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"Toute la France aura bientôt accès à la fibre optique"

Yves.Drothier - mercredi 16 février 2011 - 18:06
L'entreprise Celeste est un opérateur national et un fournisseur d'accès Internet pour les entreprises qui propose des connexions en fibre optique et en technologie SDSL. Nicolas Aubé, président de Celeste, a publié une tribune expliquant en détail comment allait se dérouler le déploiement de la fibre optique dans les zones peu denses. Nous lui avons posé nos questions pour en savoir plus. Vous retrouverez l'intégralité de sa tribune en bas de cet article, juste après l'interview.

La rédaction CCM : Quand peut-on espérer voir la fibre optique déployée sur l'ensemble du territoire ?
Nicolas Aubé, Président de Celeste. C'est difficile à prévoir. A priori, il y a une volonté politique tant au niveau de l'Etat que des collectivités, de tout déployer en 15 ans. On peut imaginer que les dernières zones, les zones peu denses pas les zones les plus reculées qui ne seront peut être pas couvertes, seront couvertes en fibre optique au terme des 15 ans. Cela va donc se faire progressivement. A priori, les premières zones moyennement denses vont être concernées par le passage à la fibre dès maintenant et pendant les cinq prochaines années.

Quelles zones peu denses seront équipées en priorité ?
Les villes de moyenne importance et les campagnes à la pointe, c'est-à-dire les campagnes qui ont mis en place un réseau en fibre optique d'initiative publique. Ces réseaux d'initiative publique ont permis à ces campagnes ou petites villes d'être équipées de la fibre dans les rues, les zones d'activités et les bâtiments municipaux. Il faudra que ces collectivités poursuivent leurs investissements et relie les logements à la fibre optique, par paquet de 1000 logements tel que cela a été décidé.

Justement, pourquoi avoir décidé de fonctionner par zones de 1000 logements ? Cela ne risque-t-il pas d'exclure les campagnes ?
Dans les campagnes, on pourra fonctionner par zone de 300 logements, dans un rayon de 20 kilomètres, ce qui permet de couvrir le monde rural. Ce découpage en zone correspond à l'équivalent d'un sous-répartiteur ADSL aujourd'hui. Après, ce sera soit à un opérateur télécom, soit à une collectivité locale de financer l'équipement. Dans les campagnes et les zones très reculées, où la rentabilité n'est pas avérée, il est probable que ce soit à la collectivité locale d'agir et de financer cet équipement.

Quel est le coût de l'installation de la fibre optique pour une commune ?
Le prix au logement varie selon les zones. On estime que cela coûte à peu près 200 euros par logement en ville, et jusqu'à 1000 euros par logement à la campagne. Cela représente donc un investissement de 1 million d'euros pour équiper une zone de 1000 logements à la campagne. Le coût pour passer à la fibre optique la France entière est estimé à 25 milliards d'euros. A priori, les opérateurs financeraient la moitié de ce coût total, l'autre moitié serait financée par les collectivités. Pour elles, cela coûtera donc près d'un milliard d'euros par an, soit environ 10 fois moins que le budget consacré à l'entretien des routes aujourd'hui.

Est-ce qu'il faut mettre en place des partenariats public - privé à cette occasion ?
Oui, je pense qu'il y a besoin d'un partenariat public-privé. Mais dans beaucoup de cas, l'opérateur d'immeuble sera même 100% public. Il faut que les collectivités fassent d'ailleurs très attention lorsqu'elles vont vendre de la fibre et se charger de l'entretien. Certaines zones ne seront pas rentables, mais charge à elles de négocier avec les opérateurs pour gagner un peu d'argent sur les zones rentables et ainsi rééquilibrer les comptes. Elles pourront vendre soit ligne par ligne, soit par bloc de logements, ce qui laisse une certaine souplesse.

Y aura-t-il une obligation pour les opérateurs de passer à la fibre des zones non rentables ?
Non, cela reste à l'initiative des opérateurs ou des collectivités de le faire. Par contre, si vous commencez à passer à la fibre un quartier, vous avez l'obligation de le finir en 5 ans.

Va-t-on se retrouver comme l'ADSL avec des habitations non couvertes ou très mal couvertes ?
Le modèle est différent. On n'a plus la limitation de la portée de l'ADSL à 5 Km. Au-delà de 5 Km en ADSL, on n'est aujourd'hui plus éligible et les débits sont très faibles en limite de zone. Avec la fibre optique, on peut aller jusqu'à 20 Km, voire plus loin avec certains équipements. Avec l'obligation d'équiper une zone dans son ensemble, on n'aura pas la situation de l'ADSL où son voisin reçoit l'ADSL alors que chez vous, vous n'avez rien. Soit toute une zone sera équipée, soit il n'y aura rien. Mais il n'y a pas de raison que les personnes qui n'ont pas l'ADSL aujourd'hui, ne puissent pas bénéficier demain de la fibre optique. On espère qu'il n'y aura pas de zones qui ne seront pas « fibrées ».

L'Etat, via le grand emprunt, pourra aider les collectivités ou les opérateurs à investir dans les zones non rentables.

Le schéma de déploiement de la fibre oblige les investisseurs à raccorder les logements par groupe de 1000 ou de 300, selon les zones. Est-ce que ce modèle ne risque pas de fermer le marché des fournisseurs d'accès pour les consommateurs ? Va-t-on pouvoir retrouver plusieurs opérateurs concurrents sur une zone où seul l'un deux a investi ?
A priori non. Déjà les offres Internet devraient être les mêmes sur toute la France, même si vous êtes dans une zone non rentable. C'est un des avantages de ce modèle. D'autre part, une fois une zone passée en fibre optique, tout le monde y aura accès facilement. Les gens auront donc accès à tous les opérateurs, à l'instar des grandes villes. Comme chaque zone représente 1000 logements, c'est à la fois pas très compliqué d'aller raccorder mille logements pour un opérateur et à la fois assez rentable économiquement.

Les opérateurs pourront louer une fibre d'un concurrent ou co-investir sur une zone. Cela permet la concurrence même sur des zones peu denses. Le schéma de découpage est plutôt bon je pense. On a aussi laissé libre la technologie, qui pourra être soit du point multiple, soit du point à point, donc les opérateurs pourront accéder à toutes les zones, sans limite.

Un tel investissement vaut-il vraiment la peine à l'heure où l'on parle des réseaux 4G, mobiles et corrigeant le problème de débit de la 3G ?
On pourrait se poser la même question vis-à-vis de l'ADSL ? L'internet fixe répond à d'autres besoins que la 3G ou la 4G. Les usages d'aujourd'hui sont assez limités avec la fibre optique, mais demain il y aura des usages qui ne pourront pas passer par la 3G, ni la 4G. Avec la fibre, on est certain que dans les 20 ans à venir, ces réseaux seront adaptés à tous les types de flux. C'est un investissement sur le long terme.

Les opérateurs vont-ils devoir revoir leur coeur de réseau si demain les clients basculent majoritairement vers la fibre optique ?
C'est clair. C'est la course au débit pour tout le monde. Nos clients, des entreprises, consomment 50% en plus de débit tous les ans. Chez les particuliers, ce chiffre est sans doute plus élevé car ils consomment beaucoup de vidéo. Donc oui, il faudra que les coeurs de réseau augmentent de façon importante. En 2001, un abonné ADSL consommait 30 Kbits/s en moyenne, aujourd'hui il en consomme 10 fois plus. Si on fait encore un bond d'un facteur 10 lors des 10 prochaines années, il faudra que les coeurs de réseaux des opérateurs soit multipliés par 10.

Comment faire pour avoir la fibre chez soi ?
Il faut en parler aux élus locaux. Cela remonte dans les conseils municipaux et la pression finit par faire bouger les élus. La volonté politique est essentielle, sachant que ce sont des budgets raisonnables, et qui seront rentabilisés en les revendant aux opérateurs.

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La tribune de Celeste sur le passage à la fibre optique des zones non denses en France

Qui va déployer la fibre optique en dehors des grandes villes ?

Les règles du déploiement de la fibre optique en France sont désormais connues. L'Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) vient de publier sa décision qui organise ce déploiement en dehors des « zones très denses », donc hors des grandes villes. Voici quelques clés de décryptage.

Le déploiement dans les grandes villes avait déjà fait l'objet d'une décision fin 2009, à l'initiative des opérateurs télécoms. Ceux-ci doivent déclarer leur intérêt pour le fibrage d'une zone donnée, en le finançant seuls ou en co-investissement avec leurs concurrents s'ils souhaitent investir sur la même zone. Dans ces grandes villes, quatre fibres optiques seront installées pour chaque logement. Cela signifie qu'à terme plusieurs opérateurs peuvent être présents simultanément dans les habitations.
Plusieurs offres coexistant, les abonnés pourront changer assez facilement d'opérateur.

Une seule fibre par logement

Qu'en est-il en dehors de ces très grandes villes ? Le schéma de déploiement est différent. Le fibrage d'une habitation ou d'une entreprise coûte plus cher, car les distances de fibre sont plus importantes, et les immeubles comportent moins de logements. Il a donc été décidé qu'une seule fibre optique équiperait chaque logement. Celle-ci sera raccordée à un « point de mutualisation », couvrant au minimum 1 000 logements dans les villes, et 300 logements dans les zones peu denses. Pour un abonné, le passage d'un opérateur à un autre se fera avec une coupure de service, un peu comme le dégroupage d'une ligne ADSL aujourd'hui, ce qui pourra causer quelques difficultés pour les utilisateurs.

Ce déploiement sera à l'initiative des opérateurs télécom, des gestionnaires de zone ou des collectivités. Ces organismes auront le rôle d'« opérateurs d'immeubles ». Ils proposeront un découpage d'une commune en zones de 1 000 logements minimum dans les villes de moyenne importance, et 300 dans les zones rurales. Lorsqu'ils commenceront à déployer la fibre dans une de ces zones, ils devront s'engager à fibrer l'intégralité de cette zone en 5 ans :
sous réserve d'accord des propriétaires ; soit la fibre sera installée dans chaque logement, soit elle sera prête à l'être sur demande des abonnés. Dans une même commune, on pourra donc avoir une zone fibrée à 100% d'un côté, et une zone sans fibre de l'autre.

Un découpage en zones de 1 000 logements

Pourquoi ce chiffre de 1 000 logements (et 300 en zone rurale) ? Cette limite n'est pas évidente a priori ; puisqu'on a aujourd'hui une structure différente pour le réseau téléphonique et l'ADSL. Les répartiteurs téléphoniques équipent une zone de l'ordre de 10 000 lignes, soit dix fois plus. Le déploiement en ADSL a suivi ce schéma puisque les équipements centraux, les « DSLAM », se situent dans ces répartiteurs principaux. Ce schéma initial est à l'origine des « zones blanches » de l'ADSL, car les habitants qui se trouvent à plus de 5 km du répartiteur ne peuvent pas avoir l'ADSL, à cause des limitations de cette technologie, et ne peuvent pas changer de répartiteur, étant donné la structure de distribution du réseau téléphonique. La seule solution pour eux est l'équipement en ADSL des sous-répartiteurs.

La fibre optique ne présente plus la limite technique de 5 km, puisqu'on peut éclairer une fibre avec des équipements communs jusqu'à 20 km voire plus. Pourquoi n'avoir pas choisi des zones de 10 000 lignes pour la fibre optique ? Le choix du chiffre de 1 000 lignes résulte d'un compromis technique entre les opérateurs qui ont choisi la technique du « PON », et celle du « point à point ». Le PON permet de diviser une fibre initiale en un arbre de plusieurs fibres pour raccorder des logements. C'est la technologie choisie par Orange par exemple. Le point à point utilise une fibre unique par logement. Cette structure a été choisie par Free notamment.

Les opérateurs PON ont besoin que le point central de raccordement pour un groupe d'immeubles ne soit pas trop éloigné des logements. Une structure de distribution depuis les répartiteurs n'aurait pas été possible pour ces opérateurs. Ils demandaient au contraire un point central de raccordement très proche des immeubles. En revanche, ce schéma n'aurait pas convenu aux opérateurs « point à point », car les chemins de câbles de distribution, proches des immeubles, auraient été vite saturés par le nombre de fibres posés par tous les opérateurs.

Ce compromis à 1 000 logements correspond à des points centraux, dits « de mutualisation », au niveau des sous-répartiteurs téléphoniques. Le schéma de déploiement de la fibre est donc le suivant : une seule fibre entre chaque logement et son sous-répartiteur téléphonique, utilisable par tous les opérateurs qui pourront la « dégrouper » ; de là tous les opérateurs repartent vers leur central optique, en mutualisant ou non le signal sur leurs fibres.

Qui va déployer la fibre ?


Le cadre technique est désormais fixé, on peut considérer que c'est un juste compromis car il laisse le choix de leur technologie aux opérateurs et il permet d'utiliser efficacement les infrastructures de France Télécom déjà installées dans les villes.

L'initiative du déploiement est laissée aux opérateurs télécoms. Ceux-ci vont choisir les zones de 1 000 logements dans telle ou telle commune suivant leur intérêt commercial. Il y a néanmoins une certaine péréquation car l'ensemble de la zone de 1 000 logements devra être équipée, ce qui évite les trous de couvertures liés à des îlots jugés non rentables ou plus éloignés physiquement. Toutefois, il est probable que des zones entières soient laissées de côté dans un premier temps.
En revanche, ce palier de 1 000 logements impose des barrières à l'entrée importantes : l'investissement financier et l'organisation de ce déploiement fait qu'il sera impossible pour des petites structures privées ou publiques.

On peut donc imaginer deux types d'acteurs pour ce déploiement de la fibre.
D'une part, les opérateurs « grands public », qui ont commencé à le faire en zone très denses, et qui ont fait des annonces sur certaines villes d'importance moyenne. D'autre part, les collectivités. Celles-ci devront s'organiser au moins à l'échelle de la commune, voire à celle des communautés de communes ou des départements. Il est possible qu'elles deviennent elles-mêmes « opérateurs d'immeubles » pour équiper les logements de leurs administrés. C'est la continuité du mouvement entamé par certaines collectivités depuis 5 ans, avec le lancement de délégations de service public afin de fibrer les zones d'activités, les centraux téléphoniques, ou directement certains abonnés, comme à Pau ou Saint Quentin en Yvelines par exemple. Grâce à ces initiatives publiques, les opérateurs, comme CELESTE, qui équipent les entreprises peuvent d'ores et déjà proposer la fibre optique à la plupart des entreprises du pays.

La fibre, un service public ?

Le fait de choisir des zones de 1 000 logements inquiète certaines collectivités. En effet, celles-ci craignent que les opérateurs télécom ne fassent leur marché avec les zones rentables, et ne leur laissent que les zones non rentables. Cela aurait un double effet négatif pour elles :
d'abord, ces zones seront probablement plus coûteuses à raccorder ; puis les collectivités ne pourraient pas gagner de l'argent sur les zones rentables afin de subventionner ces zones reculées.

L'enjeu pour elles va être de négocier avec les opérateurs cette péréquation dans le découpage des mailles territoriales en zones de fibrage. Elles pourront leur proposer de co-investir en échange de critères liés à l'aménagement du territoire.
La fibre ne sera probablement pas un service public, mais c'est une opportunité de rapprochement entre les opérateurs et les collectivités pour établir une vision conjointe. Rendez-vous en 2025, nous devrions alors tous être fibrés !
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