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Patrick Lerouge, de l'Inserm : « Des standards ouverts pour ne pas bloquer notre développement »

CommentCaMarche - vendredi 19 février 2010 - 11:01
Patrick Lerouge, de l'Inserm : « Des standards ouverts pour ne pas bloquer notre développement »
L'Institut national de la santé et de la recherche médicale est un des organismes publics précurseurs dans l'implantation de Linux et du logiciel libre à l'intérieur de ses services informatiques. Une introduction qui s'est faite par paliers et qui intègre aujourd'hui des applications libres comme la suite collaborative OBM et le logiciel de partage de fichiers Linshare. Si le format propriétaire reste une composante du fonctionnement de l'établissement public, 95% de ses applications tournent aujourd'hui sous Linux. Avec 9 ans de recul, Patrick Lerouge, responsable des réseaux nationaux et de la sécurité opérationnelle au Département système d’information de l’Inserm, revient sur la « success story » du logiciel libre à l’Inserm ; des avantages en termes de fonctionnement et des projets de développement de nouvelles applications mobiles.

CCM - L'Inserm a progressivement adopté Linux dans son architecture réseau. Comment s'est déroulée cette migration ?


Patrick Lerouge - Le premier système en production sous Linux est arrivé le 1er janvier 2000 dans une des régions administratives de l’Inserm. Celui-ci a été généralisé à partir de 2001 sur l’ensemble des régions.
Il s'agissait de changer le système de messagerie qui fonctionnait sous Unix Solaris de Sun Microsystems . En 2001, les messageries de l'Inserm étaient régionalisées et portaient toutes des noms de domaine différents. Les machines étaient devenues obsolètes dans les régions, il a donc fallu les renouveler. Lors d'une réunion pour déterminer l'avenir de l'architecture réseau, la majorité d'entre nous était en faveur de Linux car il y avait une continuité de culture avec UNIX. En 2001, 5 serveurs par région fonctionnaient sous Linux pour le support de l'infrastructure DNS et de messagerie.

Une étape importante fut pour nous la création d'un système de vote électronique pour nos commissions. Ce fut la première application nationale à intégrer le logiciel libre. Aujourd'hui, 95% de nos applications fonctionnent sous Linux.

CCM - La migration vers Linux représente-t-elle un gros investissement ?

PL - Tout d'abord, c'est une fausse idée de croire que l'open source est gratuit. Il faut un support technique qui est payant. A l'Inserm, je ne connais pas précisément le ratio logiciels propriétaires/ logiciels libres car de nouvelles applications sont mises en service tous les jours. Mais d'un point de vue économique, je pense qu'on y gagne.

Nous n'utilisons donc pas que du logiciel libre. Nos applications financières et RH utilisent des bases de données Oracle. La difficulté, c'est qu'Oracle ne supporte que certaines distributions Linux et cela implique un certain nombre de contraintes. Toute une chaîne de certifications nous est en effet imposée.

En terme d'investissement, il n'y a pas eu de supplément de dépense car nous devions de toute façon remplacer les anciens serveurs par des serveurs Intel pour lesquels nous avons obtenu des prix intéressants, grâce à la concurrence des offres.

Du point de vue de l'investissement en temps et ressources humaines, il n'y a pas eu de changement notable. Nous avions déjà la culture Unix et migrer sous Linux n'a nécessité qu'une légère adaptation.

CCM - Est-ce que ce passage a entraîné des difficultés d'adaptation pour les utilisateurs ?

PL - Non aucune. Peu importe l'architecture du parc, les postes de travail des utilisateurs fonctionnent toujours sous Windows ou Mac OSX. Donc il n'y a pas de changement.

CCM - Vous utilisez plusieurs solutions libres (suite collaborative OBM, Linshare), comment les avez-vous choisies ?

PL - On les a choisies en fonction de plusieurs critères. A partir de 2008, nous avons progressivement centralisé notre messagerie à laquelle nous voulions ajouter une composante collaborative. Nous avons donc publié un appel d’offre pour choisir la solution la plus adaptée, regardé dans la presse, sur le web et discuté avec plusieurs éditeurs avant de choisir.

Pour que notre décision soit la plus pertinente et la plus indépendante possible, le retour d'expérience a guidé notre démarche. Notre choix s'est finalement porté sur la solution collaborative OBM (sous licence GPL V2) qui propose une composante messagerie.

Nous voulions cadrer le plus possible avec des standards connus et éviter des formats propriétaires qui nous bloqueraient à plus ou moins long terme : nous avons donc opté pour des standards ouverts afin de ne pas verrouiller notre développement. L'avantage d'OBM, c'est que ce groupware n'est pas soumis à des restrictions au nombre d'utilisateurs (aucun coût licence). En outre, les briques logicielles étaient connues de nos administrateurs « système ».

CCM - Vous avez désormais 9 ans de recul sur l'implantation de Linux à l'Inserm, qu'est-ce qui a vraiment changé ?

PL - Au sein du DSI, nous avons constaté un gain de performance sur les systèmes informatiques, une sécurité et une stabilité accrue. Cette évolution a conforté la culture du logiciel libre à l'Inserm, que nous avions déjà acquise avec l'utilisation du logiciel de serveur Apache. Nos systèmes ouverts ont des paramétrages simples qui offrent à l'administrateur une bonne maîtrise des logiciels. Nous pouvons compter sur une large communauté, très réactive, qui intervient en cas de problème sur tel ou tel logiciel. Les corrections et patchs arrivent très rapidement, au fil de l'eau. A contrario, je me rappelle des corrections qui arrivaient de manière trimestrielle avant l'adoption du libre. Et des certifications très longues à obtenir pour telle ou telle version d'un logiciel.

CCM - Vous êtes en train de développer une application sur iPhone pour les utilisateurs de l'Inserm, pouvez-vous nous en dire plus ?

PL - Du fait de l'introduction du logiciel collaboratif OBM, nous avions logiquement besoin de converger vers la mobilité pour les applications comme les agendas, les gestionnaires de tâches, etc. Le support de cette mobilité est apparu très nettement dans les habitudes de nos utilisateurs : c'était l''iPhone. Avec cependant une ouverture vers d'autres terminaux comme Nokia et vers l'OS de Google, Androïd.

Nous ne sommes pas encore entrés en phase de production pour l'application iPhone, mais nous avons déjà obtenu de bons résultats. Elle nous permettra en outre d'utiliser pleinement la solution de partage de fichiers Linshare déjà introduite à l'Inserm. En effet, en situation de mobilité dans les salons ou les conférences, nos chercheurs ont souvent besoin d'échanger des fichiers volumineux, et l'application iPhone servira à ce type de besoin.

CCM - On voit de plus en plus d'établissements publics revendiquer l'utilisation de logiciels sous licence GPL, mais peu d'entreprises le font, pourquoi selon vous ?

PL - C'est peut-être une question de culture. Internet a émergé du monde académique, de même que les briques logicielles pour la création d'application informatiques et les standards caractéristiques du logiciel libre. Il y a donc une « coloration » particulière du logiciel libre et un lien avec la sphère universitaire. Si le monde du logiciel propriétaire pénètre plus le monde privé, c'est là aussi probablement une question de culture.


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