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Qualcomm veut révolutionner le PC sous Windows avec le Snapdragon 8cx

Félix Marciano - lundi 10 décembre 2018 - 16:16
Qualcomm veut révolutionner le PC sous Windows avec le Snapdragon 8cx
Le fabricant de processeurs pour smartphones vient de dévoiler une nouvelle plateforme pour les PC du futur. Les grands noms du logiciel suivent déjà.

Se dirige-t-on vers la fin de la plateforme x86 qui sert de base à tous les PC depuis plus de trente ans - et qui a fait la fortune d'Intel et de Microsoft ? Sans aller jusqu'à prédire la mort de cette architecture qui continue d'évoluer, Qualcomm entend bien proposer une nouvelle voie avec sa plateforme ARM pour PC. Le fabricant de processeurs pour smartphones, bien connu pour ses puissants Snapdragon qui équipent une myriade de mobiles de milieu et de haut de gamme, vient en effet de dévoiler une nouvelle puce tout-en-un - un SoC dans le jargon, pour System on a Chip ou système dans un seul circuit en français - conçu spécifiquement pour animer de "vrais" ordinateurs : le Snapdragon 8cx.

Bien plus qu'une simple adaptation de processeur de smartphone, ce SoC de nouvelle génération a été développé sur de nouvelles bases matérielles et logicielles dans le but de faire tourner Windows 10 de façon comparable à celle des PC traditionnels équipés de processeurs Intel ou en AMD. Certes, il partage une bonne dose d'ADN avec le Snapdragon 855, le nouveau SoC haut de gamme pour mobile que Qualcomm a présenté en même temps lors de son Tech Summit. Mais il va nettement plus loin, en termes de caractéristiques et de performances.

Pour commencer, le Snapdragon 8cx est gravé en technologie 7 nm. Une technique de lithogravure plus avancée que celle d'Intel qui est toujours "bloqué" à 14 nm en attendant un passage à 10 nm, prévu pour a fin 2019. Si ces nombres obscurs n'ont rien d'affriolant pour les foules, ils ont d'énormes répercussions pratiques. D'abord, parce que plus la gravure est fine, plus on place d'éléments dans une même puce. Ensuite, parce qu'une gravure fine induit une consommation électrique réduite. Et c'est le cas pour le Snapdragon 8cx dont l'enveloppe thermique ne dépasse pas les 7 watts selon Qualcomm. Les conséquences ? Le Soc pourra se contenter d'un système de refroidissement passif et les ordinateurs qui l'utiliseront seront totalement silencieux. Et ils consommeront peu d'énergie, ils offriront une meilleure autonomie - évidemment dépendante de la capacité de la batterie qui sera intégrée. Du coup, là où les constructeurs de PC portables annoncent des heures de fonctionnement, Qualcomm promet des jours ! De quoi changer radicalement la façon d'utiliser un ordinateur.

Et c'est bien le but de Qualcomm avec son concept d'Always Connected PC, auquel la plateforme ARM se destine. L'idée est de proposer un ordinateur toujours prêt et toujours connecté, comme un smartphone. D'où l'intégration, au sein même Soc, d'un modem à haut débit, baptisé X24, compatible 4G, et capable d'atteindre 2 Gbit/s, en plus des incontournables modules Wi-Fi 802.11ad et Bluetooth 5.0 qui revendique une très haute fidélité pour les transmission audio. Ainsi équipé, un PC resterait toujours connecté à Internet, même en veille, avec une consommation électrique minimale, de l'ordre de 30 mW. Impressionnant...



Mais là où le Snapdragon 8cx compte vraiment faire la différence avec les premières tentatives de Qualcomm dans le domaine, c'est au niveau des performances. Le Soc embarque ainsi un processeur (un CPU) à huit cœurs Kryo 495 - dont la fréquence de fonctionnement sera laissée au choix du fabricant de l'ordinateur, mais qui pourrait approcher les 3 GHz - ainsi d'un coprocesseur dédié au traitement de signal (DSP) et à l'intelligence artificielle, l'Hexagon 690, et qu'un processeur graphique (un GPU) hautes performances, l'Adreno 680, bien plus puissant que celui intégré dans les puces mobiles. Compatible DirectX 12, ce dernier serait capable de décoder les formats VP9 et H.265 mais aussi de gérer l'affichage simultané sur deux écrans en 4K HDR. Bien mieux que les circuits graphiques intégrés d'entrée de gamme d'Intel, et de quoi envisager de faire tourner des jeux...

Ce n'est pas tout : l'ensemble sera capable de gérer jusqu'à 16 Go de la mémoire vive DDR4, l'USB 3.1 de deuxième génération, le PCIe de troisième génération et même la technologie Quick Charge 4+ qui permet de recharger très rapidement un appareil. Un héritage du monde mobile qui aurait tout son sens sur des ordinateurs ultraportables. D'ailleurs, du fait de la petite taille et de la frugalité de son SoC, Qualcomm imagine que le Snapdragon pourrait être intégré dans des appareils aux formats très variés, et bien différents des portables classiques.



Ces caractéristiques alléchantes ne seraient rien sans logiciel. Et c'est là que Qualcomm fait fort. Non seulement, Microsoft développe une version spéciale de Windows 10 pour la plateforme ARM, mais de grands éditeurs sont aussi en train d'adapter leurs applications phares, Google et Mozilla font déjà tourner leur navigateurs Chrome et Firefox dans cet environnement, et Microsoft ne devrait pas tarder à en faire autant avec Office. Certes, il est toujours possible de faire tourner des logiciels Windows classiques, grâce à l'émulation x86, mais au prix de performances sensiblement réduites. Il en va tout autrement avec les applications dites "natives", spécifiquement conçues pour l'environnement ARM.

Plusieurs constructeurs d'ordinateurs, comme Samsung, Lenovo, Asus, et HP se sont déjà lancés dans l'aventure du Always Connected PC depuis son lancement par Qualcomm, l'an dernier. Mais, en utilisant de simples SoC pour mobiles détournés. Il en ira tout autrement avec le Snapdragon 8cx. Et les premiers tests effectués lors du Tech Summit sur de simples prototypes sont bluffants. Ceux qui ont pu essayer la plateforme ont été emballés par les performances et la fluidité d'utilisation, y compris avec des applications gourmandes comme le traitement d'images. Bien sûr, il faudra attendre que de véritables PC de série apparaissent pour porter un jugement définitif, ce qui est prévu pour le deuxième semestre 2019. Mais il semble bien que Qualcomm, en s'appuyant sur de nombreux partenaires, tant pour le logiciel que pour le matériel, soit en train d'écrire une nouvelle page dans l'histoire de l'informatique en inventant le PC du futur...

Illustrations : © Qualcomm
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Commentaires

roro837
Messages postés
1
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vendredi 8 mai 2015
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Dernière intervention
13 décembre 2018
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Bonjour, Pourquoi ne parle-t-on pas de Linux ? Pensez-vous que Linux n'aura pas le droit de compiler son SE pour ce processeur ? Un accord est-il conclu pour ne pas donner accès aux pilotes ? La libre concurrence même envers le logiciel libre , n'est-elle pas l'âme des entrepreneurs qui n'ont pas peur d'elle ?
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@roro837 c'est déjà la cas. L'immense majorité des distributions Linux tournent déjà sur architecture ARM. Dès 2014, il y a eu une association entre Ubuntu et Qualcomm. Et pour rappel Android est basé sur Linux.
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