Eurosky : l'ambitieux projet de réseau social européen souverain

Eurosky : l'ambitieux projet de réseau social européen souverain

Un nouveau projet européen, baptisé Eurosky, veut offrir une alternative aux réseaux sociaux américains en misant sur des identités numériques uniques et un meilleur contrôle des données. Encore un projet à soutenir !

Alors que le comportement de Donald Trump se fait de plus en plus chaotique et imprévisible, y compris envers ses alliés, les appels au boycott se multiplient en Europe, notamment vis-à-vis des plateformes numériques, dont nous dépendons grandement et qui semblent avoir clairement ployé le genou devant leur nouveau président.

Même dans le domaine des réseaux sociaux, la domination américaine reste écrasante : la quasi-totalité des services utilisés en Europe provient des États-Unis. Quelques alternatives ont bien émergé, comme BeReal ou Mastodon, mais aucune n'est parvenue à vraiment prendre racine après leur buzz temporaire.

Fortes de cette actualité pour le moins tendue, de nouvelles initiatives émergent. C'est le cas de W Social, un concurrent direct à X pensé pour être son exact opposé qui ne devrait pas tarder à arriver, ou d'eYou, un réseau social européen avec fact-checking en temps réel intégré et algorithme anti-bulles informationnelles. Un nouveau projet, baptisé Eurosky, vient se joindre à la bataille. Il s'agit d'une initiative européenne née aux Pays-Bas et portée par la Fondation néerlandaise Modal, qui entend créer un Web social et souverain pour lutter contre la domination des géants de la tech.

Eurosky : une infrastructure décentralisée et européenne

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Eurosky n'est pas un réseau social en soi, mais une infrastructure basée sur une identité numérique portable destinée à héberger un écosystème complet de réseaux sociaux, cette fois entièrement ancré en sol européen et donc respectueux de ses valeurs. Pour faire simple, elle permet à un utilisateur de créer une seule identité numérique et de l'utiliser sur différents services sociaux compatibles.

Pour cela, Eurosky s'appuie sur une infrastructure décentralisée, le protocole ouvert AT (Authenticated Transfer Protocol) – comme Bluesky. Il permet à une quantité illimitée de services différents de fonctionner entre eux tant qu'ils utilisent ledit protocole. Ainsi, au lieu de recréer un compte sur chaque application, l'identité numérique unique – le compte Eurosky au format pseudo@eurosky.social – devient un point d'entrée commun. Les données personnelles associées à ce compte sont stockées dans ce qu'on appelle un "serveur de données personnelles", situé en Europe et contrôlé par l'utilisateur lui-même plutôt que par une grande plateforme centralisée.

Il est d'ores et déjà possible d'utiliser Eurosky en utilisant son compte Bluesky. Outre ce dernier, il permet pour l'heure d'accéder à des plateformes comme Flashes (concurrent d'Instagram), Blento (service de création de sites web), ou encore Streamplace (vidéos en streaming). L'objectif est clair : favoriser l'émergence d'innovations européennes.

Eurosky n'en est qu'à ses débuts et il a encore un long chemin à faire. Pour l'instant, il dépend encore partiellement de l'infrastructure de Bluesky pour la modération des contenus. Pour obtenir sa totale indépendance, il doit développer ses propres composants pour le relais, l'indexation, la génération de flux et la modération. Une levée de fonds de 100 000 euros, lancée suite à l'attaque DDOS qui a mis Bluesky hors service, est en cours, mais le projet repose principalement sur des micro dons. Encore une belle initiative, même si rien ne garantit son succès face à l'emprise des géants déjà bien installés.