BlueSky Social : la solution pour remplacer Twitter ?

BlueSky Social : la solution pour remplacer Twitter ?

Alors qu'Elon Musk fait sa révolution sur Twitter, l'ancien PDG du réseau social s'apprête à lancer un service concurrent : BlueSky Social. L'idée ? Rendre aux utilisateurs le contrôle sur les algorithmes et leurs données personnelles.

Les utilisateurs de Twitter sont très inquiets par le rachat du réseau social par Elon Musk, d'autant que le milliardaire fantasque multiplie les décisions et les déclarations controversées depuis son arrivées. Après avoir licencié les dirigeants et menacé de se séparer de 75 % des employés, il s'est attaqué au fonctionnement même de la plateforme. Il a d'ores et déjà annoncé que le badge de certification ne pourrait être obtenu que via un abonnement payant et qu'il allait assouplir les règles de modération, jugées trop strictes. De nombreux twittos, donc de grandes marques et des personnalités, craignent que l'oiseau bleu ne devienne une zone de non-droit où prolifèrent la haine et la désinformation, et s'inquiètent du tournant politique qu'il prend (voir notre article). C'est dans ce contexte que le hashtag #TwitterMigration s'est popularisé et beaucoup cherchent déjà un "remplaçant" où aller se nicher. Et la solution pourrait venir ni plus ni moins que de l'ancien PDG de Twitter – qui a démissionné en novembre 2021 – Jack Dorsey !

BlueSky Social : un réseau social décentralisé et fédéré

En effet, le 25 octobre, soit quelques jours avant le rachat officiel de Twitter, Jack Dorsey a inauguré son nouveau réseau social, BlueSky Social, sur lequel il travaille depuis 2019 – bien avant d'avoir démissionné donc. Alors que la nouvelle plateforme n'est même pas encore en version bêta, elle a déjà récolté plus de 30 000 inscriptions deux jours seulement après son inauguration. Il faut dire que son concept a de quoi séduire sur le papier. L'entrepreneur entend ni plus ni moins que révolutionner le fonctionnement des réseaux sociaux ! Il veut mettre au point une norme commune qui permettrait à différents services de communiquer entre eux – c'est ce qu'on appelle l'interopérabilité. C'est comme le fonctionnement d'un e-mail –  où peu importe la messagerie électronique utilisée, l'e-mail arrive toujours au destinataire – mais pour les réseaux sociaux. Un projet ambitieux – peut-être trop ?

Il faut savoir que les principaux services de réseaux sociaux, comme Facebook, Twitter et LinkedIn, sont centralisés, c'est-à-dire qu'ils stockent toutes les données en un même endroit, qu'ils peuvent modifier ce que voit l'utilisateur et comment il utilise la plateforme comme bon leur semble. Ils sont en charge de tout ce qui se passe dessus ! Bien évidemment, cela a un impact sur des questions importantes comme la confidentialité des données, la modération voire même la censure dans certains cas – à tout hasard, citons WeChat, qui sert de modèle à Elon Musk. Au contraire, un réseau social décentralisé n'est ni contrôlé ni géré par une entité unique, et ce dans l'objectif de donner aux utilisateurs plus de pouvoir, plus de liberté et de garantir la protection de leur vie privée – comme Mastodon, DTube, Diasporas, etc. C'est ce fonctionnement que va utiliser BlueSky Social. Il se compose de plusieurs serveurs gérés par des entités différentes – c'est ce qu'on appelle un réseau social fédéré. Mais cela n'a pas que des avantages, car il faut trouver un moyen pour que des personnes du monde entier collaborent pour exécuter un système sans pouvoir modifier ni supprimer les algorithmes qui le font fonctionner.

© BlueSky

BlueSky Social : le pouvoir et le contrôle aux utilisateurs

BlueSky Social utilise le protocole ouvert AT (Authenticated Transfer Protocol) qui n'appartient pas aux dirigeants de la plateforme. Il permet à une quantité illimitée de services différents de fonctionner entre eux tant qu'ils utilisent ledit protocole. Une personne peut même créer son propre réseau social, avec ses propres infrastructures ou l'hébergeur qu'il a choisi, et communiquer avec BlueSky Social. "Alors que le Web échange des documents, le protocole AT échange des informations schématiques et sémantiques, permettant aux logiciels de différentes organisations de comprendre les données des autres. Cela donne aux clients ATP la liberté de produire des interfaces utilisateur indépendamment des serveurs et supprime le besoin d'échanger du code de rendu (HTML/JS/CSS) lors de la navigation dans le contenu", explique BlueSky Social sur son blog.

L'objectif de BlueSky Social est de redonner à l'utilisateur le contrôle complet de ses données personnelles. La plateforme a déjà esquissé les grandes lignes de son fonctionnement . Chaque membre aura une identité numérique qu'il sera le seul à détenir. Celle-ci pourra être transférée d'une plateforme à une autre sans aucune restriction ni limite de la part du nouveau réseau social de Jack Dorsey ou de quiconque. "L'identité en ligne d'une personne ne doit pas appartenir à des sociétés sans responsabilité envers leurs utilisateurs", explique la société dans un billet de blog.

Les internautes pourront également contrôler les algorithmes de recommandation afin de décider eux-mêmes du contenu qu'ils veulent consommer, et de comment fonctionne le réseau social pour eux. "Les algorithmes dictent ce que nous voyons et qui nous pouvons atteindre. Nous devons avoir le contrôle de nos algorithmes si nous voulons faire confiance à nos espaces en ligne" , déclare l'entreprise. Toutefois, elle n'a pas expliqué comment l'utilisateur pourrait manipuler l'algorithme selon son bon vouloir. D'autres détails devraient bientôt être donnés.

BlueSky Social : un concurrent sérieux pour Twitter ?

Aucune date de lancement pour BlueSky Social n'a été donnée pour le moment. Il est toutefois possible de s'inscrire sur la liste d'attente sur https://bsky.app/ afin de tester la version bêta, qui ne devrait pas tarder. Par la suite, si tout va bien, elle sera ouverte au grand public, comme l'ont indiqué les dirigeants du nouveau réseau social, sans donner plus de détails. Dans un premier temps, la plateforme ne sera disponible uniquement via un navigateur web, mais une application mobile devrait arriver par la suite – sans quoi le projet ne pourrait fonctionner.

© BlueSky

Mais BlueSky Social peut-il devenir un sérieux concurrent pour Twitter ? Il est encore beaucoup trop tôt pour le dire, étant donné que le réseau social n'en est qu'à ses premiers pas. Le contexte est, certes, favorable avec les polémiques que suscite les décisions et les annonces d'Elon Musk, et le statut de Jack Dorsey apporte de la visibilité et de la légitimité au projet. Le principe de ce réseau social est en tout cas très novateur, mais il doit faire ses preuves pour espérer séduire le grand public. Et c'est là l'une des difficultés qu'affronte tout nouveau réseau social : aussi incroyable soit son concept, il est inintéressant tant qu'il n'y a pas beaucoup de monde dessus – le réseau social de Wikipédia peut en témoigner. Et le risque de BlueSky Social est le même que pour Mastodon – qui connait actuellement un pic de popularité grâce au rachat de Twitter –, à savoir la complexité de son fonctionnement, qui peut s'avérer trop technique pour la plupart des utilisateurs.