Lisez bien ce mail de Doctolib : la plateforme va utiliser vos données médicales pour un projet IA
Faites attention à ce mail de Doctolib à propos de son prochain projet de recherche en santé. S'il semble banal au premier abord, on y apprend que la plateforme va utiliser vos données médicales pour l'IA, sauf si vous vous y opposez.
Si vous êtes un utilisateur de Doctolib, la fameuse plateforme servant à prendre des rendez-vous médicaux en ligne, vous avez peut-être reçu récemment un e-mail intitulé "Doctolib s'engage dans la recherche pour améliorer la santé". À première vue, il semble s'agir d'une communication tout ce qu'il y a de plus banale à propos des projets de l'entreprise en matière de recherche médicale. "Chez Doctolib, nous pensons que la technologie peut réinventer le quotidien des soignants et aider chacun à vivre en meilleure santé. C'est pourquoi nous avons créé un laboratoire de recherche en santé. Tous nos travaux seront publics et menés avec des partenaires scientifiques de référence", peut-on lire au début du message.
La démarche semble tout ce qu'il y a de plus légitime et vise à améliorer le parcours de soin tout en faisant progresser la recherche médicale. Bref, c'est bénéfique pour nous, et l'entreprise peut s'offrir un petit coup de communication bienvenu. Pourtant, en lisant entre les lignes de cet e-mail, il apparait qu'il est surtout question d'IA clinique et de l'exploitation par défaut des données des patients, à moins de s'y opposer.
Doctolib : un projet de recherche en IA clinique camouflé
En lisant la suite du mail, nous apprenons que le sujet du projet de recherche porte sur le fait d'"améliorer les parcours de soins grâce à l'intelligence artificielle". D'ailleurs, en cliquant sur le premier lien, le vocabulaire employé change, puisque l'on passe d'un "laboratoire de recherche en santé" à un "laboratoire de recherche en IA clinique". Et ça, ça change tout !
Parce que cela signifie que l'objectif n'est pas de créer un nouveau laboratoire médical généraliste, mais de mettre en place une structure consacrée aux modèles d'intelligence artificielle pour la santé, de leur conception à leur validation, en collaboration avec des hôpitaux et des instituts académiques européens.
En soi, ce n'est guère étonnant puisque Doctolib a fait de l'IA un élément clé de sa stratégie. La plateforme a d'ailleurs déjà déployé un assistant de consultation qui s'occupe, lors d'une consultation, de produire un rapport complet d'une consultation en écoutant et en analysant les conversations, de classer les demandes faites aux praticiens selon leur niveau d'urgence, et même d'assurer, grâce à un système de reconnaissance vocale, la transcription en temps réel des consultations, la préparation des plans de traitement, la rédaction des lettres d'adressage ou encore l'accès à des ressources médicales. Elle a également mis en place un répondeur intelligent, un outil qui permet aux patients de prendre rendez-vous par téléphone en conversant avec une IA. Elle ne compte donc pas s'arrêter en si bon chemin.
Avec ce nouveau projet, Doctolib compte bien repérer plus tôt certains risques de santé, améliorer la prise en charge des patients et éviter que le suivi médical ne ressemble à un véritable parcours du combattant. Et, pour cela, apprend-on dans le mail, elle "s'appuiera sur vos données démographiques et de santé nécessaires aux fins de recherche scientifique, ainsi que celles de vos proches rattachés à votre compte Doctolib, qu'elles soient renseignées par vous-mêmes ou par vos soignants." Ah !
Doctolib : des données pseudonymisées mais pas anonymisées
Ce premier projet durera trois ans et les données seront conservées cinq ans au maximum, le temps nécessaire aux publications scientifiques. Bien sûr, Doctolib se veut rassurant. L'entreprise insiste sur le cadre scientifique du projet, mené avec une équipe de recherche associée à l'Inria, l'Inserm et Université Paris Cité, et indique appliquer "la méthodologie de référence MR004 définie par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) afin d'encadrer la recherche en santé et garantir la protection des données personnelles." C'est d'ailleurs ce cadre qui lui permet de ne pas demander un consentement explicite à chaque utilisateur avant d'utiliser ses données pour ce projet.
Enfin, il assure que, même s'il repose sur des données très concrètes liées à l'usage de la plateforme, l'identité des personnes est protégée, les données utilisées ne permettant pas de les identifier directement. Attention, il convient toutefois de ne pas confondre pseudonymisation et anonymisation. Une donnée anonymisée est une information qui ne permet plus, même en combinant plusieurs sources raisonnablement accessibles, de retrouver l'identité d'une personne. À l'inverse, une donnée pseudonymisée a simplement été modifiée pour remplacer les éléments directement identifiants, comme un nom ou une adresse, par un identifiant ou un code. La personne reste toutefois susceptible d'être retrouvée, notamment si certaines informations complémentaires sont disponibles.
Autrement dit, la pseudonymisation constitue une mesure de protection destinée à réduire les risques liés au traitement des données, mais elle ne supprime pas leur caractère personnel. Comme le rappelle la CNIL, ces données restent donc soumises aux obligations prévues par le RGPD, notamment en matière de sécurité, de transparence et de respect des droits des personnes concernées.
Doctolib : comment s'opposer à l'utilisation de ses données ?
Le problème réside dans le fait que l'utilisateur consent par défaut à l'utilisation de ses données. Pour empêcher que les vôtres ne soient exploitées, vous devez vous y opposer via un formulaire dédié. Il est possible de procéder à cette manipulation à tout moment, et cela n'aura "aucune conséquence sur votre accès aux services Doctolib ni sur votre parcours de soins", comme le précise bien la firme. Pour exercer vos autres droits (accès, rectification, limitation, effacement), vous pouvez aussi adresser un e-mail à contact.dataprivacy@doctolib.com.

