Financement participatif : "la plateforme est formidable"

Financement participatif :
Et si les internautes contribuaient au projet ? C'est le principe du financement participatif. C'est aussi celui qui a été adopté par Michel Thomazeau, le fondateur de Cubical Drift, un studio de jeu vidéo français. Après s'être heurté à des refus du côté des financeurs habituels, le studio français a opté pour la plateforme de « crowdfunding » Kickstarter.

Avec succès puisqu'au terme d'un mois de campagne, plus de 10 000 internautes se sont engagés en faveur du projet de jeu vidéo Planets3. Le studio français a même dépassé son objectif, qui était initialement de récolter 250 000 dollars : la campagne a permis la levée de 310 000 dollars.

Retour d'expérience de Michel Thomazeau, qui peut désormais se tourner vers les prochaines étapes de création du jeu.


- CCM : Pouvez-vous en dire plus sur le studio Cubical Drift, et sur ce qui vous a mené vers une solution de financement participatif ?

Michel Thomazeau : Avec les programmeurs de l'équipe, nous travaillons sur le projet Planets3 depuis deux ans. Le studio Cubical Drift a été créé l'année dernière. L'équipe a décidé de se pencher vers une solution de financement participatif l'année dernière, lorsque nous avons essuyé un refus des financeurs plus classiques. Le risque semblait trop grand pour eux. En mai dernier, nous avons donc changé notre fusil d'épaule, et décidé de porter le projet sur la plateforme de financement participatif Kickstarter.
Nous étions trois développeurs à ce moment-là, et nous avons décidé de trouver des créatifs et des graphistes pour mettre toutes les chances de notre côté.

- CCM : En quoi consiste le projet Planets3 ?

M.T. : Il s'agit d'un jeu d'aventure et jeu de rôle, basé sur un univers entièrement construit avec des petits cubes. Cela rejoint un peu le principe de Minecraft, mais en y ajoutant un univers scénaristique, des personnages, un système d'évolution... tout ce qu'on retrouve dans un jeu de rôle ou un jeu d'aventure. La partie construction servira, à la façon des Lego, à la partie scénaristique du jeu.

- CCM : Concrètement, comment se passe la mise en place, le lancement de ce genre de campagne de financement participatif ?

M.T. : Il faut dans tous les cas une véritable étude, pour trouver la plateforme de crowdfunding qui correspond le mieux au projet. Je ne conseille pas à un entrepreneur qui souhaite lever 20 000 euros de lancer une campagne sur Kickstarter, puisque cela sera possible sur MyMajorCompany ou Indiegogo.

Lorsque le montant est plus élevé, ou que l'on souhaite toucher plus de personnes, cela vaut le coup de lancer une campagne sur Kickstarter. Il faut dans ce cas au minimum deux mois, entre le moment où on décide de se lancer dans le projet, et le moment où on décide d'appuyer sur le bouton « lance la campagne ».

Il faut dans cet intervalle créer la société, créer le compte en banque... Ce que je conseille aussi, c'est de faire appel à un professionnel du marketing, pour mettre en forme la page de présentation du projet de manière à ce que ça plaise au public américain. Il faut également prévoir une vidéo de présentation. De notre côté, sans moyens techniques importants, nous avons fait le choix de mettre en valeur des concept-arts et des visuels du jeu.

- CCM : Quels leviers peuvent être utilisés pour pousser la campagne ?

M.T. : Une fois la campagne lancée, c'est loin d'être terminé et même, les problèmes commencent ! Ce sont 30 jours éreintants. Nous avons atteint notre plafond quatre jours avant la fin.

Pour les projets qui ne sont pas connus comme le nôtre, il y a un véritable travail de communication à lancer. L'objectif est de toucher les médias : nous avons fait le choix de travailler avec des experts. Cela représente un coût, mais je pense que nous n'aurions pas atteint l'objectif sans relations presse. Il faut également prendre le temps de répondre aux messages, c'est très apprécié par les « backers ».
Lorsqu'il y a des prototypes à présenter, c'est encore mieux. C'est ce que nous avons fait dans les derniers jours. Notre version prototype, qui n'était donc pas du tout aboutie, a été très appréciée.

- CCM : Et pourquoi Kickstarter précisément, alors qu'il existe d'autres sites de financement participatif ?

M.T. : C'est le numéro un du « crowdfunding » et nous souhaitions mettre toutes les chances de notre côté. Nous avons préféré opter pour une plateforme qui rassemblait le plus de « backers », c'est-à-dire des financeurs. Ce qui a orienté notre choix, c'est aussi le montant des fonds qui était levé, et le nombre de projets qui étaient menés à terme.
On se rend bien compte néanmoins que la France est un peu à la traîne pour le crowdfunding.

- CCM : Est-ce que cela a un coût pour le studio ?

M.T. : En plus des investissements, il faut bien évidemment prévoir les frais qui sont prélevés par Kickstarter, le taux de change puisque la somme récoltée est en dollars, la création d'un compte en banque aux Etats-Unis, le transfert d'une grosse somme d'argent vers la France...

- CCM : Est-ce que vous voyez des limites d'une campagne avec Kickstarter ?

M.T. : Le paiement via Paypal n'est pas possible. C'est dommage parce que nous avons reçu de nombreux messages nous demandant un paiement par ce biais. Il s'est avéré que nous aurions pu mettre un lien de paiement direct sur notre page, mais cela n'aurait pas été comptabilisé dans le montant global de la campagne.

- CCM : Quelles sont les améliorations possibles à Kickstarter selon vous ?

M.T. : L'outil en lui-même est bien fait, très facile d'utilisation. Les éléments sont faciles à mettre en place. L'ergonomie est bien réalisée. En tant que Français, l'inconvénient reste bien sûr la barrière de la langue, surtout que nombre de Français sont venus sur notre page. La plateforme est formidable : si nous n'en avions pas profité, le projet n'aurait pas connu la même évolution. C'est une énorme épine qu'on nous enlève du pied : cela nous a fait beaucoup de bien !

- CCM : Quelles sont les prochaines étapes ?

M.T. : Nous sommes arrivés à regrouper 10 000 personnes sur la plateforme, qui ont soutenu le projet. Cela a permis de valider le concept, de montrer qu'il plaît aux joueurs avant même qu'il ne soit sorti.

Désormais, nous avons beaucoup de travail pour gérer l'après-campagne, sans même parler encore du jeu. La priorité actuelle, c'est de développer la boutique en ligne, et en parallèle de rassembler les sommes générées par la campagne.

Les financeurs sont relancés par la plateforme qui nous informera, une fois ces relances effectuées, du montant exact que nous aurons réussi à lever. Les éventuels impayés ne changent rien à la réussite de la campagne.
Dans les prochains mois, les membres de l'équipe vont rejoindre le studio à Cannes. Si tout se passe bien, d'ici cet été on démarre la production du jeu. Enfin, on peut se lancer !

- CCM : Est-ce que c'est une solution que vous recommanderiez à d'autres professionnels, et pourquoi ?

M.T. : Pour d'autres projets qui ont les mêmes ambitions, oui. C'est un choix à faire en fonction du public qu'on souhaite attirer, de la couverture qu'on veut pour son produit, sachant qu'il existe d'autres plateformes. Il faut prendre en compte tous les paramètres de chaque plateforme.

Repères

Cubical Drifts

  • Studio indépendant de jeu vidéo, basé à Cannes,
  • Dirigé par Michel Thomazeau, le studio a monté une campagne de financement pour son projet de jeu vidéo Planets3,
  • Plus de 310 000 dollars ont été récoltés, avec le soutien de 10 357 « backers »,
  • Le site Planets3.

Kickstarter

  • Plateforme de financement participatif, c'est-à-dire de croawdfunding,
  • Le principe : financer des projets au stade d'idée, en échange d'une récompense ou d'un produit issu du projet,
  • Six millions de « backers » sont inscrits sur la plateforme américaine,
  • Kickstarter.com,
  • Solutions similaires : Indiegogo.com, MyMajorCompany.com.