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David Heinemeier Hansson , 37Signals: « La planification excessive est grotesque et dangereuse »

CommentCaMarche - vendredi 26 novembre 2010 - 08:19
David Heinemeier Hansson , 37Signals: « La planification excessive est grotesque et dangereuse »
Blogueur, « grande gueule », et avant tout programmeur de génie : le danois David Heinemeier Hansson est une personnalité atypique du web. Partenaire de la société 37Signals, à qui l'on doit notamment l'outil de gestion de projet en ligne Basecamp, il a coécrit avec Jason Fied un livre qui « déboulonne » le monde de l'entreprise. Rework, qui vient de sortir en France, tire à boulets rouges sur les « dogmes » du monde corporate : des sacro-saintes réunions, en passant par la valorisation de l'addiction au travail et les interruptions incessantes qui "minent la productivité". Un ouvrage qui se base, selon les auteurs, sur la Success Story de l'ex start-up de Chicago. Voici l'une des premières interviews de « DHH » en France concernant « Rework », un témoignage cru et décapant.

CCM - Comment faut-il interpréter le titre « Rework » ? Plutôt comme un synonyme de « Réinventer le travail » ou plutôt comme la nécessité de revenir à des méthodes de travail qui relèvent du bon sens ?


David Heinemeier Hansson - Le titre est effectivement une contraction de « réinventer le travail », c'est la signification que nous lui avons donnée au départ. C'est-à-dire proposer une nouvelle façon de travailler. En clair, passer en revue les pratiques qui mènent droit à l'impasse et les écarter car elles n'ont pas lieu d'être.

J'aime aussi le sens « revenir à des pratiques plus sensées » . Il s'applique assez bien aux idées du livre, notamment la partie consacrée à la définition du business model. Il y a tellement d'idées fantaisistes qui circulent sur la manière de pérenniser son entreprise aujourd'hui que la plupart des gens ont semble-t-il perdu de vue le principe le plus basique : faire payer les clients pour un produit ou un service attractif, qui correspond à leurs besoins.

CCM - On recense une infinité de livres qui proposent de nouvelles façons de travailler : des ouvrages de type « 10 conseils pour » en passant par la « planification pour les nuls » (titre fictif) ou encore des livres recettes promettant le succès en affaires. En quoi « Rework » se différencie de la littérature qui traite du même sujet ?

DHH - L'écriture de Rework repose d'abord sur un retour d'expérience, la nôtre. Ce n'est pas un inventaire de théories fumeuses. Nous avons vécu et donc expérimenté tout ce qui figure dans l'ouvrage, et nous avons tenté de le traduire en recommandations. C'est un « récit à la première personne ».

Nous avons écrit Rework en pensant au livre que nous aimerions lire nous-mêmes. Suffisamment court donc, et rédigé de manière très simple, très « parlée », comme dans un dialogue. Le jargon marketing et le vocabulaire pompeux utilisé dans le monde du business n'y a donc pas sa place.

Nous n'essayons pas de vendre un modèle à travers ce livre. Réussir en affaires reste difficile, quel que soit son domaine d'activités, et quel que soit le livre dont on s'inspire. Nous essayons de dire modestement : ce n'est pas aussi compliqué que vous voulez bien le croire, alors ça ne sert à rien de rendre les choses encore plus difficiles qu'elles ne le sont réellement.

CCM - Le livre dénonce certaines pratiques et attitudes qui ont cours dans le monde de l'entreprise, en particulier l'addiction au travail . Si le travail est une addiction, comment les professionnels peuvent-ils en guérir ?

DHH - Le « workoholism » est largement imputable à l'environnement de travail, et aux interruptions permanentes. Si rien n'est accompli entre 9 heures et 17 heures à cause de réunions interminables, de briefings sur l'état d'avancement du travail ou autre, alors vous êtes obligé de reporter vos tâches pour arriver péniblement à avancer. Mais si vous considérez que votre temps est précieux et refusez qu'on vous le « vole » sans arrêt, alors vous récupérez du temps de productivité réaffecté aux heures de travail normales.

CCM - Dans Rework, vous qualifiiez les réunions de « toxiques ». C'est-à-dire chronophage et inefficace. C'est un jugement un peu sévère, non ?

DHH - Les réunions sont des rituels sociaux conviviaux et consensuels. Celui qui refuse d'y participer passe immédiatement pour un clown. C'est comme ça qu'on se berce de l'illusion que les réunions sont productives. Ça n'est pas vrai. Mais c'est difficile de le dire de façon « politiquement correcte »

Deuxièmement, la plupart des entreprises sont remplies de cadres dont le travail se résume à organiser des réunions. Or, si vous êtes dans le management pur, vous aurez tendance à prendre pour argent comptant le fait que votre travail consiste à interrompre celui des autres. Ça ne peut pas fonctionner, car c'est un modèle de rupture.

CCM - Vous épinglez également la planification excessive, que vous qualifiez de « chimère ». Et vous recommandez un approche différente en matière de gestion de projet : une progression plus « au fil de l'eau ». Est-ce que cette vision est soluble dans l'entreprise, où la planification est souvent un impératif catégorique pour estimer le ROI de projets ou facturer les clients ?

Je n'ai pas de problème avec les projets dont la vision intègre les orientations clés, car cela permet de savoir si on va droit dans le mur ou non. Le problème, c'est quand on entre dans une revue de détails extrêmement minutieuse sur les évolutions possibles sur une période de 5 ans. C'est non seulement grotesque, mais dangereux. A moins d'être dans un domaine d'activités extrêmement stable, ce type de planification va juste vous entraîner dans un tunnel sans fin.

En clair, mieux vaut déjà commencer par planifier ce qui se passera la semaine ou le moins suivant. Ce sont des échéances raisonnables pour prendre des décisions qui font sens.

CCM - Rework rappelle la manière dont Basecamp est conçu : avec une approche essentielle, basique, et fonctionnelle des processus de travail. Mais ce principe s'oppose aussi aux tendances actuelles qui valorisent le multitâche et la capacité de gérer plusieurs flux d'informations en même temps ?

DHH - Le multitâche et les interruptions sont le drame de la vie professionnelle moderne. Croire qu'une personne lambda peut gérer 3,4 ou 5 projets simultanément est un mythe. Pour progresser réellement, il faut verrouiller son esprit et se concentrer sur une tâche la fois.

Plus d'informations
Rework : le livre qui torpille le monde de l'entreprise
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Signal VS Noise : le blog de 37Signals
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