Avec REACTIV, l'ANSSI muscle sa riposte face aux cyberattaques contre l'État français
Face à la multiplication des cyberattaques contre les services de l'État, l'ANSSI déploie REACTIV, une nouvelle unité capable d'intervenir rapidement en cas de compromission. L'agence obtient également de nouveaux pouvoirs.
Cet été aura été une véritable hécatombe pour les services publics français ! Alors que leurs plateformes se font régulièrement pirater depuis quelques années, ZeroBytes, un duo de cybercriminels, aura donné des sueurs froides au Gouvernement en piratant l’Éducation nationale, mais aussi et surtout la Direction générale des finances publiques (DGFiP), ce qui a abouti à la compromission des données fiscales de quelque 680 000 contribuables.
Suite à cet énième fuite, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) de constituer de toute urgence une "nouvelle unité cyber" capable d'apporter une réponse "plus réactive" aux attaques visant l'État. Et autant dire que l'agence a appliqué ses consignes en les prenant au pied de la lettre !
Baptisé REACTIV, pour "Réponse et Action Interministérielle face aux Violations de données", ce nouveau dispositif doit permettre à l'ANSSI de réagir immédiatement lorsqu'un ministère est victime d'une compromission de comptes ou d'une fuite de données. L'agence va ainsi pouvoir rediriger une partie de ses moyens et de ses compétences techniques vers l'administration touchée afin d'accélérer l'analyse de l'incident, de limiter les exfiltrations encore en cours et de sécuriser les comptes compromis.
REACTIV : les pleins pouvoirs à l'ANSSI en cas de crise
Concrètement, "ce dispositif opérationnel permet de mobiliser immédiatement les compétences et les moyens nécessaires à l'Agence aux côtés des ministères concernés" afin d'accélérer l'analyse de l'incident et limiter les exfiltrations en cours. Le dispositif renforce également les pouvoirs de l'ANSSI en temps de crise. Si, jusqu'ici, cette dernière avait surtout pour mission d'accompagner les administrations dans leur sécurisation, elle pourra désormais imposer aux ministères concernés de prendre, dans des délais contraints, les mesures immédiates nécessaires à la protection des données confiées à l'administration concernée.
Cyberattaques : l'ANSSI met en place une capacité renforcée de réaction dédiée aux services de lÉtat. pic.twitter.com/tOFekq2MIw
— ANSSI (@ANSSI_FR) September 7, 2026
L'ANSSI prendra également en charge la "communication technique de crise" en cas de fuite. L'objectif est d'éviter que chaque ministère communique de son côté et de garantir une information plus cohérente pendant les opérations – comme nous l'avons vu lors du piratage de la DGFiP, elle manque parfois un peu de clarté. Pour autant, le Gouvernement n'a pas indiqué si des moyens supplémentaires seront alloués à l'ANSSI et aux différents ministères pour accompagner la mise en place de ce nouveau groupe de travail.
Le dispositif n'est pas une mesure isolée, mais s'inscrit dans l'accélération de la feuille de route de sécurité numérique 2026-2027, dont l'objectif est de "rehausser significativement et durablement" le niveau de sécurité des réseaux ministériels, et pas seulement en ce qui concerne la gestion des cyberattaques. Les ministères doivent notamment généraliser l'authentification à double facteurs (2FA), mais aussi améliorer la détection des intrusions grâce à des outils de type EDR ou XDR. La France prépare également ses administrations à une menace plus lointaine, mais déjà prise au sérieux, à savoir l'informatique quantique, avec le déploiement de protections spéciales d'ici fin 2030.