Ce système détecte les piétons et les cyclistes cachés par des véhicules ou des bâtiments
Les systèmes de détection embarqués dans les voitures actuelles ne voient pas tout. Et notamment pas les piétons et les cyclistes qui sont masqués par des obstacles. Mais Hyundai et Kia ont peut-être trouvé la solution.
Les systèmes de sécurité des voitures modernes ont beau s'être multipliés – caméras de recul, détecteurs d'angles morts, freinage automatique d'urgence –, ils partagent tous la même limite fondamentale : ils ne voient que ce qui est dans leur champ de vision direct. Un camion garé, un bâtiment à l'angle d'un carrefour, une haie : autant d'obstacles derrière lesquels un piéton ou un cycliste peut surgir en une fraction de seconde, sans que le conducteur ni ses capteurs n'aient eu le temps de réagir.
Chaque année, des milliers d'usagers vulnérables – piétons, cyclistes, utilisateurs de fauteuils roulants – sont victimes d'accidents simplement parce qu'il ont pas été vus à temps par des automobilistes ou des systèmes de détection embarqués. Et c'est pour tenter de résoudre ce problème que les constructeurs coréens Hyundai et Kia, qui appartiennent au même groupe, ont développé Vision Pulse, une technologie qui s'appuie sur une physique radicalement différente de celle des radars ou des caméras.
Le principe repose sur l'UWB – pour Ultra Wide Band, soit ondes radio ultra-larges. Le véhicule émet un signal UWB ; si un piéton, un cycliste ou un autre véhicule à proximité possède un appareil compatible, le système mesure le temps de trajet du signal pour calculer sa position exacte. Ce que cette technologie change fondamentalement, c'est sa capacité à traverser les obstacles : un enfant caché derrière un véhicule garé, un vélo qui arrive d'un angle mort – Vision Pulse est censé les repérer là où une caméra ne verrait rien.
Les performances annoncées sont remarquables. Hyundai et Kia annoncent une précision de 10 centimètres dans un rayon de 100 mètres, avec une temps de réponse de 1 à 5 millisecondes. Le système maintient un taux de détection supérieur à 99 % par mauvais temps et de nuit. À titre de comparaison, les systèmes de freinage automatique actuels, basés sur radar optique, échouent régulièrement dans des conditions dégradées – une limite bien connue des ingénieurs du secteur.
Ce qui rend Vision Pulse particulièrement intéressant, c'est qu'il ne nécessite pas de matériel nouveau ou révolutionnaire. Certains modèles Hyundai et Kia équipés de la technologie Digital Key 2 embarquent déjà les modules UWB nécessaires et n'auraient besoin d'aucun matériel supplémentaire. L'UWB n'est pas une technologie inconnue : elle équipe déjà de nombreux smartphones récents, des montres connectées et des balises comme les AirTag d'Apple, où elle sert à la localisation précise d'objets. Vision Pulse réutilise donc une infrastructure déjà largement déployée dans le quotidien des utilisateurs.
Les applications vont bien au-delà de l'automobile. Hyundai et Kia testent déjà Vision Pulse dans des environnements industriels : à l'usine Kia de Hwaseong, en Corée du Sud, le système est utilisé depuis 2025 pour éviter les collisions entre chariots élévateurs et opérateurs humains. Des essais ont également démarré au port de Busan à la suite d'un accord signé en octobre 2025. Le système est même envisagé pour les opérations de secours, avec la capacité de localiser des personnes enfouies sous des décombres.
Il reste cependant un obstacle de taille à l'adoption généralisée : Vision Pulse ne fonctionne que si les autres usagers sont eux aussi équipés d'un module UWB compatible. Un conducteur habitué à être alerté par le système pourrait relâcher sa vigilance face à un piéton non équipé – avec des conséquences potentiellement graves. Hyundai et Kia n'ont pour l'heure communiqué aucun calendrier de commercialisation en série. Une prudence compréhensible, tant les enjeux – et les attentes – sont élevés.