W Social : le réseau social européen et souverain ouvre ses portes à tous
Un nouveau réseau social européen et souverain, baptisé W Social, vient d'ouvrir ses portes au grand public. Certifié sans bots et sans algorithme opaque, et hébergé sur le Vieux Continent, il reçoit le soutien de nombreux politiques.
Même dans le domaine des réseaux sociaux, la domination américaine est massive : la quasi-totalité des services utilisés en Europe provient des États-Unis. Quelques alternatives ont bien émergé, comme BeReal ou Mastodon, mais aucune n'est parvenue à vraiment prendre racine après leur buzz temporaire.
Dans ce contexte marqué par les interrogations autour de la souveraineté numérique, de nouveaux projets voient le jour. Parmi eux, eYou, un réseau social européen qui promet notamment un système de vérification des informations en temps réel et des mécanismes conçus pour limiter l'enfermement dans les bulles informationnelles, mais aussi Eurosky, une infrastructure basée sur une identité numérique portable destinée à héberger un écosystème complet de réseaux sociaux sur le sol européen. Un nouveau projet vient s'ajouter à cette liste, et de façon concrète en plus : W Social, un concurrent direct à X pensé pour être son exact opposé.
Fondée par la suédoise Anna Zeiter, ex-responsable de la protection des données chez eBay, la plateforme a ouvert sa bêta au grand public le 17 juin 2026, sur wsocial.eu. Et elle présente déjà plusieurs avantages : ses données sont hébergées dans l'Union européenne, elle est conforme au Digital Services Act (DSA), repose sur des algorithmes transparents et chaque compte est vérifié.
W Social : des profils utilisateurs systématiquement authentifiés
Le nom de ce nouveau réseau social n'a rien d'un hasard. Outre le fait de prendre une lettre de l'alphabet pour afficher clairement son opposition au X d'Elon Musk, W fait référence à la règle des 5 W du journalisme : Who, Why, When, What, Where (Qui, pourquoi, quand, quoi et où). Mais il peut aussi se lire comme la fusion de deux V, pour Valeurs et Vérifié. Le ton est donné !
La conception même de W Social est faite pour éviter les dérives observées sur X. Ainsi, chaque utilisateur devra obligatoirement vérifier son identité avant de publier, en scannant son passeport ou sa carte d'identité via une application dédiée, W Identity, qui traite la vérification localement sur l'appareil. Une façon claire et nette d'en finir avec les comptes anonymes et les bots utilisés pour relayer la propagande.
Pour rassurer ceux qui craindraient, à juste titre, pour la sécurité de données si sensibles, l'entreprise assure qu'aucune donnée biométrique ne remonte vers les serveurs et que tout est traité localement. L'utilisateur peut ensuite choisir d'apparaître sous son nom réel ou sous un pseudonyme, mais sa qualité d'humain vérifié reste visible. Cette méthode signe toutefois la fin du droit à l'anonymat, dont dépendent pourtant des millions de dissidents, lanceurs d'alerte et activistes.
W Social : une infrastructure décentralisée et européenne
La particularité de W Social est que la plateforme s'appuie sur une infrastructure décentralisée, le protocole ouvert AT (Authenticated Transfer Protocol) – comme Bluesky. Il permet à une quantité illimitée de services différents de fonctionner entre eux tant qu'ils utilisent ledit protocole. Ainsi, au lieu de recréer un compte sur chaque application, l'identité numérique unique – le compte W Social par exemple – devient un point d'entrée commun.
Les données personnelles associées à ce compte sont stockées dans ce qu'on appelle un "serveur de données personnelles", situé en Europe et contrôlé par l'utilisateur lui-même plutôt que par une grande plateforme centralisée. De ce fait, les publications ne sont pas enfermées dans un écosystème. Et, surtout, un internaute mécontent peut migrer ses données, ses abonnés et son historique vers une autre instance du protocole sans pour autant tout perdre.
Se voulant un véritable contrepied à X et ses confrères, W Social entend également lutter contre le phénomène des "bulles de filtres", qui conduit les algorithmes à ne proposer aux utilisateurs que des contenus similaires. Sur demande, elle doit proposer volontairement aux internautes des publications provenant de différents courants d'opinion.
De plus, les échanges sont sécurisés par Proton, l'entreprise suisse spécialisée dans les services chiffrés. Toutes les données sont hébergées de manière décentralisée en Europe, hors de toute juridiction américaine ou chinoise. Et, bien sûr, la plateforme respectera scrupuleusement le RGPD.
W Social : un réseau social déjà soutenu par les politiques
W est étroitement lié aux institutions européennes. Anna Zeiter a récemment présenté W à Bruxelles, où le projet semble déjà bénéficier de certains soutiens institutionnels. Parmi les premiers responsables politiques à rejoindre la plateforme figure le président du Conseil européen, Antonio Costa, qui y a publié son premier message en mettant en avant "une plateforme sur laquelle les données sont entièrement hébergées en Europe".
Il a également souligné que "la lutte contre la désinformation est une priorité, et les utilisateurs sont tous des humains vérifiés". D'autres personnalités ont également créé un compte sur le réseau, notamment la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le maire de Londres Sadiq Khan et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola. De quoi envoyer un signal politique fort !
Notons que l'OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), un réseau mondial de journalisme d'investigation, a d'ores et déjà annoncé un partenariat stratégique avec W Social pour lutter contre la désinformation et l'érosion de la vie privée sur les grandes plateformes.
Reste désormais à voir si cette nouvelle plateforme saura trouver son public et relocaliser le débat public sur le territoire européen. La tâche s'annonce toutefois complexe dans un domaine déjà dominé par des acteurs bien installés comme X, Threads (de Meta), ou encore Bluesky.
L'exemple de Mastodon rappelle d'ailleurs la difficulté de l'exercice : longtemps présenté comme une alternative crédible à X, le réseau européen n'a jamais réussi à transformer son regain de popularité en adoption massive à long terme, avec un total de "seulement" 7 millions d'utilisateurs. À titre de comparaison, Facebook et Instagram revendiquent 259 millions d'inscrits dans l'UE, TikTok 135,9 millions, et X (ex-Twitter) 115,1 millions.

