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Google, Intel et Qualcomm coupent les ponts avec Huawei

Félix Marciano - lundi 20 mai 2019 - 11:54
Google, Intel et Qualcomm coupent les ponts avec Huawei
Suite à une décision du gouvernement Trump, Huawei ne pourra plus acheter de produits américains. Un coup très dur pour le géant chinois, et pour ses clients.

C'est un coup de tonnerre qui s'est abattu sur le monde de la high-tech aujourd'hui. Selon des informations publiées par Reuters et Blooberg, Huawei ne pourra plus se fournir chez Google, Intel, Qualcomm, Broadcom, Micron Technology et Western Digital. Placé sur une liste noire par le président Donald Trump, le constructeur chinois n'a plus le droit d'acheter des technologies américaines sans un accord du gouvernement. Une décision brutale qui marque une nouvelle étape dans la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, et qui fait suite aux accusions d'espionnage dont Huawei fait l'objet depuis plusieurs mois. Et qui risque de pénaliser très rapidement les clients du géant chinois dans le monde entier...

Concrètement, Google aurait déjà coupé les ponts avec Huawei, en révoquant le contrat lié à Android. Selon Reuters, le constructeur chinois n'aurait plus accès privilégié aux mises à jour d'Android et ne pourrait plus intégrer en standard les applis et les services Google (Gmail, Google Maps, Chrome, etc.), en particulier le Play Store, dans ses prochains smartphones et tablettes. Un véritable coup de massue qui priverait Huawei et sa filiale Honor de tout l'écosystème Android.

Dans le même temps, et toujours suite aux ordres de l'administration Trump, plusieurs constructeurs de semiconducteurs et de composants électroniques comme Intel, Qualcomm, Broadcom, Micron Technology et Western Digital n'ont plus le droit de fournir des produits à Huawei. Le fabricant chinois ne pourrait ainsi plus intégrer de modem Qualcomm dans ses smartphones ni de processeurs Intel dans ses ordinateurs et ses serveurs. Là encore, c'est un coup dur pour Huawei, qui se voit privé de composants indispensables. D'autant que des fournisseurs européens pourraient suivre, dans la lignée de l'Allemand Infineon qui a décidé de plus vendre de mémoire au géant chinois, comme le révèle Nikkei.

Accusé depuis des mois d'espionnage pour le compte du gouvernement chinois (voir actualité), Huawei se retrouve au coeur de la tourmente. Et d'une féroce guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Il faut reconnaître que Huawei occupe une position stratégique aujourd'hui dans le domaine de la high-tech. Car si le géant chinois occupe la deuxième place mondiale des constructeurs de smartphones, il est aussi, et surtout, en première ligne pour la 5G. Une position qui inquiète les Américains, car, outre les accusations sur la présence supposée de portes dérobées dans les équipements de télécommunications installés dans le monde entier, la position dominante de Huawei dans l'univers de la 5G pourrait poser des problèmes d'indépendance et de sécurité dans la mesure où cette technologie va se déployer dans toutes les applications du quotidien, de la télévision mobile à la voiture autonome en passant évidemment par tous les services Internet.

Face à ces décisions de blocage, Huawei se retrouve aujourd'hui dans une situation inédite et délicate. Si le contrat avec Google est effectivement rompu, il faudra que le géant chinois mette en place très rapidement des solutions de secours. Il pourrait notamment utiliser son système d'exploitation maison, qui serait en développement depuis des années, ou se rabattre sur une version open source d'Android (AOSP). Mais il lui faudrait aussi mettre en place une alternative au Play Store pour diffuser des applis, et bâtir une nouvel écosystème, ce qui n'est pas gagné. Idem du côté des composants. Le constructeur chinois dispose déjà de sa propre filiale spécialisée, HiSilicon, qui fabrique notamment des processeurs multifonctions pour ses produits mobiles : des SoC qui n'ont rien à envier en termes de performances aux modèles signés Apple ou Qualcomm. Mais quid du reste, et en particulier des puces pour PC ?

Surtout, les décisions américaines pourraient avoir des conséquences concrètes à très court terme sur les nouveaux clients de Huawei et d'Honor, nouveaux comme anciens. Car, mondialisation oblige, le constructeur chinois vend ses produits sur toute la planète, y compris en Europe et en France, où il occupe aujourd'hui une place enviable.

Comme il fallait s'y attendre, Huawei n'a pas tardé tardé à réagir. Dans un communiqué, le constructeur tient à rassurer ses possesseurs actuels de smartphones et tablettes Huawei et Honor, en leur garantissant un accès aux mises à jour d'Android et au SAV, qu'il s'agisse de modèles déjà vendus ou de ceux en stock. Et si Huawei précise qu'ils pourront continuer à utiliser normalement leur appareil, il reste plus flou sur l'avenir, se contentant de promettre "de construire un écosystème logiciel sûr et durable, afin de fournir la meilleure expérience possible aux utilisateurs du monde entier".

De fait, rien ne dit que les produits Huawei et Honor seront encore longtemps compatibles avec l'écosystème Android. Ce qui est particulièrement gênant par le Play Store, aucun magasin d'applications alternatif n'ayant encore réussi à se hisser au niveau de ce que propre Google. Pire encore, rien ne garantit que, dans la foulée de la décision de Google, d'autres applications américaines majeures, signées Facebook, Twitter, Netflix ou Amazon, fonctionnent encore longtemps sur les produits Huawei...

Nul doute que le constructeur, soutenu par le gouvernement chinois va chercher en urgence des solutions pour riposter au blocage américain qui risque de faire vaciller tout un pan de l'économie, sur fond de bras de fer entre la Chine et les Etats-Unis. Les prochaines heures seront mouvementées...

Illustration : © PXhere
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