Pierre Kosciusko-Morizet, Acsel : « L'Europe est une chance pour les PME »

Pierre Kosciusko-Morizet, Acsel : « L'Europe est une chance pour les PME »
Rebaptisée « Association pour l'économie numérique », l'Acsel (Association pour le commerce et les services en ligne) milite pour un développement rapide de l'économie numérique en France. Regroupant près de 200 entreprises, l'association espère bien voir les TPE et PME s'approprier les possibilités de numérique pour développer leur marché dans toute l'Europe. Pierre Kosciusko-Morizet, son président, mise sur l'ouverture des entreprises au marché européen.

CCM - L'Acsel a récemment publié un rapport de préconisations pour le développement numérique. Quel état des lieux dressez-vous en ce qui concerne les TPE-PME ?


PKM - Peut mieux faire ! Aujourd'hui, on constate que plus d'une PME sur deux a un site Internet, environ 60 % d'entre elles, pour être plus précis. C'est déjà bien mais nous aimerions qu'il y en ait encore plus ! Le véritable point noir, c'est que moins de 20 % de ces PME ont développé un site marchand ou qui a vocation à faire du business. Nous qui militons pour que l'économie numérique se développe, nous trouvons cela non seulement dommage, mais aussi assez préjudiciable pour l'économie en général. Il y a vraiment des progrès à faire de ce côté-là. C'est un de nos axes de travail.
Notre autre cheval de bataille, c'est l'équipement des foyers français. Nous avons en France une véritable fracture numérique : seulement 60 % des foyers français disposent d'une connexion haut débit. C'est encore trop peu.

CCM - Justement, comment accompagnez-vous les entreprises vers le numérique ?

PKM - Nous les renseignons sur les formations qu'elles peuvent suivre. Nous organisons aussi des rencontres ou des collaborations entre les entreprises. Nous essayons aussi de creuser certains sujets, parfois mal connus de certaines entreprises, comme le rich media, par exemple. En général, lors de ces rencontres, il y a un aspect networking assez important. On regroupe toutes sortes d'entreprises, pas seulement des pure-players, ce qui nous permet vraiment d'ouvrir le débat.
Enfin, nous sommes aussi très actifs sur le terrain de l'Europe : avec des structures semblables dans d'autres pays, nous avons créé le Comité européen de l'Internet et du numérique.

« Le numérique est une richesse pour l'économie française »


CCM - Vous faites un état des lieux assez sévère sur l'économie numérique en France, pourtant, en ce qui concerne les usages, la France est par exemple le premier pays où l'on blogue. N'y a-t-il pas une contradiction ?


PKM - Si, complètement. C'est vrai que les particuliers évoluent souvent beaucoup plus rapidement que les entreprises. C'est d'ailleurs assez marrant de voir que certains usages se sont vraiment développés dans la sphère privée avant d'entrer dans la sphère professionnelle. Dans les entreprises, tout est souvent beaucoup plus lent, plus figé. Combien voyez-vous d'internautes qui font des achats sur Internet, et, lorsqu'ils sont au travail, vont passer leurs commandes par fax !
Mais c'est vrai qu'en France, la situation est très particulière : nous sommes très actifs sur les blogs et les réseaux sociaux, tout en ayant en moyenne moins de personnes connectées que dans d'autres pays européens.

CCM - L'environnement de crise n'est pas neutre, l'économie numérique est-elle l'une des solutions de la sortie de crise ?

PKM - Bien évidemment, ça n'est pas moi qui vais dire le contraire ! Avec la crise, nous avons vu beaucoup d'emplois détruits en France, dont un certain nombre d'entre eux qui ne seront pas recréés. Le revers de la crise, c'est aussi qu'elle accélère les mutations : les entreprises en sont à un stade de réflexion où elles se demandent comment elles peuvent faire pour perdre le moins possible d'argent mais aussi d'emplois. Or, on le voit, beaucoup d'emplois se créent dans le numérique, c'est une véritable richesse pour l'économie française.
Mais l'Etat doit vraiment accélérer le développement du numérique : nous devons à tout prix soutenir l'équipement des particuliers, non seulement en leur amenant le haut débit mais aussi pourquoi pas en proposant des formations à Internet ou en les aidant à s'équiper d'ordinateurs. Il faut vraiment que les pouvoirs publics accélèrent le mouvement. On pourrait par exemple modifier la loi Tepa. Actuellement, elle ne cible pas spécifiquement le numérique mais toutes les PME. Ma proposition est que dans une prochaine mouture les réductions fiscales soient supérieures lorsqu'il s'agit d'une PME numérique par rapport à une PME « classique ».


« Il faut tous que les partenaires européens soient sur le même pied d'égalité »

CCM - A l'heure où la plupart des internautes vont comparer les prix sur les sites comparateurs et qu'un contexte d'hyper-concurrence se dessine, comment les PME peuvent-elle développer leur business face à des pure-players de plus en plus compétitifs ?

PKM - Nous sommes dans une économie darwinienne. Nous créons de l'activité numérique, les distributeurs sont de plus en plus compétitifs, les exigences deviennent plus fortes, mais nous remarquons que les PME qui se lancent sur le Net sont de plus en plus spécialisées, c'est vraiment ce qui va être la clef de leur succès. Je pense que d'ici peu, nous aurons 3 à 5 grands sites de e-commerce et beaucoup de sites plus ciblés.
Les PME doivent aussi intégrer le fait qu'avec le numérique, le marché local, c'est l'Europe ! C'est vraiment une chance pour les entreprises, qui voient d'un coup le nombre de prospects se multiplier. Enfin, l'accessibilité des données publiques, terrain sur lequel nous sommes aussi très actifs, devrait vraiment permettre aux entreprises de créer du business.

CCM - Comment voyez-vous l'avenir de l'économique numérique dans 5 ans ?


PKM - J'espère vraiment qu'on va pouvoir monter à 80 % de foyers connectés, il faut vraiment que nous agissions pour cela. Ensuite, d'ici à trois ans, nous aimerions vraiment que les problèmes de compétitivité se règlent dans l'espace européen. Il y a un véritable enjeu fiscal, derrière le développement de l'économie numérique : il faut par exemple que le Luxembourg arrête de faire du dumping fiscal sur la TVA. Il faut que tous les partenaires européens soient sur le même pied d'égalité.

CCM - Les dimensions européenne et fiscale n'étaient pas vraiment prises en compte dans le rapport Besson. Qu'en pensez-vous ?

PKM - Eric Besson n'a pas peut-être pas souhaité intégrer ces dimensions, qui peuvent poser débat, alors que la France avait la Présidence de l'Union Européenne à ce moment-là, mais honnêtement, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est qu'il va vraiment falloir en discuter.

CCM - Et vous devez avoir des interlocuteurs de choix pour en discuter, non ?

PKM - J'ai des contacts (rires).