Ce fournisseur d'énergie alternatif a menti à ses clients : l'État le bannit du marché français
Un fournisseur d'électricité proposant des offres très avantageuses n'a pas tenu ses promesses vis-à-vis de ses clients. Suite aux nombreuses plaintes, les pouvoirs publics lui ont retiré son autorisation d'exercer en France,
L'histoire débute avec une proposition particulièrement alléchante qui a fait rêver de nombreux propriétaires de panneaux solaires. Un fournisseur d'énergie alternatif promettait à ses clients de racheter leur surplus d'électricité photovoltaïque à des tarifs très avantageux, bien supérieurs à ce que proposaient les tarifs réglementés. En l'occurrence, près de 17 centimes d'euro par kilowattheure injecté, contre seulement 4 centimes pour EDF. Un argument puissant pour attirer de nombreux particuliers soucieux de rentabiliser leur installation en revendant à bon prix l'électricité qu'ils ne consommaient pas.
Cette belle offre, c'est celle de la société française Actelios Solutions, qui s'est lancée sur le marché de l'énergie en 2009 sous le nom commercial JPME – pour Je Produis Mon Électricité – avec de belles promesses. Se présentant comme un "fournisseur 3.0", elle proposait de l'électricité décarbonée en s'appuyant sur une production décentralisée, avec une gestion de données en temps réel, des batteries de stockage et des services d'autoconsommation. De quoi séduire les amateurs d'énergie "verte" équipés de panneaux photovoltaïque .
Peu après le lancement de ces offres, des signaux d'alarme ont commencé à s'allumer. Les producteurs ne voyaient pas leurs paiements arriver, ou ceux-ci étaient extrêmement retardés. Des consommateurs ont alerté le Médiateur national de l'énergie, évoquant des factures impayées, des contrats mal gérés et un service client défaillant. Face à l'afflux de plaintes, l'institution a constaté une multiplication des irrégularités dès 2024, puis a saisi les autorités compétentes.
La situation est allée crescendo. En 2025, le Médiateur a attribué à JPME un "carton rouge" dans son rapport d'activité, signe d'un désaccord profond face à la gestion des contrats et aux retards de versement. Il a même saisi le procureur de la République de Montpellier, qualifiant certaines pratiques de potentiellement délictueuses.
Les services de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) et la Commission de régulation de l'énergie (CRE) ont ensuite examiné la situation en profondeur. Ils ont conclu que les capacités économiques et financières de l'entreprise n'étaient pas conformes aux exigences légales nécessaires pour exercer une activité de fournisseur d'électricité en France. Ces constats ont renforcé la position des autorités pour envisager une sanction sévère.
Dans ce contexte, le ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique a pris une décision rare mais ferme : retirer l'autorisation ministérielle de fournir de l'électricité à Actelios Solutions. Cette décision, formalisée par un arrêté publié au Journal officiel le 13 janvier 2026, devient effective à partir du 22 janvier 2026.
Pour les clients, cette annonce sonne comme un coup de tonnerre. Mais, l'État s'est efforcé de prévenir toute interruption de service : les contrats de fourniture vont être transférés automatiquement vers le fournisseur de secours – EDF – sans démarche à faire pour les particuliers. Cela garantit la continuité de l'électricité, même si le changement de fournisseur s'opère dans l'urgence.
La décision de bannir JPME du marché n'est pas seulement une réponse aux plaintes. C'est aussi un message fort envoyé à tous les acteurs, petits ou grands, qui se lancent dans un secteur aussi stratégique. Les autorités ont souligné que la protection des consommateurs et la stabilité du système énergétique ne pouvaient être compromis par des offres qui semblaient trop belles pour être vraies.
De son côté, JPME a réagi en conteste la mesure. L'entreprise dit avoir régularisé certaines dettes et suivi des recommandations des autorités avant la décision finale. Elle a annoncé son intention de contester l'arrêté devant la justice, arguant que la sanction était disproportionnée.
Cette affaire laissera un goût amer chez les producteurs solaires qui avaient cru voir dans le rachat du surplus une manière de valoriser leur investissement. Elle rappelle que, même dans un marché ouvert aux alternatives, les engagements doivent être soutenus par des structures solides et transparentes.