Netflix Essentiel avec pub : tout savoir sur le nouveau forfait pas cher

Netflix Essentiel avec pub : tout savoir sur le nouveau forfait pas cher

Comme prévu, Netflix vient de lancer sa formule Essentiel avec pub, un abonnement à 5,99 euros par mois avec publicité contenant 4 à 5 minutes d'annonces par heure. Ce nouveau forfait fonctionne sur toutes les plateformes… sauf sur Apple TV.

Comme annoncé il y a quelques semaines, Netflix a bien lancé une offre moins chère en France jeudi 3 novembre 2022. Le géant du streaming propose désormais en effet une nouvelle formule à 5,99 euros par mois baptisée Netflix Essentiel avec pub – soit à 3 euros de moins que l'offre Essentiel classique. Comme son nom l'indique, ce nouveau forfait comporte de la publicité. Un modèle économique que la plateforme avait toujours refusé, faisant même de l'absence de pub l'un de ses principaux arguments. Mais les temps ont changé, et face à la perte abyssale d'abonnés en début d'année, Netflix s'est résolu à opter pour ce compromis qui lui permet de proposer une offre moins chère, susceptible d'arrêter l'hémorragie et d'attirer de nouveaux abonnés. Seule ombre au tableau pour le lancement : Netflix Essentiel avec pub n'est pas compatible avec les boîtiers Apple TV pour une obscure raison – sans doute technique. Un problème temporaire que l'entreprise a promis de régler "bientôt".

Netflix Essentiel avec pub : avantages et contraintes du forfait à 5,99 euros

En pratique, la nouvelle formule de Netflix vient s'ajouter aux trois forfaits existants, qui restent évidemment au catalogue. Netflix Essentiel avec pub  – sa dénomination officielle – constitue ainsi l'offre d'entrée de gamme de la plateforme, à 5,99 euros par mois, toujours sans engagement, mais sans moins d'essai gratuit – cette période de test gracieux étant supprimée depuis un moment, quelle que soit la formule. Les modalités de souscription sont inchangées – tous les détails sont déjà sur le site Netflix, qui annonce le lancement de l'offre dans plusieurs pays – le 1er novembre au Canada et au Mexique, le 3 novembre en Australie, au Brésil, en France, en Allemagne, en Italie, au Japon, en Corée, au Royaume-Uni et aux États-Unis et le 10 novembre en Espagne. Netflix grille ainsi la politesse à Disney+ qui doit lancer prochainement une formule similaire. 

© Netflix

On s'en doute, ce nouveau forfait présente plusieurs différences par rapport aux autres formules. D'abord, avec Netflix Essentiel avec pub , des annonces publicitaires de 15 à 30 secondes seront systématiquement diffusées avant et pendant les programmes – pas après, bien sûr ! La plateforme promet une moyenne de 4 minutes par heure, ce qui reste raisonnable – et assez proche du taux de publicité sur les chaînes télé classiques. Pour rappelle, comme le souligne l'Arcom – l'autorité qui résulte de la fusion entre le CSA et l'Hadopi –, la règlementation pour la télévision en France impose une limite de 9 minutes de publicités par heure en moyenne – et de 12 minutes aux heures de grande écoute, entre 21 h 00 à 22 h 00, par exemple. Bien entendu, il n'est pas possible de jouer de l'avance rapide pour échapper aux pubs ! 

Ensuite, s'il est compatible avec plusieurs plateformes, comme les autres formules Netflix, ce forfait ne permet le visionnage que sur un seul appareil – TV connecté, box Internet, ordinateur, smartphone ou tablette –, avec un unique flux, et seulement en HD – soit dans une définition de 720p. Logique : la Full HD est réservée à la formule Standard et la 4K-UHD au forfait Premium. Et il n'est pas possible non plus de télécharger des contenus pour les regarder hors ligne, exactement comme dans le forfait Essentiel. Signalons toutefois que Netflix Essentiel avec pub n'est actuellement pas compatible avec les Apple TV : il s'agirait toutefois d'un problème temporaire, que les équipes techniques de Netflix promettent de résoudre prochainement. 

Par ailleurs, contrairement aux autres offres, le catalogue est limité. Tous les programmes de la plateforme ne sont pas accessibles avec cette offre à bas prix. "Certains films et séries sont exclus de ce forfait en raison de restrictions de licence", indique Netflix sur sa FAQ (page de questions-réponses), sans davantage de précisions sur les contenus concernés – certaines sources parlent de 15 % du catalogue. Les titres non accessibles icône de cadenas.  En revanche, il sera toujours possible d'accéder aux jeux Netflix, sans aucune limitation cette fois. Il faut dire que la section Netflix Games, lancée récemment, n'est ni le point fort de la plateforme, ni un argument pour s'abonner, même si le catalogue s'est enrichi au fil des mois…  

Détail important : Netflix précise bien que les profils jeunesse ne sont pas concernés par la publicité. Aucune publicité ne sera diffusée sur les profils destinés aux enfants. Une bonne nouvelle donc. D'autant que la plateforme indique par ailleurs cibler les annonces. "À l'heure actuelle, les publicités peuvent être personnalisées en fonction de vos interactions avec Netflix (par exemple, le type de contenu que vous regardez) et des informations que vous fournissez à Netflix", souligne la plateforme dans sa FAQ – qu'il est vivement conseillé de lire avant de souscrire. C'était l'une des craintes que l'on avait avec l'introduction de la publicité, désormais confirmée en filigrane. 

Car si l'évolution vers une formule fiancée par la publicité paraissait à la fois souhaitable et inéluctable, elle pose une nouvelle fois la question du profilage. En effet, en sachant exactement qui regarde quoi, grâce à ses profils utilisateurs, Netflix connaît parfait les goûts de ses abonnés, ce qui lui permet de cibler très précisément les publicités diffusées avec ses contenus. Un atout indéniable pour proposer ses services aux annonceurs. Mais qui ne sera peut-être pas du goût de tous, surtout à une époque où le pistage et la confidentialité des données personnelles constituent des sujets très sensibles. Certes, Netflix parle uniquement de "publicités personnalisées" pour le moment, rien ne dit que la plateforme et ses clients-partenaires sauront résister ensuite à la tentation d'aller plus loin… Selon les prévisions, l'intégration de publicités pourrait rapporter quelque 8,5 milliards de dollars par an à Netflix à partir de 2027. Un jolie manne, qui permettrait à la plateforme de retrouver des couleurs face à la concurrence. Les publicités seraient gérées en outre par Microsoft, avec qui Netflix a signé un partenariat il y a quelques mois. 

Avec cet nouveau forfait à bas prix – tout est relatif… –, Netflix compte bien redorer son blason et inverser la tendance en attirant de nouveaux abonnés. Il faudra toutefois attendre un peu pour voir si cette formule séduira effectivement de nouveaux clients car, d'une part, l'offre ne cesse de s'élargir avec une concurrence de plus en plus féroce – Disney+ et Amazon Prime Video, bien sûr, mais aussi les nouveaux services de replay payants de TF1 et de M6 –, et, de l'autre, une nouvelle forme de streaming gratuit entièrement financé par la publicité se développe, avec le FAST TV. Certes, le principe est différent puisqu'il s'agit cette fois de diffusion linéaire, comme avec la télévision classique – voir ce que propose Pluto TV, notamment –, mais avec l'arrivée la publicité, Netflix se rapproche de la télé à l'ancienne, ce qui pourrait ne pas plaire aux jeunes générations, avides de contenus à la demande…

Netflix : une concurrence plus en plus rude

Les temps sont durs pour Netflix. Après avoir régné en maître sur le streaming vidéo depuis sa création, et malgré son succès durant les confinements, la célèbre plateforme a perdu des abonnés cette année, ce qui a entraîné une chute sensible de ses revenus. Une situation délicate, accentuée par la montée en puissance de concurrents sérieux comme Disney+, qui a obligé l'entreprise à revoir son modèle économique, visiblement plus tout à fait adapté au marché actuel. Pour mieux répondre à la demande des consommateurs et renouer avec son insolente croissance, Netflix s'est donc lancé dans une petite révolution, avec trois changements majeurs : d'abord, l'arrivée d'une offre moins chère financée en partie par la publicité ; ensuite, la diffusion d'émissions en direct, sur le modèle de la télévision traditionnelle et de plateformes comme Twitch ; enfin, le partage de comptes, une pratique courante, tolérée tacitement jusque-là, pourrait devenir payant. De quoi changer profondément la donne en bouleversant bien des habitudes. 

En 2022, pour la première de son histoire, la plateforme de vidéo en streaming a perdu des abonnés. Comme l'expliquaient L'Express et Les Échos, le service de SVOD (vidéo sur abonnement) comptait ainsi 200 000 clients de moins au premier trimestre 2022 qu'au dernier trimestre 2021 – et même 600 000 sur ses terres natales, aux États-Unis et au Canada ! – alors qu'il espérait en recruter 2,5 millions de plus. Une contre-performance historique – surtout après la hausse record pendant le confinement – qui a entraîné une chute spectaculaire de 23% de son action en Bourse dans les heures qui ont suivi la présentation de ses résultats trimestriels, le 19 avril dernier. Et la situation a encore empiré depuis, puisque la plateforme a perdu 1 million d'abonnés au cours du deuxième trimestre 2022, comme elle l'a annoncé dans le communiqué à ses actionnaires le 19 juillet. 

La perte d'abonnés de Netflix a trois causes principales. D'abord, l'entreprise aurait perdu quelque 700 000 clients en Russie en l'espace de quelques semaines, suite à la suspension de son service en guise de sanction pour la guerre en Ukraine. Sans cette mesure, elle tablait sur 500 000 abonnements supplémentaires par rapport au trimestre précédent souligne-t-elle dans son communiqué de résultats. Ensuite et surtout, alors qu'elle a longtemps été quasiment seule sur ce secteur naissant, la plateforme de vidéo doit faire face depuis quelques années à une concurrence de plus en plus rude, avec la multiplication des services de streaming et, surtout, l'arrivée de mastodontes comme Disney+ ou Amazon Prime Video, qui ont gagné de solides parts de marché en peu de temps. Enfin, pour continuer à produire des contenus originaux – sa grande spécialité qui a participé à sa popularité –, Netflix n'a cessé d'augmenter ses tarifs partout dans le monde : ainsi l'abonnement de base, avec un seul flux en HD (définition 720p) est désormais à 8,99 euros par mois en France – contre 7,99 euros à son arrivée en 2014 – alors que la formule haut de gamme, avec quatre flux HD ou 4K, atteint aujourd'hui 17,99 euros contre 15,99 euros en octobre 2021. 

Conséquence : de nombreux clients – acquis ou potentiels – sont allés voir ailleurs et beaucoup s'adonnent désormais au partage de compte pour diminuer les frais, sous entre proches, soit avec des inconnus, via des plateformes spécialisées (voir notre article). Une pratique contre laquelle Netflix va tenter de lutter, en proposant une offre adaptée via l'ajout de profils supplémentaires moyennant finance, ce qui risque fort d'avoir un effet négatif à terme sur sa base d'abonnés, surtout si la concurrence l'autorise ou la tolère sans supplément de prix…

© Netflix

 

Netflix : des émissions en direct comme sur Twitch ?

L'autre changement majeur que Netflix préparerait serait la diffusion de contenus en direct, en live streaming. C'est du moins ce que la plateforme aurait confirmé il y a quelques mois à Deadline, un média qui suit l'actualité des studios américains. Selon cette confidence, Netflix proposerait des émissions non scénarisées et des spectacles de type stand-up. De nouveaux contenus exclusifs qui ressembleraient à ceux que l'on trouve sur des plateformes à la mode comme Twitch – qui appartient à Amazon –  mais aussi comme on en trouve sur les chaînes de télévision traditionelles. Mais il n'est pas impossible que Netflix enrichisse également son catalogue live de programmes sportifs, comme Amazon en propose avec Prime Video, notamment les matchs de foot de la Ligue 1, voire, qui sait, d'événements culturels (spectacles, concerts…), le but étant, là encore, d'arrêter l'hémorragie d'abonnés tout en attirant un nouveau public. Toutefois, contrairement à l'offre à bas prix avec publicité, l'échéance du direct est encore floue et pour le moins lointaine. Et si elle se confirme, il y a peu de chances de la voir apparaître avant 2023, le temps de mettre en place toute l'infrastructure nécessaire et de concevoir les programmes. 

Netflix : faire payer le partage de comptes 

L'autre grand levier sur lequel Netflix veut jouer à court terme pour redresser ses finances, c'est le partage de comptes. Jusqu'à présent, la plateforme tolérait qu'un compte soit partagé par plusieurs personnes d'un même foyer. Une condition indispensable pour plusieurs membres d'une famille regardent des contenus différents simultanément, sur téléviseur, ordinateur, tablette ou téléphone, éventuellement dans les lieux différents, ce qui permettait notamment à des enfants délocalisés – pour du travail ou des études – de profiter de l'abonnement de leurs parents. Mais, on le sait, le partage de comptes s'est largement étendu bien au-delà des foyers officiels, et nombreux sont les amis qui mutualisent un abonnement pour réduire leurs frais.

Si Netflix a laissé faire pendant ses belles années, il pourrait en aller tout autrement très bientôt. La plateforme dispose en effet de moyens assez simples pour identifier et localiser les connexions simultanées à un même compte – via l'adresse IP notamment. Et elle envisage déjà de proposer une formule spéciale, avec des profils supplémentaires, commercialisée à un tarif encore supérieur – environ 3 euros par profil ajouté. Elle a d'ailleurs déjà lancé divers tests dans ce sens dans plusieurs pays d'Amérique latine (Honduras, Argentine, Salvador, Guatemala…). Mais sans trouver la formule magique, visiblement, car les modalités pratiques sont assez complexes. Une chose est sûre en revanche : après des années de tolérance, Netflix fera payer le partage de compte dès que la formule idéale sera trouvée. Ce qui pourrait arriver d'ici à la fin 2022, partout dans le monde, et donc en France. D'autant qu'Adobe – l'inventeur du PDF et de Photoshop – a développé un outil anti-partage visiblement très efficace qui pourrait bien intéresser les plateformes de streaming (voir notre article)… 

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