Ce moteur de recherche pirate expose vos données personnelles – Et vous fait payer pour les supprimer
Le moteur de recherche pirate BrixHub répertorie des milliards de données personnelles volées en les rendant accessibles en quelques clics. Pire encore, il propose aux personnes concernées de payer pour les effacer.
L'affaire BrixHub prend une nouvelle tournure. La plateforme, dont nous vous parlions la semaine dernière après la découverte de données personnelles appartenant à des candidats à des élections, continue de mettre en ligne des informations particulièrement sensibles. Pour rappel, elle prend la forme d'un moteur de recherche qui permet, en tapant simplement le nom d'une personne, d'obtenir en quelques secondes tout un tas d'informations sur elle, comme sa date de naissance, son numéro de téléphone, son adresse, son IBAN, sa plaque d'immatriculation, ses adhésions à des fédérations sportives, voire son numéro de sécurité sociale (voir notre article). En clair, tout ce qu'il faut pour harceler, pirater ou escroquer des victimes !
Selon ses créateurs, la plateforme abriterait plus de 11 milliards de données de personnes en France, en Suisse, en Belgique et dans d'autres pays, y compris des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon et Kylian Mbappé. Le site va même jusqu'à proposer un arbre généalogique pour chaque personne répertoriée ! Et elle ne se contente pas de les exposer : elle propose désormais aux personnes concernées de payer pour les faire disparaître.
BrixHub : des millions de données sensibles à portée de clic
Ce type de service n'est pas nouveau en soi. Dans le jargon de la cybersécurité, on les appelle des "lookups". Contrairement à ce que pourrait laisser penser l'ampleur des informations divulguées, leurs exploitants ne piratent absolument rien, ils se contentent d'acheter ou de récupérer des fichiers volés, puis ils les fusionnent dans une seule base, qu'il est possible de consulter via une sorte de moteur de recherche.
En juin dernier, une plateforme similaire, baptisée Searcher, avait attiré l'attention des autorités – la ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique avait là aussi saisi la justice (voir notre article). Nous ne savons pas à quoi a abouti cette enquête mais, à l'heure où nous écrivons ces lignes, la plateforme est toujours active – elle a simplement rajouté une lettre dans son URL, la petite maline.
Normalement, l'accès à BrixHub est payant. Actuellement, la souscription à l'offre "Pro" coûte 10 euros le mois, 25 euros trois mois, 45 euros six mois ou 90 euros à vie. Des sommes relativement abordables au vu de la quantité et de la sensibilité des informations fournies. Toutefois, les créateurs de la plateforme l'ont temporairement rendu gratuit et sans avoir besoin d'une inscription le temps d'une "maintenance". "Suite à des problèmes serveur, nous avons mis en place cette version temporaire. La recherche est ouverte à tous, sans compte, le temps que la plateforme complète soit rétablie", indique le site. Une façon, mine de rien, de se faire connaître et de grappiller quelques clients.
Histoire d'exploiter un peu plus le filon, BrixHub propose aux personnes fichées de payer pour faire supprimer leurs données, via un système de crédits. Chaque crédit permet, en théorie, d'effacer une fiche de la base de données. La première offre démarre à 5 euros pour 10 suppressions de fiches de données. Inutile de dire dire qu'on vous conseille fortement de ne pas le faire !
Toujours est-il qu'Anne Le Hénanff, la ministre déléguée au Numérique, a annoncé le lundi 5 octobre saisir la justice et avoir effectué un signalement auprès du procureur de Paris en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale. Le parquet devra examiner des faits d'"accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données", mais aussi d'"extraction et détention frauduleuse des données informatiques".
Aucune plateforme nest au-dessus des lois. Un site propose laccès à des données personnelles en un clic : adresses, numéros de téléphone, informations bancaires, numéros de sécurité sociale. Il propose ensuite de faire payer les personnes concernées pour retirer leurs données. Cest inadmissible. Jai saisi la procureure de la République au titre de larticle 40. Ceux qui font commerce de nos données devront répondre de leurs actes. Aux personnes concernées, ne payez jamais pour faire retirer vos données.
— Anne Le Hénanff (@ALehenanff) October 5, 2026
BrixHub : des conséquences qui peuvent être dramatiques
Reste que l'exposition de ces données est loin d'être anodine. Prises séparément, certaines informations peuvent paraître relativement banales. Mais une fois croisées, elles offrent aux fraudeurs une quantité d'éléments suffisante pour construire des arnaques particulièrement crédibles. Des informations d'identité associées à une adresse postale, un numéro de téléphone ou une adresse e-mail peuvent par exemple servir à mener des campagnes d'hameçonnage très ciblées. Un message prétendument envoyé par une banque, un fournisseur d'énergie ou une administration peut ainsi reprendre suffisamment de données personnelles pour sembler parfaitement authentique.
La présence d'IBAN est encore plus préoccupante. S'il ne suffit pas, à lui seul, à vider un compte bancaire, il peut être exploité avec d'autres informations personnelles pour mettre en place des prélèvements frauduleux. Les prélèvements SEPA sont en effet utilisés quotidiennement pour régler des factures d'électricité, de gaz ou d'eau, des abonnements téléphoniques et Internet, des services de streaming, mais aussi des assurances ou des impôts. Or leur mise en place ne s'accompagne pas toujours de contrôles d'identité stricts. Un cybercriminel qui dispose d'un IBAN associé à des données personnelles peut ainsi débiter un compte avec une relative facilité.
Les numéros de sécurité sociale sont eux aussi particulièrement sensibles. Associés à d'autres données, ils peuvent faciliter l'usurpation d'identité et certaines tentatives d'accès à des services publics, notamment via des mécanismes d'authentification comme FranceConnect. Le problème est d'autant plus sérieux qu'un numéro de sécurité sociale compromis ne peut pas simplement être modifié comme on pourrait le faire avec un mot de passe ou un numéro de carte bancaire. Savoir que toutes ces informations sont mises gratuitement à la disposition de n'importe quel internaute, et notamment des personnes mal intentionnées, est donc réellement problématique.
