Wish : la plateforme de vente va être bannie de France

Wish : la plateforme de vente va être bannie de France

WISH. Accusée par la DGCCRF de proposer à la vente des produits non conformes aux normes européennes, voire dangereux, la plateforme de vente américaine va être déréférencée des moteurs de recherche en France.

C'est une première en Europe. Selon une information révélée par nos confrères du Parisien, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) vient d'ordonner aux différents moteurs de recherche et boutiques d'application (les appstores) de procéder dans les meilleurs délais au déréférencement du site et de l'application Wish en France. Une décision historique, spectaculaire, mais à la portée somme toute assez limitée en pratique. La place de marché (marketplace) américaine est accusée par les autorités de proposer à la vente des articles dangereux, non conformes aux normes européennes et surtout de n'avoir rien fait pour remédier à cette situation. C'est la seconde fois que Wish (et par extension la société ContextLogic Inc. qui exploite cette marketplace) s'attire les foudres de la DGCCRF. À la fin de l'année 2020, la plateforme avait déjà été ciblée par une enquête concernant des "annonces de réduction de prix trompeuses et à la mise en avant frauduleuse de produits de marques notoires non disponibles" sur le site et l'application Wish. Pour l'anecdote, après avoir notifié la plateforme de la présence de ces produits illicites, la DGCCRF avait constaté que, même une fois retirés, ils réapparaissaient souvent sur Wish… sous un autre nom ! Énervant. La DGCCRF avait alors transmis le résultat de ses investigations au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris.

Des produits non conformes et dangereux

Cette fois-ci, Wish est épinglé dans le cadre d'une enquête que la DGCCRF réalise chaque année sur la conformité et la sécurité des produits vendus sur les places de marchés et les plateformes en ligne. Un marché dont le chiffre d'affaires a dépassé les 112 milliards d'euros en France en 2020 et qui vient concurrencer frontalement l'activité des enseignes et des commerces physiques. "L'enquête menée en 2020, renouvelant deux enquêtes similaires de 2018 et 2019, a de nouveau mis en lumière des niveaux de manquements élevés. Ainsi, en 2020, pour 129 tests de produits effectués, plus de 60 % étaient en anomalie (28 % non-conformes et 32 % non-conformes et dangereux)", relève la DGCCRF. Dans le cas de Wish, sur les 140 produits mis en vente sur la marketplace et analysés par le SCL (Service commun des laboratoires) à la demande de la DGCCRF, 90 % des appareils électriques analysés étaient considérés comme dangereux, tout comme 62 % des bijoux fantaisie et 45 % des jouets. En pratique, "certains jouets étaient fabriqués avec de petits éléments qui se détachaient trop facilement, au risque d'être ingérés et d'entraîner la suffocation des touts petits", précise le ministère de l'Économie, cité par Le Parisien. "Même constat sur les appareils électriques dont 95 % étaient non conformes, avec 90 % de produits risqués. Exemple : la guirlande électrique de Noël, capable d'embraser le sapin de Noël… et (de mettre le feu à) des habitations.

L'administration a donc enjoint Wish de se mettre en conformité et estimant n'avoir pas reçu en retour de "réponse satisfaisante" a décidé d'opter pour la manière forte en imposant un déréférencement du site Web par les moteurs de recherche (Google, Bing, DuckDuckGo, Ecosia, Qwant…) et de l'application Wish pour les plateformes de téléchargement d'applications (AppStore, Google Play Store…). Cette décision pourrait toutefois être annulée dans l'hypothèse où Wish choisirait de se mettre en conformité avec la loi français et de respecter les normes de sécurité et de qualité européennes.

Un blocage symbolique, mais pas incontournable

"Il n'y a pas de raison de tolérer en ligne ce que nous n'acceptons pas dans les commerces physiques", a déclaré Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, interrogé par le quotidien Le Parisien. "Ces acteurs bafouent la réglementation sur la sécurité des produits. C'est inacceptable", a poursuivi le ministre dans un communiqué. Avant de conclure (provisoirement?) sur FranceInfo ce matin: "soit Wish se conforme aux règles de protection du consommateur, soit nous irons encore plus loin et passerons du déréférencement à l'interdiction du site Wish sur le territoire français". Une mesure qui pourrait impliquer que l'accès au site Internet Wish.com soit filtré, bloqué et placé sur liste noire par les FAI sur le territoire français. Car c'est l'un des paradoxes de la spectaculaire décision prise par la DGCCRF concernant le déréférencement du site Wish.com et de l'application Wish: pour les utilisateurs de cette plateforme en ligne américaine qui s'est fait un nom en capitalisant sur la mise à disposition de produits low-cost le plus souvent fabriqués en Chine, l'accès au site Wish.com demeure possible. Et les néophytes en quête de sensations (et de petits prix) pourront également continuer (si tant est qu'ils soient quelque peu technophiles) à trouver, à leurs risques et périls, Wish sur les moteurs de recherche actifs hors de France, en utilisant un simple VPN et en sélectionnant un serveur-relai situé à l'étranger.

Un avertissement au marché

Si la sanction prise par la DGCCRF est bien évidemment une mauvaise nouvelle pour Wish en termes de visibilité et de notoriété à quelques jours du Black Friday et à quelques semaines des fêtes (et donc des achats des cadeaux) de fin d'année, cette décision peut aussi être interprétée comme un sérieux avertissement adressé à d'autres places de marché en ligne (comme AliExpress, Joom, Amazon MarketPlace…) qui ne brillent pas toujours par l'excellence des produits proposés à la vente. Le 15 octobre 2021, la DGCCRF indiquait ainsi que concernant l'édition 2020 de son enquête sur les produits vendus en marketplaces, sur les tests de produits effectués, plus de 60 % étaient en anomalie (28 % non-conformes et 32 % non-conformes et dangereux). Comme le soulignait, Capital, le magazine de la chaîne M6, dans une émission diffusée le 15 septembre 2019, beaucoup des marketplaces (aujourd'hui dans le viseur de la DGCCRF) ont choisi, pour s'imposer et rester compétitives, d'appliquer une formule magique (à tout le moins sur le papier). Elles se contentent de mettre en relation des fabricants et des clients. Elles proposent en grande majorité des produits "made in China" à des prix défiant toute concurrence ; elles n'ont pas de stocks, pas de frais de logistique ni de livraison… Mais tout cela a un coût, le plus souvent payé au prix fort par le consommateur.