Vivre en développant des applications Facebook : le témoignage d'AntVoice

Vivre en développant des applications Facebook : le témoignage d'AntVoice
Le réseau social Facebook a capté des millions d'internautes en France et des centaines de millions dans le Monde. Une popularité qui permet aujourd'hui à certains concepteurs d'applications, le plus célèbre d'entre eux étant l'éditeur de jeu Facebook Zynga (Farmville, CityVille, Empires & Allies...), d'en vivre. Nous avons rencontré Alban Peltier, président de la société AntVoice spécialisée dans la création d'applications pour le réseau social Facebook pour qu'il nous présente cette activité assez particulière.

Créée en janvier 2011, AntVoice réunit désormais 18 salariés qui vivent sur le succès de plusieurs applications sur Facebook : l'arc en ciel du moral, il est con le pigeon, tes meilleurs amis, la signification du prénom, le hit parade de ta naissance et confessions entre amis. Alban Peltier a d'abord travaillé à la fin des années 90 chez eBazar, site d'enchère en ligne racheté par eBay, puis chez Sportever, Microsoft pour MSN Messenger, et enfin Looneo (partage d'avis sur des achats en ligne) qui a finalement fusionné avec AntVoice.


Comment ca marche.net. Comment fait-on aujourd'hui de l'argent à partir d'applications Facebook ?

Alban Peltier. Facebook permet l'achat de prestations via des micro-paiements. Nous sommes adeptes du modèle appelé freemium, qui consiste à distribuer gratuitement une application, et de proposer des fonctionnalités supplémentaires en mode payant. Par exemple sur notre application arc en ciel du moral, vous pouvez partager une icône qui définit votre humeur du jour. Si vous en voulez d'autres que celles par défaut, il faut débourser une petite somme.

Pourquoi s'être lancé sur le créneau des applications Facebook ?

L'écosystème est favorable aux nouvelles initiatives et aux jeunes sociétés. On considère aujourd'hui que les utilisateurs de Facebook y consacrent en moyenne 15 à 20% de leur temps tous les jours. Et des nouveaux usages devraient se développer. Les gens viennent désormais sur Facebook pour partager, pour communiquer, pour jouer, pour se rencontrer. Il y a donc des opportunités.

Pourtant certains analystes évoquent déjà une certaine saturation de la croissance des utilisateurs de Facebook en Europe comme aux Etats-Unis.

Effectivement, aujourd'hui on estime que 60% des Français sont sur Facebook, or 70% des Français sont connectés à Internet. La croissance de ce marché sera donc moins forte dans les années à venir. Pour autant, le terrain de jeu est mondial en tant que développeur d'applications Facebook, ce qui nous laisse des perspectives de croissance sur d'autres marchés plus dynamiques. Enfin, si on arrive à se concentrer sur les nouveaux usages qui montent sur Facebook, notamment la rencontre, les achats et les jeux, on peut aussi espérer capter de nouveaux utilisateurs.

Quel est le taux de transformation sur vos applications Facebook, c'est-à-dire la part d'utilisateurs qui sont prêts à payer pour du contenu supplémentaire par rapport au nombre d'utilisateurs total ?

Cela dépend du type d'applications et de sa popularité, mais on considère qu'entre 1 et 5% des utilisateurs d'une application achètent du contenu additionnel.

Combien de temps faut-il pour développer une application pour Facebook ? Quels sont vos astuces pour trouver des thèmes qui plaisent ?

Là encore, tout dépend du type d'applications. Pour un petit jeu viral très simple par exemple, une à trois journées peuvent suffire, mais dans ces cas-là il est rare que l'application soit pérenne dans le temps. Elle va fonctionner pendant deux semaines, puis se tasser rapidement. Pour des applications plus importantes, comme notre application de rencontre qu'on est en train de développer, c'est un projet qui aura mis 6 mois environ pour être disponible.

Pour trouver des idées d'applications, on teste notre base actuelle d'utilisateurs, on leur demande ce qu'ils font ou aimeraient faire sur Facebook, on lance des applications test et on reste à l'affut de tout ce qui se fait sur le réseau et ailleurs sur Internet.

Enfin, je dirais qu'il faut essayer de réinventer des codes pour réussir son application Facebook, et non pas porter un service Internet existant sur le réseau social. C'est ce qu'on a essayé de faire avec notre application de rencontre. Les utilisateurs peuvent identifier les personnes qui les intéressent par le biais de mini-jeux. Ils peuvent aussi réaliser des quiz sur eux et les transmettre à la personne de leur choix, lui envoyer des cadeaux virtuels, avoir un service pour briser la glace lorsqu'on ne se connait pas bien, et plein de petits trucs pour enrichir une relation et voir jusqu'où elle peut aller.

N'est-il pas plus compliqué aujourd'hui de rendre une application populaire sur Facebook qu'il y a deux ou trois ans, quand tout le monde découvrait ce réseau et partageait des liens ?

Si clairement. Les utilisateurs ont maintenant plus d'une centaine de contacts en moyenne sur leur compte. Ils hésitent donc un peu plus à partager des liens et font un tri. Mais les usages du réseau sont en train de changer, les utilisateurs seront sur d'autres services dans deux ans. Il faut donc anticiper cette évolution et l'accompagner. Par exemple, le développement des applications sur téléphone mobile. Enfin, nous sommes dépendants des conditions d'utilisation de Facebook et du modèle économique qui nous est imposé.