L'AirTag d'Apple est (encore) accusé de favoriser le harcèlement
Apple est visé par plus de 30 plaintes à cause de son AirTag, le célèbre petit tracker étant souvent détourné par des personnes malveillantes à des fins d'espionnage et de harcèlement. Les plaignants reprochent des protections insuffisantes.
L'AirTag d'Apple s'est rapidement imposé comme un accessoire très prisé. Compact et discret, il peut se glisser partout – sur un trousseau de clés, dans un sac, une valise, un portefeuille, ou encore sous un véhicule – et permet à son propriétaire de localiser facilement ses effets personnels en cas de perte ou de vol. Mais, comme souvent avec la technologie, son usage a rapidement été détourné. Des individus mal intentionnés s'en servent désormais pour en surveiller d'autres à leur insu. Il suffit d'en dissimuler un dans un objet ou sur un moyen de transport pour suivre les déplacements d'une personne en temps réel avec un smartphone.
Cette pratique ouvre la porte à des dérives préoccupantes : filature d'un partenaire, surveillance d'un adolescent, espionnage d'un concurrent, ou encore repérage de victimes potentielles par des cambrioleurs. Des cas impliquant des comportements obsessionnels ou criminels ont également été signalés. Depuis leur lancement, de nombreux incidents de ce type ont été rapportés dans les médias à travers le monde.
Bien sûr, Apple a rapidement déployé un dispositif de mesures de protection lorsque ces cas ont commencé à se généraliser, notamment via la fonction "Localisation précise" qui aide à localiser un AirTag inconnu se déplaçant avec la personne, mais les risques persistent. Aujourd'hui, l'entreprise à la Pomme est la cible de plus de 30 plaintes de personnes affirmant avoir été victimes de harcèlement à cause du traceur de l'entreprise, comme le rapporte MacRumors.
Pistage par AirTag : de nombreux cas de harcèlement et des meurtres
En 2022, une action collective contre Apple avait été lancée devant un tribunal fédéral en Californie par Lauren Hughes et d'autres plaignants, accusant l'entreprise d'avoir mis sur le marché des produits dangereux. Elle avait toutefois été rejetée par la juge en raison des différences de législations entre les États et du caractère individuel de chaque cas de harcèlement. Qu'à cela ne tienne, les plaignants ont engagé des procédures distinctes – plus de 30 au total.
Les plaignants reprochent à Apple d'avoir mis sur le marché en 2021 un produit dangereux, facilement détournable pour pister quelqu'un, d'avoir ignoré les alertes d'experts et d'associations avant le lancement, et enfin de ne pas avoir intégré suffisamment de protections contre les usages malveillants. Pour eux, ces appareils ont tout simplement "révolutionné la portée, l'ampleur et la facilité du harcèlement géolocalisé". Entre avril 2021 et avril 2024, Apple aurait reçu plus de 40 000 signalements de harcèlement liés aux AirTags. Et certains cas de traçage se sont soldés par des meurtres…
Les plaignants soutiennent que l'entreprise avait conscience du risque que ses traceurs soient utilisés pour surveiller des personnes, mais a tout de même commercialisé le produit sans garde-fous suffisants. Selon plusieurs documents internes issus du procès initial, Apple était bien conscient que ses mesures de protection ne feraient que "dissuader plutôt que prévenir" les usages malveillants. Pire encore, la firme de Cupertino serait consciente que "les AirTags représentent toujours un risque important" pour la population.
Pistage par AirTag : des mesures de protection jugées insuffisantes
Bien évidemment, Apple conteste sa responsabilité pour des actes commis par des tiers. L'entreprise reconnaît toutefois qu'elle "aurait dû consulter des associations de lutte contre les violences conjugales au sujet de sa politique de suivi non désiré avant l'expédition".
Avec son modèle de deuxième génération, l'entreprise à la pomme a pris plusieurs mesures afin d'empêcher le harcèlement et le suivi non autorisé de personnes. Ainsi, la dernière mise à jour a renforcé la puissance de la sonnerie permettant de détecter les balises utilisées à des fins d'espionnage (voir notre article). De même, il est plus difficile de démonter un AirTag 2 pour enlever le haut-parleur, même si cela est toujours possible – des AirTags modifiés sont même proposés à la vente sur certains sites.
Mais les plaignants dénoncent la lenteur des notifications multiplateformes, un délai de 4 à 8 heures pouvant s'écouler avant qu'une personne pistée ne soit alertée. Ils réclament des dommages et intérêts compensatoires et punitifs, le remboursement de leurs frais d'avocat, ainsi qu'une injonction interdisant à Apple de se livrer aux pratiques commerciales illégales décrites dans les documents.
