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Photographie aérienne : le drone pour "répondre à des demandes spécifiques"

Perrine Tiberghien - jeudi 6 février 2014 - 16:29
Photographie aérienne : le drone pour
Il y a quelques semaines, Amazon annonçait se pencher sur la possibilité de livrer ses colis à l'aide de drones. En France, la SNCF expérimente l'utilisation des drones pour surveiller ses réseaux de voies ferrées. Autant dire que pour les entreprises, les drones ouvrent de nouvelles possibilités sur bien des chantiers.

Et c'est également le cas pour les professionnels spécialisés dans la prise de vue aérienne. Dans le sud est de la France, Matthieu Colin s'intéresse depuis quelques années aux alternatives offertes par les drones, pour compléter la prise de vue depuis un ULM ou un hélicoptère. Mais avec du matériel coûteux, une réglementation stricte et une technologie qui demande un pilotage expérimenté, la photographie à l'aide d'un drone peut se révéler plus complexe que prévu. Explications.


CCM - Comment avez-vous connu le drone ? Quels sont les aspects qui vous ont poussés à cette technique pour la photographie aérienne ?

Matthieu Colin : Passionné par tout ce qui vole, je me suis intéressé à la technologie du drone il y a quatre ans, quand la miniaturisation a permis d'embarquer un appareil photo avec un retour vidéo au sol. Mon premier drone était un avion électrique d'1m80 d'envergure. Je suis passé ensuite au drone multirotor, le quadricopter (quatre moteurs et hélices). Puis à l'hexacopter et enfin l'octocopter. Le principal attrait de cette technologie à voilure tournante, c'est le vol stable à très basse altitude. Le drone permet de voler à quelques mètres seulement d'un objectif, ce qui n'était pas réalisable auparavant en hélicoptère ou en Ulm.

CCM - En quoi l'utilisation du drone est-elle intéressante pour votre activité ?

M.C. : Le drone permet de répondre à des demandes spécifiques. Il est désormais possible de faire des photos et vidéo en ville à très basse altitude en dessous de 150 mètres. Et la technologie m'a permis de proposer de la vidéo car cet outil est particulièrement adapté aux images animées. Le drone est capable de réaliser des travelling dans les trois dimensions et donne des images très stables et très fluides.

CCM - Quel est le type de drone que vous utilisez ?

M.C. : J'utilise deux types de drones. La nouvelle réglementation impose de voler avec une machine de moins de 2 kgs en ville. Je vole avec un drone quadricoptère (4 moteurs) léger de moins de deux kilos pour les vols en zone urbaine. J'utilise un drone octocoptère (8 moteurs) pour les zones non-urbaines : il est plus stable et permet d'embarquer un système de prise de vue plus lourd et plus performant.

CCM - Concrètement, comment vous serez-vous du drone lors d'une sortie ?

M.C. : Il faut deux opérateurs pour réaliser des images en drone. Le pilote du drone gère le vol de la machine. Le cadreur contrôle l'image grâce à un retour vidéo transmise en temps réel au sol sur un écran de contrôle ou des lunettes vidéo. Il oriente l'appareil photo ou la caméra placé sur une nacelle trois axes et gère le cadrage de l'image. Chaque vol est limité par la capacité des batteries à moins de 10 minutes. Il faut donc avant de décoller établir un plan de vol avec le pilote pour se synchroniser sur les photos ou les séquences vidéo que l'on souhaite obtenir. Pour être efficace et performant, ce travail d'équipe demande une bonne coordination et pas mal d'entraînement.

CCM - Est-ce que cette solution vous a paru facile à prendre en main et à utiliser ?

M.C. : La technologie peut paraître facile de prime abord, mais elle est assez complexe. Il faut d'abord construire un drone fiable, bien optimisé pour limiter les vibrations et avec une nacelle fluide.

Il faut ensuite faire équipe avec un pilote expérimenté. Maîtriser le pilotage d'un drone pour faire face à toutes les situations demande des centaines d'heures de vol.
Enfin il faut obtenir l'homologation de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile) pour avoir le droit de faire voler le drone. J'ai commencé la pratique du drone avec un pilote très expérimenté en modélisme. Je travaille aujourd'hui avec la société Drone Pictures, société leader dans la technologie du drone dans le sud-est.

CCM - Est-ce qu'il vous a fallu améliorer le drone pour y adapter votre activité de photographe ?

M.C. : Que ce soit pour la photo ou pour la vidéo, il faut monter l'appareil photo ou la caméra sur une nacelle trois axes qui se place sous le drone. Cette nacelle permet d'orienter l'objectif dans tous les sens pour trouver le bon cadrage. Et il faut également retransmettre en temps réel l'image, pour pouvoir la contrôler depuis le sol. Cette technologie évolue très vite. Une nacelle est détrônée par un modèle plus performant tous les ans.

CCM - Quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer ?

M.C. : La technologie du drone et de sa nacelle sont en constante amélioration. Mais si la technique progresse, il faut à chaque fois monter la machine, la tester au sol puis la tester en vol. La mise au point pour obtenir une machine fiable, stabilisée et performante est assez longue et fastidieuse.

Et avec cette technologie, on n'est jamais à l'abri d'un crash. Je n'ai connu que deux crashs relativement bénins. Une erreur de pilotage, un problème technique ou une collision avec un oiseau, et le drone peut s'écraser avec une perte de 2 000 à 10 000 € !
D'autre part la législation est devenue assez pointue. Il faut un drone léger pour les zones urbaines et un drone plus puissant et plus stable pour la vidéo stabilisée. Chaque drone doit être homologué. Et avant chaque vol en zone urbaine, il faut faire une demande à la préfecture qui donnera son autorisation en deux à trois semaines.

CCM - Est-ce que le drone vous paraît un bon compromis pour l'utilisation que vous en faites ?

M.C. : Le drone est pour moi un outil complémentaire à l'hélicoptère et l'ULM pour réaliser des images aériennes. Il est très efficace à basse altitude et pour des objectifs précis. Mais il ne remplacera pas un hélicoptère ou un Ulm pour des larges zones, ou pour des images au dessus de 150 mètres d'altitude.


CCM - Imagineriez-vous des améliorations possibles pour que le drone réponde mieux à vos besoins ?

M.C. : Techniquement, le drone est aujourd'hui arrivé à maturation, autant pour la photo que pour la vidéo. La réglementation aérienne impose de piloter le drone à vue dans un rayon de 100 m pour des raisons évidentes de sécurité. Peut-être qu'un jour, avec l'évolution de la technologie et de sa fiabilité, nous pourrons piloter un drone en immersion, avec une autonomie plus grande.

CCM -C'est une solution que vous conseilleriez aussi à quels professionnels ?

M.C. La technologie du drone est en plein boom. Le drone se développe dans le domaine de la télésurveillance, la cartographie. On peut imaginer dans quelques temps qu'il sera utilisé pour faire des livraisons, d'abord dans des zones privées ou des entrepôts. Et qui sait si demain le livreur de pizza ne sera pas un drone... Mais il faudra pour cela créer des routes aériennes spécifiques aux drones pour éviter qu'une pizza ne rentre en collision avec un plateau de sushi !

Repères

Matthieu Colin


Drone Pictures

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Commentaire

Goretneuneu
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12 février 2014
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Tous ces drones qui vont pouvoir se balader partout, je trouve cela très inquiétant; bientôt chacun pourra espionner n'importe qui et n'importe quoi ! je n'ai rien à cacher mais je déteste les trous de serrure.
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