Taxe fast fashion : jusqu'à 12 euros de malus sur les vêtements achetés chez Shein, Temu, AliExpress…
À compter du 1er septembre, la France appliquera un nouveau malus aux vêtements issus de l'ultra-fast fashion. Shein, Temu et AliExpress sont explicitement visés par ce dispositif, dont les montants augmenteront progressivement jusqu'en 2030.
Avec leur stratégie marketing offensive et leurs prix imbattables, les mastodontes chinois Shein, Temu et AliExpress ont réussi à s'imposer durablement sur le marché européen. Bien qu'ils fassent l'objet de vives critiques – ils sont notamment accusés d'encourager la surconsommation, de nuire gravement à l'environnement et d'exploiter les travailleurs dans des conditions de travail indignes –, ces géants du e-commerce rencontrent un succès fulgurant en France. Et qui n'a pas échappé au Gouvernement, qui a décidé de durcir le ton.
Ainsi, le Parlement a adopté début juillet une loi visant à enrayer l'essor de la mode dite ultra-fast fashion, dont Shein, Temu et AliExpress sont le fer de lance. Elle prévoit notamment l'interdiction de la publicité par les influenceurs, le renforcement de l'information des consommateurs, des pénalités pour les entreprises polluantes et, surtout, l'instauration d'une taxe sur les petits colis livrés par des entreprises établies hors de l'Union européenne. Et justement, le Gouvernement a publié dans le Journal officiel le 28 août dernier un arrêté fixant le montant de ce malus.
Taxe fast fashion : des barèmes progressifs jusqu'en 2030
À partir du mardi 1er septembre, les entreprises qui commercialisent des vêtements répondant aux critères de l'ultra-fast fashion verront leur éco-contribution augmenter, avec un malus mis en place progressivement. Elle permet de financer en partie les installations de collecte et de recyclage situées en France.
Bien évidemment, la loi ne vise pas explicitement les plateformes chinoises en l'écrivant noir sur blanc, mais elle le fait de façon détournée. Elle s'appuie pour cela sur deux critères cumulatifs : l'ampleur de la gamme de produits proposée par une marque et la faiblesse de l'incitation à la réparation. Cela permet de ne pas viser indistinctement toutes les enseignes qui proposent des vêtements à bas prix. Le ministère de l'Économie a effectué des simulations et assure que les enseignes françaises et généralistes – Kiabi, Decathlon, Petit Bateau, Carrefour, E.Leclerc – ne seront pas concernées par le dispositif, les volumes de renouvellement de leurs collections restant très inférieurs à ceux des plateformes visées.
Le montant de ce malus varie selon la catégorie du vêtement. Ainsi, il s'élève à 50 centimes pour un boxer, un slip, un caleçon ou une paire de chaussettes, 2 euros pour un T-shirt ou un polo, 6 euros pour une chemise ou un pull, 7 euros pour une robe ou un pantalon, 9 euros pour un jean, 12 euros pour un manteau ou une veste, et 3 euros pour une jupe ou un maillot de bain.
Ces montants ne sont toutefois pas figés. Le barème doit augmenter progressivement au cours des prochaines années. Pour un manteau ou une veste, par exemple, la pénalité passera de 12 euros à 14,50 euros en 2028, puis 17 euros en 2029 et 19,50 euros à partir de 2030. Pour un jean, elle passera de 9 euros à 11,75 euros en 2028, puis 14,50 euros en 2029 et 17,25 euros à partir de 2030. Le dispositif reste néanmoins plafonné : la pénalité ne peut pas dépasser 50 % du prix de vente hors taxes du produit.
Reste une question essentielle pour les clients de Shein, Temu ou AliExpress : ces sommes vont-elles faire augmenter les prix affichés sur les plateformes ? Pour l'instant, rien n'oblige les entreprises à répercuter exactement le montant du malus sur le prix payé par le consommateur. Elles peuvent en absorber une partie ou la totalité, ou au contraire augmenter leurs tarifs pour préserver leurs marges.
Taxe fast fashion : un enjeu de souveraineté industrielle
Ce texte est l'aboutissement d'un parcours long législatif entamé en mars 2024. "Avec l'entrée en vigueur de ce malus, la France, pionnière en Europe dans la lutte pour la régulation de ces pratiques, déploie un instrument puissant et efficace pour lutter contre un modèle qui repose sur le fait qu'un vêtement passe en un temps record des étals d'un magasin à la poubelle noire de son logement", a commenté le ministre délégué chargé de la Transition écologique Mathieu Lefèvre sur X.
Certains acteurs et personnalités politiques déplorent cependant la profonde transformation du texte par rapport à la version originale de 2024, qui s'attaquait à toute l'industrie textile — et notamment aux acteurs français et européens qui fabriquent massivement en Asie comme Decathlon, Kiabi, H&M, Primark ou encore Zara. Cette version finale, elle, cible surtout les plateformes chinoises, comme Shein et Temu, épargnant les marques de fast-fashion traditionnelles. Le résultat d'un lobbying efficace, comme le documentaient à l'époque nos confrères de Reporterre.
Les effets délétères de lultra fast-fashion sur notre environnement et notre économie sont connus et documentés.
— Mathieu Lefèvre (@MathieuMlefevre) August 28, 2026
Le Gouvernement est déterminé à y remédier et agit en conséquence dans la lignée de limportant travail mené par la députée @AnneCecileVio et la sénatrice Sylvie
Car, au-delà des enjeux écologiques affichés par le Gouvernement, cette loi s'inscrit surtout dans une logique de défense de la filière textile française, confrontée depuis plusieurs années à la concurrence féroce des plateformes asiatiques à bas coût.
Une difficulté subsiste toutefois pour les plateformes établies dans un autre pays de l'Union européenne. En vertu du principe dit du "pays d'origine", les services en ligne sont normalement soumis aux règles de l'État membre dans lequel leur prestataire est établi. Or, Shein et Temu ont installé leurs structures européennes en Irlande. Certaines dispositions de la loi française, notamment celles qui encadrent la publicité pour l'ultra-fast fashion, risquent donc de se heurter à ce principe. Le malus environnemental, lui, entrera cependant bien en vigueur le 1er septembre.
La loi a toutefois prévu une procédure permettant à la France de déroger, sous certaines conditions, à ce principe. Pour pouvoir appliquer une telle mesure à une plateforme établie dans un autre État membre, la France doit notifier au préalable son intention à la Commission européenne et à l'État membre dans lequel la plateforme est établie.
Taxe fast fashion : des mesures qui s'additionnent
La France avait déjà tenté de s'attaquer à l'avantage concurrentiel des plateformes étrangères avec une taxe de 2 euros par catégorie d'articles sur les petits colis, entrée en vigueur le 1er mars 2026. Mais le dispositif a rapidement été contourné, certaines plateformes ayant redirigé leurs marchandises vers d'autres centres logistiques européens. La taxe, qui était une mesure provisoire, a finalement été suspendue le 1er juillet et remplacée par le droit de douane européen de 3 euros par catégorie de produits sur les colis d'une valeur inférieure ou égale à 150 euros.
Et l'Union européenne ne compte pas s'arrêter là : à partir du 1er novembre, une redevance européenne destinée à couvrir les frais de traitement des petits colis doit compléter ce dispositif. Une réforme plus large des règles douanières doit également renforcer la traçabilité des produits et la responsabilité des plateformes.
