Réseaux sociaux et IA : l'Europe veut une majorité numérique à 16 ans
Le Parlement européen a publié une résolution non contraignante pour fixer la majorité numérique à 16 ans pour les réseaux sociaux et l'IA, et ce à l'échelle du Vieux Continent. Il est urgent d'agir pour protéger les plus jeunes !
La protection des mineurs sur Internet revient régulièrement dans le débat public. Entre les contenus sensibles et inadaptés, le cyberharcèlement, l'addiction aux écrans, les standards de beauté irréalistes et autres pratiques dangereuses, les dangers ne manquent pas ! Et c'est sans compter les individus aux intentions malveillantes qui rôdent sur les plateformes, à la recherche de nouvelles victimes. Malheureusement, dans la jungle qu'est devenu le Web, les mineurs sont en première ligne. Selon un sondage Eurobaromètre, plus de 90 % des Européens jugent urgent de légiférer pour protéger les enfants en ligne.
La situation est devenue tellement inquiétant que le 26 novembre 2025, le Parlement européen a adopté en session plénière une résolution appelant à fixer un âge minimum de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux et aux outils IA, et à interdire les pratiques numériques les plus addictives. Un vote avant tout symbolique et qui n'engage rien ni personne, puisqu'il n'est pas juridiquement contraignant, mais qui a quand même une certaine portée politique.
Majorité numérique : vers un renforcement de la législation européenne
Cette résolution a été votée par 483 voix pour, 92 contre et 86 abstentions. Les députés européens y demandent à ce que l'on "fixe à 16 ans l'âge minimal harmonisé dans l'UE pour accéder aux réseaux sociaux, aux plateformes de partage de vidéos et aux compagnons d'IA". Un accès aux 13-16 ans resterait toutefois possible "avec le consentement parental". En dessous de cet âge minimum, les enfants ne pourraient tout simplement pas accéder aux plateformes comme YouTube, Instagram, TikTok, Snapchat, ChatGPT ou encore Gemini.
Dans leur rapport, les Eurodéputés soulignent que 25 % des mineurs utilisent leur smartphone de manière "problématique" ou "dysfonctionnelle", avec "des comportements reflétant une addiction". Ils reconnaissent que les grandes plateformes ont recours à des "stratégies manipulatrices" qui ont un impact significatif sur leur capacité à se concentrer ou à interagir sainement avec le numérique. C'est pourquoi ils réclament à ce que Bruxelles durcisse le ton pour interdire "les pratiques addictives les plus nocives" pour les mineurs, comme le défilement infini, le "pull-to-refresh" – faire glisser le doigt vers le bas sur l'écran d'un appareil pour actualiser une page –, ou encore les systèmes de récompense.
La future loi européenne devra également comprendre des mesures permettant de lutter contre "les publicités ciblées, le marketing d'influence, la conception addictive et les dark patterns". Les plateformes qui refuseraient ces règles devraient alors être tout bonnement et simplement interdites sur le Vieux Continent.
Majorité numérique : comment assurer la vérification d'âge ?
Cette résolution vise donc à tendre vers l'harmonisation de l'âge de la majorité numérique et à son homogénéisation à la hausse. Car, actuellement, ce seuil minimal varie d'un pays à un autre : il est de 15 ans en France, de 14 ans en Espagne et de 13 ans au Danemark par exemple. En parallèle de cette majorité numérique, les Eurodéputés demandent à ce que les patrons des plateformes comme Elon Musk (X) ou Mark Zuckerberg (WhatsApp, Facebook, Instagram, Threads et Messenger) soient "personnellement tenus responsables en cas de non-respect grave et persistant" des règles européennes, "notamment en ce qui concerne la protection des mineurs et la vérification de l'âge".
Enfin, ils appellent à relever "les défis éthiques et juridiques posés par les outils d'IA générative, notamment les deepfakes, les chatbots de compagnie, les agents IA et les applications de nudité alimentées par l'IA (qui créent des images manipulées sans consentement)".
Cette résolution envoie un signal fort à la Commission européenne, qui doit veiller à la bonne application du Digital Services Act (DSA). Ce dernier impose notamment aux grandes plateformes (les VLOP) de s'assurer que "les droits et l'intérêt supérieur des enfants [sont] au cœur du fonctionnement de leurs services". Le Parlement réclame donc à ce que les autorités européennes durcissent le ton et fassent réellement appliquer la législation, d'autant plus que les études et les preuves du caractère délétère des réseaux sociaux sur les plus jeunes ne cessent de s'accumuler.
Mais encore faut-il pouvoir faire appliquer la vérification d'âge. On l'a vu avec le cas des plateformes de contenus pornographiques en France, la chose est loin d'être aisée ! Le système mis en place aura la dure tâche de concilier l'efficacité et la protection de la vie privée et des données personnelles. Pour l'instant, le Parlement mise sur un système de vérification de l'âge à échelle européenne qui passera par le futur Digital Identity Wallet. Il s'agit d'un portefeuille d'identité numérique européen, dans lequel chaque citoyen pourrait stocker ses documents d'identité (carte d'identité, permis…) et accéder aux services en ligne publics et privés dans toute l'Europe (voir notre article). Pour faire simple, ce serait une sorte d'équivalent européen à France Identité, Google Wallet et Apple Pay. Il devrait être lancé d'ici fin 2026.

