Sites pornographiques : l'Arcom demande un blocage en France

Sites pornographiques : l'Arcom demande un blocage en France

Les sites pornographiques Pornhub, Tukif et Xhamster, Xnxx et Xvideos sont dans le collimateur de l'Arcom et de la justice et pourraient bientôt ne plus être accessibles en France. Mais le blocage sera facile à contourner…

Il pourrait être bientôt plus difficile de regarder des vidéos X sur le Web en France. Du moins, sur Pornhub, Tukif, Xhamster, Xnxx et Xvideos, cinq des sites pornographiques les plus populaires. Ces plateformes faisaient la sourde oreille depuis le 13 décembre dernier, date à laquelle l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (l'Arcom, qui remplace le CSA et l'Hadopi depuis le 1er janvier) leur avait adressé des mises en demeure leur demandant d'agir comme le prévoit la loi afin que les mineurs ne puissent plus accéder à leurs contenus. Trois associations étaient à l'origine de ces mises en demeure : L'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique (Open), l'Union nationale des associations familiales (Unaf) et le Conseil français des associations pour les droits de l'enfant (Cofrade), l'idée étant de protéger les enfants. Dans le même temps, l'Arcom a adressé une "demande d'observations à l'éditeur des sites Youporn et Redtube qui pourra éventuellement être suivie de mises en demeure pour méconnaissance des dispositions de l'article 227-24 du code pénal".

Contenus pour adultes : un avertissement de pure forme

Ces sites expliquent parfaitement sur leur page d'accueil qu'ils sont pornographiques et que l'accès est interdit aux mineurs : "Ce site Internet réservé à un public majeur et averti est conforme à toutes les réglementations françaises en vigueur. Il contient des textes, photos et vidéos classées X qui peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes". Mais leur volonté se résume à cette maigre annonce. Il est en effet facile pour un enfant, quel que soit son âge, qu'il ait 10 ans, qu'il soit pré-ado ou adolescent-presque-majeur de cliquer sur le bouton Entrer en certifiant sur l'honneur "avoir pris connaissance du caractère pornographique de ce site et être majeur selon les lois en vigueur dans mon état ou mon pays". Bref, un avertissement de pure forme qui n'empêche en aucun cas de voir des contenus pornographiques.

Malgré la mise en demeure du 13 décembre, aucun des cinq sites n'avait réagi de quelque manière que ce soit et aucune mesure complémentaire n'avait été mise en place. Invoquant l'article 23 de la loi du 30 juillet 2020, l'Arcom est donc passée mardi 8 mars à la vitesse supérieure en saisissant le président du tribunal judiciaire de Paris pour qu'il ordonne aux principaux fournisseurs d'accès à internet (FAI) c'est à dire Bouygues, Free, Orange et SFR notamment d'empêcher l'accès à Pornhub, Tukif et Xhamster, Xnxx et Xvideos. La justice doit désormais trancher et pourra décider que les sites des éditeurs de Pornhub, Tukif et Xhamster, Xnxx et Xvideos ne soient plus accessibles à partir du territoire français ou par leurs adresses situées sur le territoire. Sont donc concernées les sociétés MG Freesites Ltd (Chypre) éditrice de Pornhub, Fedrax Lda (Portugal) pour Tukif, Hammy Media Ltd (Chypre) pour Xhamster, NKL Associates s.r.o. (République tchèque) pour Xnxx et WebGroup Czech Republic (République tchèque) pour Xvideos. Si la justice donne son donc feu vert alors " Les internautes qui chercheront à consulter ces sites seront alors automatiquement redirigés vers une page d'information expliquant la raison de ce blocage ", indique l'Arcom.

Sites pornographiques : un blocage facile à contourner

Bien consciente des possibilités infinies offertes par Internet, l'Arcom a voulu anticiper la création de sites miroirs, c'est-à-dire de jumeaux parfaits de ces sites pornographiques et simplement présentés sous un autre nom. L'Arcom précise donc que "le cas échéant, le président de l'Arcom pourra également saisir le président du tribunal judiciaire de Paris s'il constate que les sites bloqués sont rendus accessibles à partir d'autres adresses ("sites miroirs ) et qu'ils demeurent accessibles aux mineurs. De plus, il pourra demander au juge d'ordonner le déréférencement des sites par les moteurs de recherche et les annuaires". 

Ce n'est pas la première fois que l'Arcom cherche à bloquer des accès à certains sites. Ce fut le cas en février dernier lorsqu'une décision de justice a obligé les FAI à bloquer les sites et les services pirates diffusant des matchs de foot de la Ligue des champions. Mais rien n'est jamais réellement caché sur le web. Même si les sites sont déréférencés et n'apparaissent plus dans les moteurs de recherche (Google, Bing, Qwant et autres), il suffit d'un peu de recherches pour arriver à les retrouver. Or les ados ne manquent ni d'imagination, ni de réflexes pour parvenir à obtenir ce qu'ils veulent.

Installer un VPN, un serveur qui permet à l'internaute de se délocaliser virtuellement de France, c'est-à-dire de faire croire au FAI qu'il se trouve dans un pays étranger n'ayant aucune réglementation contre les sites classés X, est une de ces méthodes. Mais les VPN ont un coût et les ados n'ont pas forcément de carte bancaire pour en acheter un… L'autre méthode consiste à modifier les DNS de l'ordinateur. Il faut juste connaître un minimum les réglages des paramètres de l'ordinateur, que ce soit un PC ou un Mac et l'opération se déroule en trois minutes chrono. Nul doute que les ados seront capables de se donner le tuyau sur des boucles WhatsApp ou des tutos TikTok. L'accès aux sites pornos sera donc un peu plus compliqué, certes, mais pas impossible. Les parents peuvent néanmoins agir eux aussi en activant ou en installant des contrôles parentaux extrêmement stricts sur les ordinateurs de leurs enfants ou via leur box Internet.

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