SFR : Martin Bouygues en colère contre la direction de Vivendi

SFR : Martin Bouygues en colère contre la direction de Vivendi
Le groupe Vivendi a décidé de vendre SFR à Altice/Numericable. Depuis cette décision, les réactions continuent à nous parvenir. Le président du Conseil de surveillance de Vivendi, Jean-René Fourtou, a pris la parole, jugeant l'offre de Bouygues « intenable au plan de la concurrence ». Quelques jours après, Martin Bouygues lui répondait auprès du journal Le Figaro. Selon lui, Vivendi a incité Bouygues à s'intéresser à SFR avant de ne pas être pris en compte.

Dans le monde des affaires, les négociations qui mènent aux ventes se déroulent habituellement à l'abri des regards. La vente de l'opérateur SFR a été un véritable feuilleton. Même s'il n'y avait que deux repreneurs potentiels, ils ont alimenté l'actualité à coup de meilleures offres, nouveaux soutiens ou attaques plus ou moins directes. Le groupe Vivendi a choisi l'offre d'Altice/Numericable, mais le dossier n'est pas clos pour autant. Le gouvernement reste très attentif et les concurrents de SFR préfèrent toujours la proposition de Bouygues. Du côté de ce dernier, ce choix reste difficile à accepter.

Le 7 avril dernier, Jean-René Fourtou, président du Conseil de surveillance de Vivendi, a accordé un entretien au journal La Tribune pour expliquer ce choix. Il a déclaré que Numericable avait été préféré pour la « faisabilité de son projet ». S'associer à Bouygues « aurait créé un groupe avec 47 % de parts de marché en valeur dans le mobile ». L'Autorité de régulation aurait, selon lui, demandé des contreparties très importantes qui auraient pu affaiblir l'entité SFR/Bouygues Telecom. Au niveau social, Jean-René Fourtou a estimé qu'« il y aurait eu 4 000 à 6 000 personnes en trop, sans compter les sous-traitants ».
Il n'aura fallu que quelques jours pour que Martin Bouygues réponde à Jean-René Fourtou, par le biais du journal Le Figaro.
Le PDG de Bouygues affirme que Jean-René Fourtou l'a convaincu, au mois de janvier, de faire une proposition de rachat de SFR, en l'« assurant de la pertinence et de la faisabilité de l'opération ». Toutefois, il rajoute que « pour des raisons qui (me) sont inconnues, il a totalement changé d'attitude un peu avant le dépôt de (notre) première offre ». « De futurs partenaires, (nous) sommes devenus soudainement des gêneurs. Tout a été fait pour ne pas permettre à Bouygues de présenter ses offres et ses arguments au Conseil de surveillance. Les anomalies se sont multipliées ».
Du côté social, Martin Bouygues affirme qu' « en définitive, 1 400 « doublons » pouvaient éventuellement subsister. Garder ces collaborateurs ne posait pas de difficulté à une entreprise de cette taille, avec un tel potentiel de développement ».
Martin Bouygues ne mâche pas ses mots : « des appels d'offres compliqués, tordus, bizarres, (j)'en ai vu beaucoup. Mais, (je) n'imaginais pas de telles pratiques dans un tel dossier ... à Paris de surcroît ! ».

Si les dires de Martin Bouygues sont vrais, on pourrait se demander si Vivendi n'a pas attiré Bouygues dans les négociations pour faire grimper les offres. Surtout que si un rapprochement entre SFR et Bouygues Telecom ne semblait pas faisable pour Vivendi, le groupe ne s'est pas fait prier pour mettre la pression sur Altice pour qu'il augmente sa dernière offre !

Crédit photo: SFR