Après l'amende record de Bruxelles, Google "dégrade" volontairement ses résultats de recherche en Europe

Après l'amende record de Bruxelles, Google "dégrade" volontairement ses résultats de recherche en Europe

Sous la pression de Bruxelles, Google modifie son moteur de recherche en Europe pour en livrer une version "dégradée". Une évolution qui risque de rendre certaines recherches moins pratiques pour les internautes.

Voilà qui devrait grandement perturber nos habitudes, car Google vient de modifier le fonctionnement de son moteur de recherche dans l'Union européenne. Sous la pression de Bruxelles, le géant américain se voit dans l'obligation de limiter la mise en avant de ses propres services face à ceux de concurrents, conformément au règlement européen sur les marchés numériques, le DMA.

Et le changement est désormais effectif, comme le rapporte Reuters. Une mise en conformité qui a une conséquence très concrète pour les internautes : certaines recherches affichent désormais moins d'informations qu'auparavant.

Recherche Google : une mise en avant des comparateurs tiers

Tout commence le 23 juillet 2026, lorsque Google écope d'une amende de 460 millions d'euros infligée par la Commission européenne, qui lui reprochait de favoriser ses propres services dans les résultats de son moteur de recherche, notamment dans les domaines des hôtels, des vols, des produits ou encore des services de transport, au détriment de comparateurs et d'autres acteurs concurrents. Cette pratique, qualifiée d'"auto-préférence", est pourtant interdite par le DMA, qui impose aux grandes plateformes numériques de ne pas avantager leurs propres services lorsqu'elles proposent également ceux d'entreprises concurrentes.

À cela s'ajoutait une seconde sanction de 430 millions d'euros concernant les restrictions imposées aux développeurs sur Google Play, portant le montant cumulé des deux amendes à 890 millions d'euros au total. La Commission européenne lui avait ensuite donné 60 jours pour se conformer au DMA, sous peine de se voir infliger des pénalités périodiques pouvant atteindre 5 % de son chiffre d'affaires mondial total. Un coup dur pour le géant du numérique !

Pour se conformer aux exigences européennes, Google a donc revu l'affichage de certaines pages de résultats. Concrètement, l'entreprise introduit deux nouveaux espaces dans les pages de résultats européennes. Le premier est consacré aux comparateurs, agences de voyage en ligne et autres métamoteurs pour les recherches d'hôtels, de vols, de trains, de cars longue distance et de produits. Le service arrivé en tête est affiché par défaut, avec notamment ses photos et ses tarifs. Le second espace permet aux entreprises (hôteliers, compagnies, boutiques) de présenter directement leurs offres, mais en affichant beaucoup moins d'informations, parfois limitées à un lien vers leur site, leur numéro de téléphone et leur adresse.. Enfin, les recherches locales, notamment celles concernant les commerces à proximité, seront intégrées au dispositif ultérieurement. Google garde bien évidemment la main sur le classement via son algorithme.

Recherche Google : une utilisation "dégradée" pour l'UE

Ce nouvel affichage a tout de même un effet secondaire des plus contraignants, puisque certaines informations auparavant directement accessibles dans les résultats de Google disparaissent ou se retrouvent moins mises en avant. C'est le cas des prix en temps réel qui pouvaient apparaître directement dans les résultats consacrés aux hôtels, aux vols ou aux restaurants. Le carrousel regroupant ces informations est désormais placé plus bas dans la page et présente moins de détails.

Google n'est guère enchanté par ce changement. Nick Fox, vice-président de Google chargé de la connaissance et de l'information, trouve que "ces changements dégradent l'expérience des Européens". En plus, "ils renforcent les intermédiaires en ligne au détriment des entreprises locales et suppriment des fonctions utiles au quotidien". 

Le groupe explique avoir testé ces changements auprès de millions d'Européens et avoir constaté un niveau élevé d'insatisfaction. De plus, il a constaté davantage de reformulations des requêtes et, dans certains cas, l'abandon pur et simple d'une recherche. Enfin, l'entreprise assure que de précédents changements imposés par le DMA avaient déjà entraîné une baisse de 30 % du trafic gratuit et direct vers les établissements européens.

Recherche Google : une façon d'éviter les sanctions liées au DMA

Alors, concrètement, qu'est-ce que cela va changer pour l'utilisateur ? Une recherche comme "hôtel Madrid" fera désormais davantage remonter les plateformes spécialisées en haut de page, tandis que la carte et les tarifs en direct auxquels Google avait habitué les internautes se feront plus discrets, voire pourront disparaître. Il faudra donc parfois ouvrir plusieurs onglets et comparer les offres manuellement, comme au bon vieux temps des années 2010. Un clic supplémentaire qui risque de ne pas faire que des heureux. L'algorithme de Google continuera cependant de déterminer quels services apparaissent en tête des résultats : la mécanique du classement, elle, reste bien entre les mains du géant américain.

Le déploiement de cette nouvelle interface a commencé début septembre, mais il se limite au marché européen. Google conserve son fonctionnement habituel dans les autres régions du monde.