Microsoft et ChatGPT : l'IA d'OpenAI à tous les étages

Microsoft et ChatGPT : l'IA d'OpenAI à tous les étages

Après ChatGPT dans Bing et la suite bureautique Microsoft 365, Microsoft compte profiter de son investissement de 10 milliards de dollars dans OpenAI pour intégrer de l'IA dans tous ses produits et services. Vraie révolution ou simple marketing ?

Microsoft mise tout sur ChatGPT, l'intelligence artificielle de l'entreprise OpenAI qui promet de révolutionner le secteur – en bien comme en mal. Tous les yeux sont tournés vers elle, que ce soient ceux des internautes, curieux d'obtenir des réponses uniques, détaillées et formulées de façon naturelle, des enseignants, qui y voient un formidable outil de triche pour les élèves, des pirates et des escrocs, qui profitent de l'engouement général pour diffuser des malwares, et, bien évidemment, ceux des acteurs du numérique.

Microsoft, qui n'avait pas brillé dans le domaine de l'intelligence artificielle jusqu'à présent, compte bien profiter de l'arrivée de cet outil révolutionnaire pour doper ses produits et ses services. Ainsi, il a quelques jours, on apprenait que l'éditeur préparait l'intégration de ChatGPT à son moteur de recherche Bing – toujours à la traîne – afin de proposer des résultats plus pertinents et s'attaquer frontalement à Google, mais aussi qu'il allait l'intégrer à sa suite Microsoft 365. Mais il ne compte visiblement pas s'arrêter là. Satya Nadella, le patron de Microsoft, a indiqué au Wall Street Journal que la firme travaillait d'arrache-pied pour intégrer et commercialiser les outils d'OpenAI au sein de ses services. Il est catégorique : "tous les produits de Microsoft embarqueront les mêmes capacités en termes d'intelligence artificielle pour transformer complètement le produit". Et il sait déjà par où commencer.

Microsoft et ChatGPT : l'IA arrive dans tous les produits

Microsoft a annoncé à Bloomberg qu'Azure Open AI Service, un service qui n'était jusqu'ici disponible que pour certains clients via une invitation, allait être disponible à grande échelle. Il permet depuis 2021 aux clients de ma plateforme de cloud computing Azure d'accéder à l'ensemble des outils d'OpenAI. En plus du générateur d'images DALL-E, du modèle de langage GPT-3 et du générateur de code Codex, la firme de Redmond prévoit d'y intégrer prochainement ChatGPT. "Ces modèles peuvent être facilement adaptés à votre tâche spécifique, y compris, mais sans s'y limiter, la génération de contenu, le résumé, la recherche sémantique et la traduction du langage naturel en code", explique-t-elle. L'ouverture du service sera tout de même limitée "aux clients qui répondent et adhèrent aux normes de principes d'IA responsables et éthiques que Microsoft a établies et publiées". Ces derniers devront "faire une demande d'accès en décrivant le cas d'utilisation ou l'application envisagée avant d'obtenir l'accès au service".

Satya Nadella souhaite utiliser outils basés sur l'intelligence artificielle pour stimuler la productivité humaine. Si certains s'inquiètent que l'IA puisse, à terme, "voler" le travail des humains – qu'est-ce qui empêchera ChatGPT d'écrire des articles à la place des journalistes ? –, lui estime qu'il faut plutôt la voir comme une aide afin d'être plus performant et de gagner du temps afin de se consacrer à des tâches importantes en laissant l'intelligence artificielle gérer les plus faciles, ennuyantes et/ou répétitives.

Microsoft 365 et ChatGPT : l'IA au secours de Word, Outlook et PowerPoint

Microsoft avait déjà investi en 2019 un milliard de dollars dans OpenAI, l'entreprise derrière ChatGPT, sentant tout son potentiel. Et avec le dévoilement au grand public de ChatGPT, l'entreprise semble avoir misé sur le bon cheval. Son investissement lui permet de bénéficier d'une licence exclusive sur GPT-3, le modèle de langage derrière l'IA révolutionnaire. Visiblement séduite par les premiers résultats, elle préparerait un nouvel investissement de 10 milliards de dollars, comme le rapporte la newsletter Semafor. Cela lui permettrait de percevoir 75 % des profits générés par OpenAI tant qu'elle n'aura pas récupéré sa mise initiale. Une fois que ce sera fait, elle obtiendra 49 % des revenus, tandis que 49 % iront aux différents investisseurs, et les 2 % restant à des acteurs à but non lucratif en lien avec OpenAI. Chacun est gagnant, puisque cela permet à la start-up de bénéficier des fonds nécessaires à son développement, surtout que les coûts de calcul sont exorbitants. De son côté, la firme de Redmond pourra utiliser leurs technologies pour ses propres outils. Notons toutefois que Sam Altman, le PDG et co-fondateur d'OpenAI, a déclaré dans une interview que le partenariat avec Microsoft n'est pas exclusif, ce qui signifie qu'OpenAI est en théorie libre de vendre sa technologie à d'autres entreprises.

Microsoft souhaite intégrer l'IA à Microsoft 365, sa suite bureautique qui remplace Microsoft Office. Ainsi, il l'utilisera afin d'améliorer les résultats de recherche d'Outlook pour que les utilisateurs puissent trouver ce qu'ils cherchent sans avoir à utiliser de mots-clés. La firme a également examiné comment ces modèles d'IA pourraient suggérer des réponses aux courriels et recommander des modifications de documents pour améliorer la rédaction des utilisateurs dans Word. Bien évidement, ChatGPT s'adapte aux spécificités de chaque logiciel afin de les compléter au mieux. On ne sait toutefois pas si Microsoft prévoit de lancer ces fonctions ou s'il s'agit simplement d'une expérimentation en cours.

On imagine aisément les possibilités qu'une telle intégration pourrait ouvrir, comme résumer les informations des transcriptions des réunions Teams ou la rédaction automatique pour certains paragraphes, voire des textes entiers, au sein des différents logiciels. "L'IA va réinventer la façon dont vous faites tout sur Windows", déclarait la semaine dernière à The Verge Panos Panay, le chef de Microsoft pour Windows et Surface. Toujours est-il que la firme devra faire face à de nombreux défis et difficultés pour y parvenir, comme la fiabilité et la justesse des réponses/propositions, tout en protégeant la confidentialité des données des utilisateurs.

ChatGPT et Bing : une association aussi prometteuse que risquée

Outre Microsoft Office, ChatGPT pourrait bien aussi changer la donne dans le domaine des moteurs de recherche. Plus besoin de saisir des mots-clés et de faire le tri parmi les innombrables résultats pour obtenir une information ! ChatGPT offre une réponse directe simple et complète dans un langage naturel – on peut même lui imposer un style de réponse. Là encore d'après The Information, la firme de Redmond se préparerait à intégrer ChatGPT au sein de son moteur de recherche Bing. L'objectif : attaquer Google de plein front.

Grâce à son investissement en 2019 dans OpenAI, Microsoft s'apprête à intégrer le générateur d'image DALL-E au sein de la nouvelle application de sa suite Office, Microsoft Designer. La firme de Redmond prévoirait ainsi, dès le mois de mars, d'afficher directement des réponses de l'IA comme première réponse de son moteur de recherche, sous la forme de phrases complètes citant la source de la réponse. Attention, l'IA ne remplacerait pas la technologie du moteur de recherche de Bing, elle viendrait au contraire la compléter et l'enrichir.

L'objectif d'une telle fusion pour Microsoft est de se positionner enfin comme le véritable concurrent de Google, qui détient à lui seul 90 % des parts du marché du secteur. Face à lui, la firme de Redmond parait bien minuscule, même si elle est le numéro deux mondiale de la recherche avec plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs. Elle ne pouvait donc pas laisser passer cette opportunité unique. Elle devra toutefois s'assurer de la qualité des réponses délivrées car, s'il n'est pas très grave qu'un outil en version bêta offre des réponses erronées – l'utilisateur est prévenu et sur ses gardes, il est justement là pour tester et mettre à l'épreuve la technologie –, c'est beaucoup plus problématique pour un moteur de recherche destiné au grand public.

ChatGPT : Google contre-attaque prudemment

Nombreux sont ceux qui y voient un concurrent potentiel à Google – idée qui n'est pourtant pas partagée par l'IA –, à tel point que la firme de Mountain View, pourtant pionnière dans le domaine de l'intelligence artificielle, est réellement inquiète. Au point de lancer un "code rouge" et  de réorganiser divers départements pour avancer sur ses projets d'IA. Mais il y a encore du travail pour rendre ChatGPT vraiment opérationnel et crédible. Pour l'instant, les connaissances de l'intelligence artificielle se limitent à 2021, elle est donc incapable de connaitre l'actualité. Elle donne également des réponses fausses ou incomplètes, ce qui pose un véritable problème au niveau de la propagation des fake news. De plus, elle possède un style et un vocabulaire encore assez pauvres, et ses réponses peuvent être biaisées, voire discriminantes. Le président d'OpenAI expliquait d'ailleurs dans un tweet que se baser sur ChatGPT pour quoi que ce soit de sérieux était pour le moment "une erreur". Reste qu'il s'agit d'une technologie très prometteuse, mais elle doit encore être développée et améliorée avant de pouvoir réellement être utilisée.

De son côté, même s'il se montre prudent concernant ce type de technologie afin de ne pas ternir sa réputation, Google a de grands projets concernant ses IA pour 2023. Il travaille notamment sur AlphaCode, qui est capable de coder aussi bien qu'un programmeur débutant, et LaMDa, une IA conversationnelle si prometteuse que certains chercheurs sont persuadés qu'elle possède une âme – la firme de Mountain View prend beaucoup de précautions pour son développement, on ne risque donc pas de l'utiliser de sitôt.