Maladie de Lyme, fièvre hémorragique : voici les régions de France où les tiques sont les plus dangereuses

Maladie de Lyme, fièvre hémorragique : voici les régions de France où les tiques sont les plus dangereuses

Une étude récente de l'Inrae dresse pour la première fois une cartographie précise des tiques piqueuses en France. Certaines régions concentrent des risques bien supérieurs à la moyenne nationale. Gare aux piqûres !

Avec le retour des beaux jours, les sorties en forêt, les balades champêtres et les après-midi jardinage reprennent leurs droits. Mais ce printemps, une étude scientifique vient rappeler qu'un minuscule parasite attend patiemment dans l'herbe haute ou les buissons. Les tiques sont les principaux vecteurs d'agents pathogènes responsables de maladies infectieuses en Europe, et une quarantaine d'espèces sont recensées en France métropolitaine. Jusqu'ici, leur répartition précise restait mal connue. Ce n'est plus le cas.

Dans le cadre du programme Citique, des scientifiques de l'Inrae, de l'Anses, de l'université de Lorraine et de VetAgro Sup ont cartographié, pour la première fois, la distribution spatiale des différentes espèces de tiques piqueuses d'humains en France, ainsi que les agents pathogènes qu'elles contiennent. Pour y parvenir, les chercheurs n'ont pas envoyé des équipes ratisser les forêts avec des draps blancs : ils ont analysé plus de 2 000 tiques récoltées par des citoyens piqués, qui les ont envoyées à la tiquothèque du laboratoire Tous Chercheurs du centre Inrae Grand-Est Nancy, entre 2017 et 2019. Une méthode de science participative qui a l'avantage décisif de refléter le danger réel auquel les humains sont exposés.

Premier résultat frappant : nous sommes au menu de neuf espèces distinctes. Ixodes ricinus, la tique piqueuse la plus fréquente en France métropolitaine, s'avère présente sur un territoire bien plus vaste que ce que l'on pensait. Elle a colonisé le sud de l'Occitanie et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, des zones jusqu'alors épargnées. Sous l'effet du changement climatique, elle a également migré en altitude et se trouve désormais jusqu'à 1 700 m, contre 1 000 m auparavant. Cette espèce est particulièrement préoccupante car elle transmet la bactérie responsable de la maladie de Lyme. 15,4 % des Ixodes ricinus collectées en sont porteuses.

© Inrae

Le risque n'est pas uniforme sur le territoire. La Bourgogne-Franche-Comté se distingue par une proportion de tiques infectées bien au-dessus de la moyenne nationale. De manière générale, les taux d'incidence les plus élevés de la maladie de Lyme sont observés dans les départements de l'Est et du Centre de la France. La région Grand-Est figure parmi les zones où l'incidence est parmi les plus élevées du pays. Ces disparités géographiques s'accompagnent de variations dans les souches bactériennes en circulation : en Normandie, c'est l'espèce Borrelia garinii qui domine, tandis qu'en Île-de-France, c'est Borrelia afzelii qui prend le dessus – une distinction qui n'est pas anodine, car chaque espèce provoque des symptômes légèrement différents.

47 000 personnes ont contracté la maladie de Lyme en métropole en 2021, selon Santé publique France. Heureusement, 90 % des personnes piquées par des tiques infectées ne développent pas la maladie. Lorsque c'est le cas, l'apparition d'un halo rouge caractéristique autour du point de piqûre, qui s'étend progressivement, est le signal d'alarme à surveiller. Un traitement antibiotique prescrit à ce stade est efficace. Sans prise en charge rapide, la bactérie peut atteindre les articulations, les muscles et le système nerveux.

L'étude révèle également une menace venue du sud. Hyalomma marginatum, une espèce jusqu'alors absente de métropole – sauf en Corse –, s'est installée dans le Var, le Gard, l'Hérault, l'Aude, les Pyrénées-Orientales et l'Ardèche, représentant désormais 5 % des tiques piqueuses d'humains récoltées dans ces zones. Cette tique est surveillée de très près : elle est le principal vecteur de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, une infection virale mortelle dans 20 % des cas, qui a causé un décès en Espagne en 2024. Le virus ne semble pas encore circuler chez l'humain en France.

Face à ces risques, les réflexes à adopter restent simples. Après chaque sortie en extérieur – forêt, mais aussi jardin –, une inspection minutieuse de tout le corps s'impose. Si une tique est découverte, il faut la retirer rapidement avec un tire-tique sans jamais utiliser d'éther ou d'huile, puis surveiller la zone de piqûre pendant au moins un mois. Et surtout, en cas d'apparition d'une plaque rouge, consulter sans attendre.