« Télétravail : la discipline est le maître-mot »

« Télétravail : la discipline est le maître-mot »
A quoi ressemble la journée typique d'un télétravailleur ? Ce mode d'organisation qui séduit de plus en plus les entreprises et les professionnels, entraîne un changement des habitudes de travail et de communication.

Nous avons interrogé Bruno Bord, développeur web et télétravailleur à temps plein depuis peu, sur les difficultés propres au travail à distance, sur les outils et méthodes à mettre en place pour faire face à cette situation. Il partage avec CommentCaMarche quelques règles et bonnes pratiques pour « télétravailler » de manière optimale.


CCM - Pouvez-vous vous présenter?

Bruno Bord - Bruno Bord, je suis développeur web depuis l'an 2000 et j'habite les Pyrénées-Atlantiques.

CCM - Dans quel contexte êtes-vous passé d'une situation de travail en présentiel à une situation de télétravailleur ?

BB - Depuis le début de ma carrière, j'ai travaillé en présentiel dans une banque, pour plusieurs SSII et toujours en Aquitaine, toujours dans les locaux de la société.

Mon employeur actuel, Novapost, m'a contacté pour un poste de développeur web dans leur structure. Ils connaissaient parfaitement ma situation géographique et qu'il était inenvisageable que je déménage en région parisienne.

Si Novapost est implanté à Paris même, il faut savoir que plusieurs de ses salariés sont déjà en télétravail, et dans l'équipe R&D, au moment où j'ai été embauché, il y avait déjà 4 personnes en "remote" (complet ou partiel).

C'est un point important : le télétravail fait déjà partie de la culture de l'entreprise.
Les sociétés qui ont franchi le pas et qui ont une expérience satisfaisante sur le sujet auront moins de freins ou d'appréhension quand il s'agit d'intégrer des collaborateurs à distance.

Je suis donc à 100% en télétravail depuis Juin dernier, alors que j'avais été 100% en présentiel jusqu'alors.

CCM - Vous faites part de difficultés à communiquer simplement par voie électronique dans le cadre du travail. Comment ces difficultés se manifestent-elles concrètement et quelles en sont les répercussions ?

BB - Il peut y avoir beaucoup d'incompréhensions, de quiproquos, de "petits loupés" dans une conversation uniquement textuelle. Quand on discute avec des amis ou des connaissances, on peut se permettre de zapper quelque phrases, quelques mots, de « blaguer », d'ironiser.

Dans le cadre du travail, c'est beaucoup plus compliqué, parce que le second degré ne passe pas, ou très mal. Même l'utilisation de smileys peut échapper au lecteur. On a un objectif commun, un but à atteindre, et il faut absolument faire preuve de précision et de concision.

Si je comprends de manière erronée le descriptif d'une fonctionnalité, je risque de faire fausse route, et de perdre du temps à défaire et refaire des bouts de code. Et inversement aussi, si je n'arrive pas à préciser exactement ce que j'ai compris.

Les répercussions ne sont jamais vraiment fatales, c'est juste qu'on risque des frictions qu'on aurait pu éviter avec un peu plus de rigueur.

CCM - Quels outils utilisez-vous pour "réduire le gap" ou collaborer avec les équipes en présentiel ou avec d'autres télétravailleurs ?

BB - Dernièrement, nous sommes passés à Google Hangouts et l'expérience est plutôt satisfaisante. Ces petites réunions (qui ressemblent beaucoup aux "stand-up meetings" de la méthode agile Scrum) sont intéressantes dans les équipes en présentiel : elles sont surtout cruciales pour les équipes partiellement en télétravail.

Le télétravailleur étant physiquement isolé, il n'a pas la possibilité de montrer facilement son écran à son voisin de bureau, de lui poser une question sur un problème qu'il rencontre... ou alors il le peut, mais avec un risque en termes de communication.

Ces réunions permettent d'intégrer les télétravailleurs dans l'équipe physique, d'une certaine manière de créer des liens d'appartenance plus forts. Le lien social n'est vraiment pas à sous-estimer. On a tendance à prendre les geeks pour des autistes, mais ce n'est vraiment pas une généralité : tous les développeurs que je connais ont besoin à un moment de se retrouver, pour échanger, discuter "en vrai" avec ses pairs.

Parallèlement à ces rendez-vous quotidiens, les salariés en télétravail essaient de remonter le plus souvent possible dans les locaux. Ces rencontres renforcent le sentiment d'appartenance à l'équipe, aident à la cohésion, la discussion, la complicité. Et permettent de sortir du champ de la communication textuelle.

CCM - Quelle règles faut-il mettre en place chez soi pour "télétravailler de manière d'efficace" selon vous ?

BB - Un ami qui télétravaille aussi depuis plusieurs années qui me l'a soufflé : le maître mot est "discipline". Le télétravailleur doit s'imposer des règles et s'y tenir avec le plus de discipline possible.

Les horaires ne peuvent pas fluctuer, ou très peu ; comme dans un emploi "normal". S'astreindre à respecter les horaires, c'est aussi être en phase avec les collègues.

Autant que possible, je pense que les membres d'une équipe doivent "être dans le
même fuseau horaire".

Un autre écueil à éviter : ne plus faire de pauses. Il me manque parfois une période de "décompression" entre la sortie de mon bureau et la plongée dans la vie quotidienne (s'occuper des enfants, le repas, etc). Attention tout de même à ne pas tomber dans l'excès inverse et arrêter de travailler pour un oui ou un non : la discipline reste de rigueur.

Si possible, le télétravailleur doit disposer de son propre espace de travail, isolé du reste de son logement. Loin des distractions.

J'ai beaucoup de chance de vivre dans une maison disposant d'une terrasse et d'une véranda. Quand les conditions climatiques le permettent et quand je suis seul à la maison, sortir du bureau pour s'installer plus confortablement est un luxe appréciable.

Peut-être que je ne suis pas plus ou moins efficace, mais ce petit confort donne un coup de pouce au moral : on voit le ciel, le soleil, on prend l'air...

Je travaille beaucoup en musique et j'ai fait l'acquisition d'un bon casque audio, bien isolant. L'isolation extérieure aide à rester bien concentré.

Le lien social n'est pas à négliger, et il est bien pratique de se renseigner sur les espaces de coworking et autres "tiers-lieux" alentours. Il m'arrive de temps en temps de me "délocaliser" dans l'espace existant à Bidart (au sein de la technopôle Izarbel).

Il m'est arrivé de travailler en-dehors d'un bureau "classique", mais vraiment très rarement jusqu'à présent. Quand c'est le cas, il est tout aussi important de s'installer dans un environnement isolé, de bien expliquer alentours qu'on est là pour le travail.

CCM - Vous indiquez avoir testé la méthode Pomodoro pour gérer votre temps de travail. Comment avez-vous mis en place cette méthode et s'est-elle avérée efficace ?

BB - La méthode Pomodoro ne nécessite quasiment aucun aménagement particulier. Il suffit d'avoir un minuteur, un papier et un crayon. Pour ma part, j'ai utilisé un petit minuteur "perso", que j'ai mis à disposition de tout le monde ici : http://brunobord.github.io/pomodorock .

Il y a trois minuteurs : travail, courte pause et pause longue. Ensuite, j'ai conçu un petit système qui permet de noter les cycles effectués et les interruptions.
En revanche, je dois avouer avoir eu du mal à tenir la distance avec cette méthode. Si elle est extrêmement bénéfique quand on a une tâche précise à faire, pour laquelle l'objectif est connu, je trouve qu'elle manque de pertinence si on est en train de faire des recherches, de bidouiller, de déboguer...

Repères

Bruno Bord


Outils et méthodes cités dans l'article

  • Google Hangouts : l'outil de visioconférence intégré à Google Plus
  • La méthode agile Scrum
  • Pomodoro : méthode de gestion du temps de travail