Ask Google : tout ce que l'IA va changer dans la recherche sur Internet
Avec Ask Google, le géant d'Internet instaure un tout nouveau mode de recherche basé sur l'IA, avec des requêtes en langage naturel et des réponses synthétiques personnalisées. Un modèle disruptif qui pourrait signer la mort de nombreux sites Web.
L'avènement des modèles génératifs tels que ChatGPT, Copilot, Mistral ou Gemini a profondément changé notre façon de chercher une information. Au lieu de taper des mots-clés dans un moteur de recherche puis de consulter les sites les plus susceptibles de contenir la réponse dans une liste de résultats, de plus en plus de personnes vont directement demander à leur chatbot préféré. De plus en plus d'internautes se détournent donc, mine de rien, de Search.
Google a déjà déployé un peu partout dans le monde, excepté dans certains pays européens – le déploiement se fait de manière très progressive et prudente à cause des contraintes du Digital Markets Act (DMA) et des autres réglementations sur les droits d'auteurs –, AI Overviews (Aperçus d'IA en français), une fonction d'IA générative produisant un petit résumé des résultats de recherche directement au-dessus de ces derniers. Il y a aussi le mode IA (AI Mode), capable de répondre aux requêtes complexes en langage naturel et de synthétiser des résultats – ces deux fonctions sont indisponibles en France en raison d'"une incertitude juridique". Tout cela a profondément bouleversé le changement de la recherche Internet. Mais c'est loin d'être fini !
Lors de sa conférence I/O 2026, qui s'est tenue le 19 avril, Google a présenté les transformations et les nouvelles à venir pour Gemini, sa célèbre IA maison qu'elle décline à toutes les sauces. L'entreprise en a profité pour annoncer une refonte majeure de son moteur de recherche, 25 ans après sa naissance, avec toujours plus d'intelligence artificielle. C'est la fin de la liste de liens telle qu'on la connaît !
Ask Google : une IA agentique qui surveille le Web en continu
La recherche Google s'inspire plus que jamais des chatbots conversationnels. Google a annoncé plusieurs changements significatifs avec une barre de recherche intelligente. Désormais, dans les pays où le mode IA est disponible – pas en France donc –, il est possible de poser des questions plus élaborées en insérant des images. Par exemple, l'utilisateur peut demander au moteur de recherche de trouver une robe ressemblant à une photo qu'il lui soumet. De même, les réponses deviennent plus élaborées. Exit les liens, Google répond désormais avec un texte et une petite animation. S'engage alors une discussion avec l'IA afin de poser d'autres questions, d'approfondir le sujet et d'affiner sa demande.
Mais le changement majeur concerne l'introduction des "agents de recherche", capables d'agir en arrière-plan pour le compte des internautes. Ces outils vont pouvoir surveiller le Web en continu, d'envoyer des alertes automatisées et d'automatiser différentes tâches, comme les réservations, les achats ou la recherche d'informations ciblées. Google imagine ainsi un moteur de recherche qui ne se contente plus de répondre à une question ponctuelle, mais qui accompagne l'utilisateur dans la durée.
Par exemple, cette IA agentique sera capable de surveiller les dernières annonces pour une recherche d'appartement, d'alerter l'internaute dès qu'un produit qu'il attend est de nouveau disponible, et de fouiller les blogs, les sites d'actualités et les réseaux sociaux pour lui envoyer un résumé dès qu'une nouvelle information sur un certain sujet se présente.
Plus impressionnant encore, Google Search sera capable de passer des appels téléphoniques en son nom pour prendre un rendez-vous après une recherche sur un service de réparation ou une clinique vétérinaire. Enfin, un "Panier universel" centralisera les listes de shopping entre Search, Gmail et YouTube pour simplifier le paiement. Google ne se contentera donc plus de donner le nom du produit ou l'adresse du magasin, mais pourra réaliser l'entièreté de la transaction.
Ask Google : une interface générative nourrie aux données personnelles
L'entreprise va également ajouter des fonctions de génération de contenus directement intégrées à la recherche. Elles reposeront sur les capacités d'Antigravity, une technologie qui permet à la page de recherche de créer une interface utilisateur personnalisée en temps réel. Cela permettra de créer des réponses, des visualisations et des interfaces interactives adaptées à chaque requête. Par exemple, si l'internaute s'interroge sur le fonctionnement d'une montre, Google pourra générer des graphiques interactifs et des simulations visuelles conçus spécifiquement pour répondre à cette question.
"Imaginons par exemple que vous souhaitez commencer une nouvelle routine de bien-être ou de sport", explique le géant du numérique. "Vous pouvez demander à la Recherche de vous aider en créant un outil de suivi d'activité sur mesure. Elle le programmera pour vous, en utilisant des informations actualisées et en temps réel, comme des avis, des cartes en direct et des données locales telles que la météo. Cet outil de suivi sera adapté à vos besoins et évoluera avec vous."
Enfin, le moteur de recherche va devenir la porte d'entrée unique pour toute notre vie numérique. Jusqu'à présent, Google personnalisait déjà certains résultats grâce à l'historique de recherche et à la localisation de l'utilisateur. Avec ce que l'entreprise appelle désormais "l'Intelligence personnalisée", le niveau de personnalisation devient beaucoup plus large et beaucoup plus profond. Elle veut permettre à son IA d'accéder à plusieurs services utilisés au quotidien, comme Google Gmail, Google Photos ou Google Agenda.
Cela signifie que le moteur pourrait utiliser des informations issues de ses e-mails, de ses rendez-vous, de ses photos ou de ses habitudes pour mieux comprendre sa situation personnelle et répondre de manière plus contextualisée. Google cherche ainsi à centraliser un maximum d'usages dans une seule interface. Au lieu d'ouvrir séparément Gmail, Agenda, Photos ou un navigateur classique, l'utilisateur pourra passer par une recherche conversationnelle unique capable d'interagir avec tous ces services.
Le nouveau moteur de recherche sera dans un premier temps déployé cet été aux États-Unis, pour les abonnés Google AI Pro et Ultra. De son côté, la France accuse déjà un certain retard, car le mode IA lancé l'an dernier n'est toujours pas disponible. Cette "nouvelle ère pour la Recherche optimisée par l'IA", pour reprendre les mots du géant du numérique, n'est donc pas près d'arriver dans l'hexagone.
Ask Google : quel avenir pour la recherche Internet ?
Cette refonte vient bousculer en profondeur le fonctionnement du moteur de recherche et chambouler tout un écosystème, qui comprend les médias, les sites de marques ou de particuliers, les acteurs du e-commerce, les sponsorisations, etc. Jusqu'à présent, les éditeurs de sites Internet consacraient une part importante de leur activité à améliorer leur visibilité sur Google afin d'apparaître le plus haut possible dans les résultats de recherche et attirer davantage de visiteurs. Avec l'arrivée des réponses générées directement par l'intelligence artificielle, une partie de ce travail perd en efficacité, entraînant une baisse du trafic vers de nombreux sites.
D'après une plainte déposée aux États-Unis par Penske Media, l'éditeur du Hollywood Reporter et de Rolling Stone, 58 % des recherches sur Google ne génèrent plus aucun clic vers un site externe depuis l'avènement de ses nouveaux formats de recherche basés sur l'intelligence artificielle, notamment les résumés générés automatiquement dans les résultats. Et, en Europe, le Conseil européen des éditeurs accuse Google d'aspirer du contenu pour ses résumés IA sans rémunérer les auteurs. Ce phénomène, déjà observé dans l'écosystème du référencement, est appelé "recherches sans clic" ou "zero-click searches".
Mais derrière ces pages Web se trouvent des entreprises, des médias et de nombreux professionnels dont le modèle économique dépend largement de la visibilité sur le moteur de recherche de Google. Cette évolution oblige déjà tout un secteur à repenser ses pratiques. Si Google répond à tout sans que l'on ait besoin de cliquer sur un site, qu'adviendra-t-il des médias et des créateurs de contenu en général qui alimentent ce Web et, paradoxalement, l'IA du géant du numérique et ses réponses ? C'est le serpent qui se mord la queue…
Ask Google : cette nouvelle façon de rechercher est-elle viable ?
Après ces annonces lors de la conférence, les critiques n'ont pas tardé à fuser. Google a donc rapidement pris la parole afin de calmer les esprits, notamment en mettant en avant le fait que les résultats de recherche traditionnels ne vont pas disparaître totalement. "Vous continuerez absolument à voir des liens Web bleus dans les résultats de recherche, et nos fonctions IA incluent des liens proéminents vers le Web directement à l'intérieur des réponses", assure l'entreprise dans un post sur X. "AI Mode n'est pas l'expérience par défaut dans Search. Notre nouvelle barre de recherche vous aide à décrire exactement ce que vous cherchez, mais l'utiliser ne signifie pas que vous n'obtiendrez que des fonctions IA, vous continuerez à obtenir une gamme de résultats sur Search".
1/ You will absolutely continue to see blue web links in search results, and our AI features include prominent links to the web directly within responses. AI Mode is not the default experience in Search. Our new search box helps you describe exactly what youre looking for, but
— News from Google (@NewsFromGoogle) May 20, 2026
Il s'agit là d'un langage très corporate, que l'on pourrait résumer par "circulez, il n'y a rien à voir" ! Ce que dit l'entreprise n'est pas faux en soi. Effectivement, les différents modes de recherche par IA sont totalement optionnels, mais rien ne garantit que cela sera toujours le cas dans l'avenir. En septembre 2025, Logan Kilpatrick, responsable produit de Google AI Studio, avait répondu "soon", soit "bientôt", lorsqu'un utilisateur lui avait suggéré de faire de l'AI Mode le mode de recherche par défaut. Robby Stein, vice-président produit en charge de Google Search, avait alors tempéré les choses, mais sans démentir.
Ensuite, l'AI Mode dépasse déjà le milliard d'utilisateurs mensuels selon les chiffres de Liz Reid à l'I/O, et ses requêtes ne font que doubler chaque trimestre depuis le lancement. Avec la vitesse de croissance de cet usage, le fait que le mode soit "par défaut" ou non n'a guère d'importance. Et pourtant, la fonction a été lancée il y a un an à peine, en mai 2025, et dans un nombre restreint de pays – aujourd'hui, plus de 200 y ont accès. Il s'agit là de l'une des courbes d'adoption les plus rapides jamais vues sur un produit Google grand public. À titre de comparaison, ChatGPT revendiquait "seulement" 900 millions d'utilisateurs actifs hebdomadaires en février 2026. Google construit donc un écosystème dont il est de plus en plus difficile de sortir...
Enfin, impossible de ne pas s'interroger sur le coût écologique d'autant d'IA pour des recherches souvent anodines ou des fonctions déjà proposées dans des outils dédiés. Derrière chaque requête envoyée à un moteur de recherche enrichi par l'intelligence artificielle, il y a en réalité des centres de données qui fonctionnent en continu, mobilisant des serveurs puissants et très énergivores. Même si les grandes entreprises du secteur affirment avoir fortement amélioré l'efficacité de leurs modèles, chaque interaction reste associée à une consommation d'électricité, mais aussi à des besoins en refroidissement et en infrastructures qui ont un lourd coût en eau. On vous laisse imaginer l'effet cumulé sur des milliards d'usages quotidiens...


