Payer le stationnement par téléphone pour "simplifier les démarches"

Payer le stationnement par téléphone pour
Depuis le mois de juin, la ville du Havre a mis ses places de stationnement à l'heure du numérique. Comme plusieurs autres villes en France, la collectivité s'est tournée vers une solution de paiement du stationnement par téléphone.

Mais si l'objectif était de simplifier les démarches, les contraintes ont été nombreuses puisqu'il fallait à la fois prendre en compte les abonnés, les services de verbalisation électronique... et les habitudes des automobilistes.

Directeur de la voirie et du stationnement au Havre, François Forterre revient sur la mise en place du paiement par téléphone avec PayByPhone, et sur les avantages pour les automobilistes.

CCM : Avec plus de 175 000 habitants, Le Havre est une grande ville très concernée par les questions liées au stationnement payant. Quel état des lieux pouvez-vous en faire ?

François Forterre : Les élus du Havre sont particulièrement sensibles à la dématérialisation. C'est une question qui est vraiment d'actualité pour les collectivités, dont les ressources sont plutôt amaigries. La collectivité pousse donc les services techniques à imaginer des solutions qui répondent à cela. Il faut simplifier les démarches administratives.

Nous avons un certain nombre de places payantes, et une tarification qui est probablement l'une des moins chères de France. Pour favoriser l'usage des transports en commun, nous avons mis en place des abonnements résidents. Nous avons donc 11 000 places payantes dans la ville, et 7 000 abonnés qui paient un abonnement de 120 € par an.

CCM : Quelle est la problématique qui vous a poussé à rechercher un autre type de paiement pour le stationnement ?

F.F. : Lors de la mise en place de cet abonnement, il y a eu un engouement très fort des usagers. Nous avons donc dû produire un certain nombre de cartes. Des cartes papier qui devaient être assez sophistiquées pour éviter les fraudes, sans qu'elles ne soient trop chères.
Assez rapidement, nous avons vu que la gestion devenait complexe. En fin de mois, nous avions des files de gens qui venaient chercher leur carte d'abonnement. On s'est également aperçu qu'il y avait des fraudes, même si c'est resté assez marginal. Cela a aussi pesé dans la balance.

Parallèlement à cela, on sait qu'il y a toujours une réticence des usagers à payer son stationnement. L'une des causes, c'est que les usagers ne voulaient pas aller jusqu'à l'horodateur pour mettre des pièces dans la machine... et qu'il fallait avoir de la monnaie. Les usagers avaient aussi la sensation de ne pas payer le juste prix. Finalement pour être en règle, il faut toujours payer plus.

CCM : Est-ce qu'il y a eu des contraintes particulières pour la mise en place du paiement par téléphone ?

Nous avons étudié le cas de la ville d'Issy-les-Moulineaux, qui a mis en place le paiement par téléphone portable. L'idée pour nous était donc de proposer aux usagers de courte durée un service supplémentaire... et d'y ajouter la gestion de nos abonnés. C'est cela qui a été un peu particulier parce que ce n'était pas encore fait ailleurs.
La solution proposée devait donc à la fois gérer les usagers de courte durée qui paient par téléphone portable, et la gestion de notre base de données des abonnés. Et ces abonnés doivent pouvoir payer aussi bien au guichet de la mairie que par tout autre moyen.

Une autre contrainte était celle de la verbalisation électronique, mise en place depuis trois ans. Les agents disposent d'un boîtier pour établir leurs contraventions. Comme nous souhaitions un boîtier unique, il a fallu s'adapter au logiciel des procès-verbaux, qui est géré par l'Etat et par l'ANTAI, l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions. Jusqu'à présent, l'ANTAI ne voulait pas de deuxième application implantée sur le même boîtier.
Nous avons donc été la première ville à obtenir l'autorisation de l'ANTAI pour implanter l'application sur le même boîtier.

CCM : Le paiement par téléphone est donc tourné à la fois vers les usagers occasionnels et vers les abonnés ?

F.F. : Le paiement par téléphone est actif depuis le 17 juin 2013, soit depuis quelques mois. Pour le moment, il est accessible aux usagers qui souhaitent un stationnement de courte durée. La deuxième phase sera donc tournée vers les abonnés. C'est en cours de finalisation : notre service informatique doit développer des passerelles pour relier la base de données de la ville à l'application. Il faut que l'agent verbalisateur puisse voir instantanément, au moment où il tape la plaque d'immatriculation de la voiture, si le véhicule est bien en règle. Cela demande un dialogue permanent par GPRS entre PayByPhone, notre base de données et les boîtiers des agents.

CCM : Comment se passe concrètement l'utilisation de ce service ?

F.F. : Pour s'abonner, l'usager peut se rendre sur le site du prestataire et s'enregistrer en choisissant sa ville. Sur le compte, on donne le numéro de téléphone portable et ses coordonnées bancaires. A chaque fois qu'on effectue un paiement, on est débité le lendemain. On retrouve également l'historique des transactions sur son compte.
Le dispositif n'est pas lié à un seul véhicule, il est donc tout à fait possible de régler le stationnement d'un ami qui vient rendre visite, en rentrant l'immatriculation de la voiture. Un autre avantage est de pouvoir payer au plus juste selon le temps de stationnement, soit en ajoutant du temps, soit en annulant le stationnement si on a prévu trop large.

Le paiement est possible depuis sa voiture sur son smartphone, depuis chez soi, depuis Internet... et même au bout du monde. Ce qui nous a aussi séduits, c'est aussi la possibilité de pouvoir faire son paiement depuis un téléphone normal. Le serveur vocal reconnaît le numéro d'appel et fait le lien avec les véhicules enregistrés dans le compte client, ainsi qu'avec la ville dans laquelle on réside. Avec un smartphone, il faut 20 secondes pour finaliser un paiement. Avec le serveur vocal, il faut compter 45 secondes à une minute. C'est donc très rapide.

CCM : Quel est le retour des personnes qui utilisent ce nouveau service ?
F.F. : Les usagers prennent vraiment en main le dispositif depuis la rentrée de septembre. Il est donc difficile d'estimer le volume exact d'utilisateurs, mais le nombre augmente en permanence. Nous sommes plutôt à un niveau assez faible par rapport au paiement classique en pièces. D'ici la fin de l'année, on s'attend à 10 % des paiements effectués par téléphone. Le grand boom, cela va être au moment de l'ajout des abonnements.

CCM : Est-ce que le choix de cette solution a entraîné des coûts pour la collectivité ?

F.F. : Quand les agents de circulation ont été dotés de boîtiers, il a fallu investir dans des boîtiers équipés de la GPRS. Le prestataire est rémunéré directement par la collectivité, afin que le coût ne soit pas répercuté sur l'usager. Nous avons également un service informatique qui a beaucoup développé en interne. Globalement, c'est une opération qui ne nous coûte pas beaucoup en développement.

Ce qui nous intéressait aussi, c'était de simuler le coût de production d'une carte d'abonnement, en y ajoutant le temps passé de l'agent, les risques de fraudes... Nous voulions rentrer dans un système qui évite aux gens de venir faire la queue dans les quatre derniers jours du mois pour renouveler leur abonnement. Il faut donner aux gens toute la facilité possible pour leur usage de la route.

Repères

Le Havre

  • Ville de 175 000 habitants en Seine-Maritime.
  • 11 000 places de stationnement payantes et 7 000 abonnements mensuels.
  • La ville du Havre

PayByPhone

  • Solution de paiement à distance pour le stationnement des véhicules, utilisé par plusieurs villes en France.
  • PayByPhone propose également le paiement des titres de transport ou celui de la location de vélos.
  • Le site internet de PayByPhone

Solution similaire