Neutralité du web : les éditeurs de site devront-ils passer à la caisse ?

Neutralité du web : les éditeurs de site devront-ils passer à la caisse ?
Qui mettra la main à la poche pour développer le très haut débit ? C’est là tout le débat, alors que de plus en plus de professionnels du web se positionnent pour ou contre la « neutralité du web ». Et lors du dernier Digiworld, Didier Lombard, à la tête du groupe Orange France-Télécom a bien fait comprendre qu’il était hors de question que France-Télécom finance l’intégralité des infrastructures haut-débit, en évoquant notamment que les éditeurs de contenus devraient selon lui passer à la caisse.

Alors que la situation de monopole de l’opérateur historique est largement décriée par ses concurrents, et notamment par les FAI, le patron d’Orange y est allé de sa petite phrase lors du dernier Digiworld organisé par l’Idate. Pour lui, pas question que ce soit l’opérateur qui finance seul toutes les infrastructures !

Jusqu’à aujourd’hui, le problème du coût des infrastructures ne se posait pas vraiment, puisque pour la majeure partie des internautes, l’internet passe par le cuivre. Le réseau a déjà été largement amorti par le déploiement du téléphone puis d’internet. L’entretien reste pour France-Télécom assez peu coûteux et l’opérateur historique, qui a encore le monopole sur les boucles locales, loue l’infrastructure aux autres FAI à des coûts relativement bas.
Sauf qu’aujourd’hui, on commence sérieusement à parler de déploiement de la fibre optique et de nouvelles infrastructures permettant aux foyers et aux entreprises de profiter du très haut-débit. Et lors d’une conférence, Didier Lombard a tenu à préciser qu’« aujourd'hui, les réseaux de nouvelles générations exigent des investissements colossaux, il faut donc trouver un partage équitable avec les éditeurs de contenus et de services. »

Les plus gourmands devront-ils participer ?
En clair dans le texte, pas question que les éditeurs de contenus et de services en ligne profitent d’infrastructures plus performantes sans en financer une partie. Le raisonnement est simple : puisque les éditeurs vont profiter du très haut débit pour proposer des services qu’ils ne pouvaient jusqu’alors pas proposer, il est normal qu’eux aussi financent une partie des infrastructures dont ils vont profiter.

Cela revient un peu à dire que la plateforme Youtube, qui n’aurait jamais connu un succès aussi massif sans le déploiement de l’ADSL, aurait par exemple dû contribuer à son déploiement.
Selon, l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), le déploiement de nouvelles infrastructures sur le territoire français se chiffrerait à 50 milliards d’euros sur une période de 10 ans.

Les éditeurs de contenus et de services qui avaient surtout investi dans la R&D jusqu’alors accepteront-ils de mettre la main au portefeuille ? Rien n’est moins sûr ! Quoiqu’il en soit si les éditeurs de services étaient finalement contraints à participer à l’équipement en très haut débit, deux choix devraient s’ouvrir à eux pour ne pas perdre d’argent. Soit d’une part opérer des coupes franches dans leurs budgets recherche et développement, ce qui aurait pour effet de couper court à bon nombre d’innovations, surtout dans les PME dont la puissance de levée de fonds reste bien moins forte que dans les multinationales.

La deuxième solution serait de faire participer l’internaute à cet effort financier, en augmentant le tarif du service proposé.
Au final, cela sera bel et bien à l’Arcep de rendre un arbitrage, qui fera forcément des mécontents.

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Voir l'intervention de Jean-Ludovic Silicani, président de l'ARCEP lors des Journées internationales de l'IDATE


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