Coronavirus : et si les FAI bridaient les services de streaming ?

Coronavirus : et si les FAI bridaient les services de streaming ?
Suite aux mesures de confinement et à l'intensification du streaming, les opérateurs Internet songeraient à réduire le débit des plateformes de divertissement pour ne pas engorger les réseaux.

Mise à jour le 19 mars à 17 h
Les mesures exceptionnelles mises en place par le Gouvernement depuis le 15 mars pour lutter contre la propagation du Covid-19 ont un impact direct sur les réseaux de communication. De fait, entre la fermeture des établissements scolaires et les millions de salariés bloqués à domicile, le suivi des cours à distance et le télétravail se sont nettement intensifiés, en engendrant un trafic inédit sur Internet. Dans le même temps, avec le confinement et les restrictions de déplacement qui interdisent toute sortie (restaurants, cinémas, bars, salles de spectacles, etc.), de nombreux citoyens cherchent à se divertir en ligne, en se tournant vers des plateformes de vidéo ou de jeu en streaming. Or, on le sait, ces services consomment énormément de bande passante. C'est d'ailleurs déjà le cas en Italie où, suite aux mesures de confinement en vigueur depuis plusieurs jours, le trafic Internet a augmenté de 70 %. En toute logique, la France devrait suivre le même chemin.

Limiter l'utilisation de Netflix, YouTube et Fortnite

Pour éviter la saturation de la bande passante, les opérateurs Internet songeraient à réduire le débit accordé aux services de divertissement comme Netflix, YouTube ou Fortnite de manière à privilégier les usages importants, comme les solutions de télétravail ou les applications professionnelles. C'est ce que Le Journal du Dimanche avançait dans un article publié le 15 mars.

Mais cette hypothèse a été rapidement écartée. "Les infrastructures sont dimensionnées pour absorber des pics d'activité", expliquait Arthur Dreyfuss, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général d'Altice France - SFR. "Tous les opérateurs ont mobilisé des milliers d’ingénieurs et de techniciens qui superviseront et entretiendront l’ensemble du réseau", précisait-il, ajoutant qu'il n'y a pas de crainte à avoir pour le moment. Interrogé par BFM TV le 16 mars, il a d'ailleurs confirmé que les réseaux sont en mesure d’absorber l’afflux de connexions engendré par le confinement de la population et la généralisation du télétravail. Il a cependant invité les utilisateurs à s’appuyer au maximum sur les réseaux domestiques (ADSL et fibre) afin de ne pas surcharger les réseaux mobiles. Tous les acteurs du secteurs insistent sur ce point : il faut privilégier le Wi-Fi quand on utilise son téléphone à domicile, plutôt que de passer par la 4G.

Des ralentissements sensibles depuis le confinement

La situation pourrait toutefois rapidement évoluer. Comme on peut le constater sur le site DownDetector, qui rend compte en permanence de l'état du réseau de tous les opérateurs en France, plusieurs incidents ont déjà été relevés depuis le début de la semaine, notamment chez Free qui a faire à des problèmes de ralentissements sensibles mercredi 18 mars – les autres FAI aussi, mais dans une moindre mesure.

Appel au civisme numérique

Pour l'heure, aucune annonce officielle n'a encore été faite dans le sens d'une quelconque restriction de débit, mais il ne faut pas écarter cette hypothèse en cas d'abus manifeste, Free n'excluant pas cette solution radicale. Tous les opérateurs appellent d'ailleurs au "civisme numérique" en invitant leurs clients à utiliser Internet et, surtout les services de streaming avec modération. Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, s'est entretenu mercredi 18 mars avec Reed Hastings, le patron de Netflix. Il aurait demandé à la plateforme de passer automatiquement en définition standard (SD) pour réduire le débit de ses flux vidéo lorsque la HD n'est pas nécessaire.

Certes, le principe de la neutralité d'Internet interdit en théorie aux opérateurs de moduler le trafic en privilégiant certains usages au détriment d'autres, sauf dans ces circonstances extraordinaires. Mais dans une situation que nous connaissons, et avec l'état d'urgence sanitaire décrété par le Gouvernement, ils pourraient être amenés à passer outre.

Quoi qu'il en soit, il semble judicieux, là aussi, d'adopter dès à présent un comportement civique et intelligent en limitant l'usage des services de streaming pour ne pas encombrer le réseau. Rappelons que la TNT et la FM suffisent pour recevoir la télévision et la radio partout sur le territoire, sans avoir utiliser Internet.