR Glasses : bien plus séduisant que le Vision Pro
C'est l'annonce la plus ambitieuse de la soirée, et de loin celle à laquelle Meta consacre le plus d'efforts. Les VR Glasses reprennent le principe d'un casque de réalité virtuelle (VR pour Virtual Reality), mais dans un format radicalement allégé : fabriquées dans un alliage de magnésium, elles pèsent seulement 100 grammes, contre près de 500 grammes pour un Meta Quest 3 classique.
Mais plus qu'un remplacement des casques VR de la marque, le VR Glasses ouvrent un nouvel horizon en s'attaquant à la réalité augmentée et à l'informatique dite spatiale, comme Apple l'avait baptisée avec son très cher Vision Pro : il ne s'agit plus seulement de s'immerger dans un jeu ou un film, mais de faire flotter des écrans virtuels et des applications par-dessus le monde réel, sans jamais perdre de vue ce qui se passe autour de soi.
Pour y parvenir, Meta a séparé l'affichage du reste de l'électronique : la batterie et l'électronique nécessaire aux calculs (processeur, mémoire, etc.) sont déportés dans un petit boîtier externe, relié aux lunettes par une liaison optique plutôt que par un simple câble à fils métalliques.
Le cœur technique tient dans deux écrans micro-Oled d'une définition de 2412 x 2288 pixels par œil, soit une densité de 37 pixels par degré, associés à des lentilles de type pancake et à un taux de rafraîchissement pouvant grimper jusqu'à 120 Hz. Meta annonce la compatibilité Dolby Vision et Dolby Atmos, et revendique la première certification Imax Enhanced pour un appareil du genre, promesse d'un rendu cinéma fidèle au ratio d'image exclusif de la marque.
Surtout, les VR Glasses signent la fin des manettes : la navigation s'effectue par suivi du regard et reconnaissance des gestes de la main, complétée par un contrôle vocal confié à Meta AI, intégré nativement au système. Autre trouvaille pratique, n'importe quelle table ou surface plane peut se transformer en clavier et pavé tactile virtuels, et la vision colorée de l'environnement laisse voir en permanence son téléphone, son bureau ou les personnes autour de soi.
Le divertissement occupe une place centrale dans la stratégie. Meta s'est associé à ESPN pour des retransmissions sportives "immersives" en 8K et vision à 180 degrés, avec plus de cent événements sportifs en direct promis chaque année une fois les lunettes commercialisées, incluant des partenariats avec la MLB, NBC Sports, TNT Sports et l'UFC. Le jeu vidéo n'est pas oublié, avec plus de 75 titres jouables uniquement aux gestes annoncés dès le lancement et une compatibilité Xbox Cloud Gaming en renfort. Le travail trouve aussi sa place, via un espace virtuel privé capable d'afficher un ou plusieurs grands écrans virtuels, directement – et littéralement – devant les yeux..
Reste le prix, l'argument central de Meta face à Apple : 1299 dollars, soit environ 1130 euros hors taxes, quand le Vision Pro s'affiche à partir de 3999 euros en France. L'écart, proche du facteur trois, place clairement les VR Glasses sur le terrain de l'accessibilité relative plutôt que du luxe technologique. Et c'est ce qui pourrait la différence auprès du public qui, pour une fois, n'a pas cédé aux sirènes d'Apple.
Plusieurs médias ont pu essayer les VR Glasses en avant-première : tous saluent un suivi du regard bluffant, sans différence de fluidité perceptible avec le casque d'Apple, et un poids qui change réellement la donne pour un usage prolongé. La prudence reste cependant de mise : la démonstration s'est déroulée dans un environnement entièrement contrôlé par Meta, avec interdiction de filmer l'interface, signe d'un produit encore en phase de mise au point.
Les VR Glasses ne sont d'ailleurs pas attendues avant le printemps 2027, laissant à Meta plusieurs mois pour peaufiner un logiciel qui n'a, pour l'instant, été montré qu'au pas à pas.
Ray-Ban Meta Gen 3 : la valeur sûre s'affine
Moins spectaculaire, mais bien plus proche d'une mise en vente immédiate, la troisième génération des déjà célèbres Ray-Ban Meta reconduit la formule qui a fait leur succès, avec quelques ajustements. Le principe n'a pas changé depuis la première version : ces montures bourrées d'électronique, avec caméra, micro et haut-parleurs permette de filmer et de photographier en vue suggestive, à la première personne, mains libres, tout en gardant un accès vocal à Meta AI pour identifier ce que l'on regarde ou traduire une conversation en direct.
Avec cette troisième génération, la monture s'affine, l'autonomie grimpe à 9 heures en usage mixte contre huit heures pour la génération précédente, et un nouveau bouton d'action personnalisable donne un accès rapide à Meta AI ou à la traduction en direct. La caméra de 12 mégapixels et l'enregistrement vidéo en 3K sont conservés, tout comme un réseau de six microphones que Meta annonce capable de couper plus de 90 % des bruits ambiants, un vrai plus pour les appels en pleine rue. Ces lunettes deviennent aussi, selon le constructeur, les premières grand public capables d'enregistrer en son spatial Dolby Atmos, le format qui ajoute la hauteur à la spatialisation traditionnelle.
Côté intelligence artificielle, Meta AI gagne en autonomie d'action : l'IA peut ainsi reconnaître un objet, trouver où l'acheter, suivre l'évolution de son prix, voire finaliser l'achat avec l'accord de l'utilisateur. Cette délégation repose sur Muse, le nouvel agent IA personnel du groupe, mais son déploiement reste pour l'instant cantonné aux États-Unis, sans calendrier annoncé pour la France ou le reste de l'Europe. Les utilisateurs français devront donc, un temps, se contenter de fonctions plus classiques. Les tarifs s'étalent de 449 à 529 euros sur la boutique en ligne de Meta, déjà mise à jour avec les nouveaux modèles, les anciens restant au catalogue.
Ray-Ban Meta Audio : juste des écouteurs déguisés
Face aux critiques répétées sur la caméra embarquée de ses lunettes connectées, Meta a choisi d'en présenter une version totalement dépourvue de cet œil artificiel, et donc de vision : les Ray-Ban Meta Audio. Un modèle qui reste simplement équipé de mini haut-parleurs et de micros intégrés aux branches, pour écouter de la musique et de podcast, ou passer des appels.
Le retrait de la caméra allège la monture, qui ne pèse plus que 43 grammes, et améliore l'autonomie, désormais annoncée à 12 heures, complétée par 48 heures supplémentaires grâce au boîtier de recharge. Deux styles, Clubmaster et Burbank, se déclinent en 23 combinaisons de montures et de verres. Musique, appels, traduction en direct et accès à Meta AI et à Muse restent au programme. Le tarif démarre à 349 euros en France, avec une disponibilité programmée au 13 octobre 2026.
Le problème, c'est que sans caméra, l'argument de vente se réduit considérablement. À ce tarif, largement supérieur à celui d'une simple paire d'écouteurs sans fil, Meta doit convaincre que le confort d'un son intégré aux lunettes, porté toute la journée, et l'accès permanent à un assistant vocal justifient un tel écart de prix. Zuckerberg a lui-même insisté sur cet argument pendant la présentation, misant sur l'habitude d'un son de qualité disponible en continu pour faire oublier la comparaison. Reste que, dépouillées de leur fonction photo et vidéo, les Ray-Ban Meta Audio ressemblent surtout à des écouteurs haut de gamme greffés sur une monture de lunettes, plutôt qu'à un appareil radicalement nouveau. Et comme les premiers testeurs l'ont déjà souligné, le rendu sonore n'est pas vraiment à la hauteur d'écouteurs classiques…
Meta Ray-Ban Display : l'écran arrive enfin en France
L'autre grande annonce concerne les Ray-Ban Meta Display, présentées dès septembre 2025, mais qui auront mis un an à franchir l'Atlantique. À la différence des Ray-Ban Meta "classiques" qui se contentent de filmer ou de photographier, ce modèle ajoute un véritable écran dans le champ de vision, capable d'afficher une notification, un itinéraire, les sous-titres d'une traduction en direct ou la dernière photo prise, sans avoir à sortir son téléphone de la poche.
Le dispositif loge un écran couleur dans le verre droit, d'une définition de 600 par 600 pixels, avec un champ de vision de 20 degrés et une luminosité pouvant atteindre 5000 nits. L'ensemble pèse environ 69 grammes, embarque une caméra de 12 mégapixels et tient six heures en usage mixte, portées à 30 heures supplémentaires grâce au boîtier de charge.
La navigation ne passe pas par des gestes dans le vide, mais par un bracelet vendu avec les lunettes, le Neural Band, qui lit les signaux électriques des muscles de l'avant-bras pour transformer de très légers mouvements des doigts en commandes.
Un premier lancement européen était prévu début 2026, avant que Meta ne fasse machine arrière au CES de janvier, submergée par une demande américaine qu'elle peinait à honorer. Le suspense a pris fin lors de la Connect 2026 : les précommandes ouvrent progressivement en France dès le 23 septembre, pour une disponibilité en boutique et en ligne le 13 octobre, au prix de 899 euros, un tarif identique en Italie et en Allemagne, deux marchés qui inaugurent le lancement au même moment. Les 899 euros français incluent d'ailleurs ce bracelet ; comparé au tarif américain de 799 dollars hors taxes, l'écart s'explique largement par la TVA à 20 %, ramenant le prix européen à environ 749 euros hors taxes, un chiffre finalement assez proche de celui pratiqué outre-Atlantique.
Meta prévoit un déploiement physique d'abord à Paris, avec des montures à verres correcteurs disponibles via les boutiques optiques EssilorLuxottica. Là encore, Muse doit permettre à terme de gérer des tâches en arrière-plan, comme la prise de rendez-vous, la recherche de vols ou le suivi de repas, mais sans date confirmée pour son arrivée hors des États-Unis. Les premiers retours de prise en main saluent la qualité de l'écran intégré, jugée impressionnante pour un format aussi compact, tout en pointant un point faible récurrent : le bracelet de navigation, encore perfectible dans sa précision.
Lunettes connectées : des caméras qui posent toujours question
Ce déploiement tous azimuts ne fait pas oublier le problème qui poursuit Meta depuis plusieurs mois : l'usage détourné de ses lunettes "filmantes". Les Ray-Ban Meta ont été rebaptisées, dans une partie de la presse et des réseaux sociaux, "lunettes de pervers", en référence aux cas répétés d'enregistrement de personnes à leur insu. Début septembre 2026, le service des tribunaux d'Angleterre et du pays de Galles a commencé à confisquer ces lunettes à l'entrée de ses bâtiments. Meta et EssilorLuxottica font par ailleurs l'objet d'un recours collectif accusant les deux entreprises d'avoir collecté et transmis des données audiovisuelles privées sans consentement clair des utilisateurs. Le groupe a dû désactiver l'enregistrement chez plusieurs milliers de comptes ayant trafiqué la diode lumineuse censée signaler qu'une capture est en cours, et a retiré la fonction de reconnaissance faciale NameTag après une enquête journalistique.
En France, l'association e-Enfance signale depuis janvier 2026 une hausse marquée des cas de femmes filmées sans leur accord puis exposées sur les réseaux sociaux. La CNIL, de son côté, souligne la difficulté pour un passant de savoir s'il est filmé, ces montures ne se distinguant pas visuellement de lunettes ordinaires, et juge la portée du voyant lumineux limitée. Et cette semaine, le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes de femmes filmées à leur insu dans la rue. Il y a donc fort à parier que l'utilisation de ce genre de lunettes soit à tout le moins réglementé dans un futur proche.
Le régulateur néerlandais de la protection des données a publié le 22 septembre 2026 un avertissement similaire, recommandant aux organisations d'envisager d'interdire ces appareils dans les lieux sensibles comme les hôpitaux, les tribunaux ou les établissements religieux. Un sondage mené en janvier 2026 auprès de plus de 2000 personnes indiquait que 67 % d'entre elles considèrent ces lunettes comme un risque pour la vie privée.
Le lancement des Ray-Ban Meta Audio, dépourvues de toute caméra, ressemble ainsi moins à une simple extension de gamme qu'à une tentative de réponse à cette pression grandissante. Mais Meta continue, dans le même temps, de vendre et de perfectionner ses modèles filmants, les Gen 3 comme les Display, et même ses VR Glasses embarquent une vision couleur de l'environnement qui pourrait, à terme, soulever les mêmes questions. Difficile, dans ces conditions, de parler d'un véritable virage, d'autant que le groupe de Mark Zuckerberg n'est pas vraiment réputé pour le respect de la vie privée. Sauf qu'à la différence de ses applications (Instagram, Facebook, WhatsApp), il ne s'agit pas "simplement" de collecter des données personnelles des utilisateurs, mais de récupérer des images de personnes sans leur consentement ni même leur information.




