Startup de la semaine-Eptica à fond sur le mail

Startup de la semaine-Eptica à fond sur le mail
Interview d’Olivier Njamfa, président d’Eptica, éditeur de solutions de gestion des emails pour la relation client et président de la commission ‘‘Investisseurs’’ de l’Afdel (Association française des éditeurs de logiciels).


Vous êtes leader européen de la gestion des emails entrants. Avec 30 salariés, vous réalisez 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires – dont 25% à l’export. Pourtant, vous aviez créé votre startup à un très mauvais moment...
Nous n’aurions même pas dû exister ! Quelques semaines après la création d’Eptica, il y a eu le 11 septembre et l’éclatement de la bulle Internet ! Avec mon associé, Thierry Gandilhon, nous avions racheté un embryon de logiciel qui faisait du Chat et de la gestion des emails entrants. Notre idée force a été de croire que les Internautes allaient préférer envoyer des emails au lieu d’utiliser le téléphone pour contacter les sociétés. Il a fallu investir pendant pendant trois ans pour développer la solution. Aujourd’hui, nous pensons que nous avons eu raison.

La réglementation votée hier vous apporte une bonne nouvelle, n’est-ce pas ?
Effectivement ! Hier deux amendements déposés par les députés Laure de la Raudière (rapporteur du projet) et Jean Dionis du Séjour ont été votés dans le cadre de la loi sur la fracture numérique. A l’instar du numéro de téléphone, le premier amendement fait entrer en vigueur la portabilité de l’adresse d’email. Cela signifie que vous pouvez quitter votre FAI (Fournisseur d’accès à Internet) et conserver votre adresse d’email. De fait, l’email devient un élément constitutif de l’identité des citoyens au même titre que l’adresse postale. Le second amendement porte sur l’obligation pour le FAI d’acheminer gratuitement pendant six mois le courrier électronique chez votre nouveau FAI.

Vous avez levé 4 millions d’euros. Qui sont vos investisseurs ?
Cape (Crédit Agricole Private Equity) et Xange, la filiale de capital-risque de La Poste. Il faut capitaliser au moins à ce niveau-là si l’on veut devenir un leader européen. Il faut beaucoup investir en recherche et développement, en marketing et en commercial jusqu’à ce que le marché soit mature. Il nous a fallu 7 ans pour devenir rentables à 15%. Notre croissance est reconnue par le classement Deloitte & Touche 500 Europe qui nous a retenus en 2007, 2008 et 2009. Il est vrai que nous comptons 250 clients parmi les grands comptes et les grosses PME. Mais nous avons aussi développé des solutions en mode SaaS [Software as a Service] en direction des TPE. Lesquelles devraient avoir un fort impact sur la qualité de la relation client dans le eCommerce. 4 millions d’euros, certes, c’est une belle somme ! Mais les éditeurs nord-américains lèvent facilement deux à trois fois plus.

Dans le cadre de l’Afdel, quelles sont les actions que vous menez en matière de financement ?
Je ne suis pas tout seul. Il y a toute une commission ‘‘Investisseurs’’. Partons du constat qui a été dressé à l’occasion des Assises du numérique avec Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État à la Prospective et au Développement de l'Économie numérique, qui était d’accord pour que les sociétés du numérique puissent lever plus de fonds propres et deviennent des ETI (Entreprises de taille intermédiaires entre la PME et la grande entreprise). Une manière, également, de reconnaître la sous-capitalisation des sociétés du logiciel. Au niveau de l’Afdel, nous avons pu infléchir le FSI (Fonds stratégique d’investissement), initialement tourné vers l’industrie, afin qu’il investisse dans deux sociétés du logiciel : Cegedim (solutions RH) et Avanquest (logiciels pour les particuliers). C’est une manière d’aider à bâtir les champions de demain.

Et pour les TPE et PME du logiciel ?
Parmi les 2 500 éditeurs membres de l’Afdel, 80% réalisent de 1 million d’euros de chiffre d’affaires. Pour allez plus loin, alors que nous sommes en crise, il faut lever des fonds. A cet égard, nous organisons des séminaires avec des investisseurs qui nous apprennent leurs techniques. Nous avons invité des membres du réseau France Angels et divers fonds d’amorçage. Il s’agit de montrer comment lever des fonds au niveau du stade d’amorçage (entre 200.000 à 500.000 euros). Cela ne s’invente pas. Il faut l’apprendre. Nous avons aussi édité un livre blanc sur les meilleurs pratiques pour le levée de fonds disponible auprès des membres de l’Afdel.

Pour revenir à Eptica, sur quels critères pouvez-vous dire que vous êtes un leader européen ?
Nous nous considérons comme leader européen sur notre créneau, la gestion des emails entrants pour la relation client, car nous sommes les seuls à être sur deux pays européens, la France et le Royaume-Uni. En effet, c’est dans ce pays que l’on peut se mesurer à la concurrence américaine. A cet égard, les Américains nous incluent dans ce qu’ils ont pris l’initiative d’appeler globalement l’univers des ‘‘eServices’’. Nous ne sommes pas le leader européen des ‘‘eServices’’ mais nous le sommes sur notre niche. Laquelle concerne la gestion des emails entrants, le Chat professionnel et le Web Self-service afin de remplacer les FAQ [Frequently Asked Questions] par une base de connaissances dynamique... Nous avons aussi lancé des agents virtuels qui font de la conversation par Chat avec les Internautes afin de les aider à finaliser leur acte d’achat grâce à du conseil.

Considérant votre taille, vous sentez-vous en position pour grossir par croissance externe ?
Nous aimerions bien nous rapprocher de sociétés complémentaires. C’est aussi un sujet à l’Afdel. Nous essayons de sensibiliser les entrepreneurs dont la société est susceptible d’être rachetée. Il faut décomplexer le sujet. De sorte que ces entrepreneurs ne considèrent plus leur absorption comme une honte ou un échec. Mais que une évolution naturelle du parcours des affaires. Cette idée fait son chemin.

CommentCaMarche.Pro vous souhaite bonne chance pour que la startup Eptica puisse convaincre des sociétés à être rachetée et pour que l’Afdel continue à défendre les éditeurs français !


Pour en savoir plus :
http://www.eptica.com/
http://www.afdel.fr/