Ces OGM nouvelle génération seront bientôt dans nos champs et nos assiettes
Le Parlement européen vient d'autoriser une nouvelle génération de plantes génétiquement modifiées, les NTG. Contrairement aux OGM classiques, elles pourront être commercialisées sans étiquetage ni évaluation des risques.
Près de trois ans après la proposition initiale de la Commission européenne, les eurodéputés ont définitivement adopté le 17 juin 2026 la révision de la directive OGM de 2001, pour ouvrir la voie aux nouvelles techniques génomiques, ou NTG. Le vote entérine l'accord conclu en décembre 2025 entre la Commission, le Conseil de l'Union européenne et le Parlement. La Commission dispose désormais de deux ans pour rédiger les actes d'exécution nécessaires, et le règlement entrera en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel, mais son application effective sera reportée d'environ deux ans, vers 2028.
Pour comprendre l'enjeu, il faut distinguer ces nouvelles techniques des OGM tels qu'on les connaît depuis les années 1990. Les OGM de première génération reposent sur la transgénèse : un gène provenant d'une autre espèce, voire d'un règne différent – bactérie, insecte, virus – est introduit dans le génome de la plante à modifier, via un vecteur comme une bactérie.
Les NTG fonctionnent autrement. Elles introduisent des changements subtils ou complexes en supprimant ou réorganisant des sections d'ADN déjà présentes dans l'organisme, voire en ajoutant du matériel génétique, mais uniquement s'il provient d'un organisme sexuellement compatible. La technique la plus répandue, mise au point en 2016, s'appelle Crispr-Cas9 : un fragment d'ARN repère un endroit précis du génome et y guide une enzyme qui coupe le brin d'ADN, provoquant lors de la réparation cellulaire des mutations ciblées. Aucun gène étranger n'est donc introduit – ce qui explique que ces plantes ne soient pas qualifiées de "transgéniques", bien qu'elles restent, sur le plan scientifique, des organismes génétiquement modifiés.
Le règlement distingue deux catégories bien différentes en pratique. La première regroupe les végétaux autorisés au même titre que toute plante conventionnelle. La seconde concerne les mutations plus complexes – au-delà de 20 modifications du génome –, considérées comme des OGM "classiques", avec surveillance, traçabilité et étiquetage obligatoires. Les plantes de catégorie 2 resteront donc soumises à une procédure d'autorisation de mise sur le marché et à une étude d'évaluation des risques, et les États membres pourront restreindre ou interdire leur culture sur leur territoire.
C'est sur la première catégorie, la plus permissive, que se concentrent les interrogations. Les aliments produits à partir de ces plantes de catégorie 1 ne seront plus étiquetés ni évalués au préalable, et leur traçabilité sera réduite à son strict minimum. Concrètement, un consommateur n'aura aucun moyen simple de savoir si le pain, les pâtes ou les légumes qu'il achète proviennent d'une variété obtenue par cette voie ou par sélection conventionnelle classique. Plusieurs produits de ce type sont déjà disponibles ou en développement avancé hors de l'Union européenne, notamment du blé à faible teneur en gluten, des pommes de terre résistantes à certains agents pathogènes et du maïs tolérant à la sécheresse.
La question des brevets ajoute une dimension supplémentaire au débat. Le texte initial de la Commission prévoyait d'autoriser le brevetage de ces nouvelles plantes ; le Parlement avait dans un premier temps supprimé cette possibilité, avant qu'elle soit réintroduite lors des négociations finales entre les trois institutions européennes. Certaines organisations agricoles redoutent que cette disposition ouvre la voie à une concentration du marché des semences au profit d'un petit nombre d'entreprises, dans un secteur où les petits semenciers européens étaient jusqu'ici relativement préservés de ce système.
Les arguments en faveur du texte mettent en avant sa portée agronomique. Ses défenseurs estiment qu'il donne aux agriculteurs européens des outils pour faire face au changement climatique, aux maladies des cultures et à l'instabilité des marchés mondiaux. Sur les sachets de semences et le matériel de reproduction, la mention "NTG de catégorie 1" devra néanmoins figurer : une information qui s'arrête donc au stade agricole, sans se prolonger jusqu'au produit fini dans les rayons. Les consommateurs ne sauront donc pas directement s'ils achètent de aliments contenant des NTG, notamment dans les produits transformés ou ultra-transformés, comme le soulignent des associations telles que 60 millions de consommateurs.
Plusieurs organisations environnementales et paysannes ont exprimé des réserves sur l'absence d'évaluation des risques sanitaires et environnementaux pour la catégorie 1, ainsi que sur le risque de contamination des cultures biologiques ou non-NTG par dissémination naturelle. Sud Ouest tempère néanmoins qu'il faudra plusieurs années entre la phase de test des nouvelles variétés et leur arrivée effective dans les assiettes des Européens.
D'ici l'application du règlement en 2028, la Commission européenne devra encore préciser plusieurs aspects techniques du dispositif, notamment les modalités exactes de contrôle aux frontières et la manière dont les filières "sans OGM" pourront continuer à garantir l'absence de NTG dans leurs produits.