EU Digital Identity Wallet : que va changer le portefeuille numérique européen ?
D'ici à la fin 2026, les citoyens de l'UE auront un portefeuille numérique européen. Baptisé EU Digital Identity Wallet (EUDI), il permettra de conserver tous les documents officiels dans un smartphone sans passer par les solutions américaines des GAFAM.
Alors que notre société devient de plus en plus connectée et que les services administratifs des États se numérisent toujours davantage, l'Union européenne travaille depuis plusieurs années à la création d'un portefeuille d'identité numérique commun.
Baptisé EU Digital Identity Wallet (EUDI), il doit permettre à chaque citoyen de conserver ses documents officiels (carte d'identité, permis de conduire, etc.) et d'accéder à des services en ligne, publics comme privés, partout en Europe (voir notre article). Et ce, sans passer par les solutions américaines des GAFAM.
Porté par la révision du règlement eIDAS 2.0, le projet vise à proposer une alternative européenne aux systèmes d'identification dominés par les grandes plateformes numériques. À la différence de solutions comme Google Wallet ou Apple Pay, centrées sur le paiement, l'initiative européenne repose avant tout sur une logique d'identité numérique sécurisée et interopérable.
Adopté en 2024, le cadre technique fixe les grandes règles du dispositif, tout en laissant aux États membres la responsabilité de développer leur propre application. Celles-ci devront être compatibles entre elles et disponibles d'ici à 2026.
EU Digital Identity Wallet : à quoi servira le portefeuille numérique ?
Le portefeuille d'identité numérique est bien plus qu'un simple dossier comprenant différents documents. Plus qu'un simple "porte-documents" numérique, il ambitionne de devenir un outil central dans les interactions du quotidien. Sur son site, la Commission européenne liste une multitude d'usages pour son application. Il pourra notamment réunir :
- Une version numérique du permis de conduire ;
- Un accès aux services publics (dans toute l'UE) en s'identifiant ;
- Des cartes de paiement sans contact ;
- Un service pour ouvrir un compte bancaire en vérifiant son identité ;
- Un accès à ses diplômes scolaires et académiques ;
- L'intégration des cartes de santé (carte Vitale, carte européenne d'assurance maladie, etc.) ;
- Des ordonnances de santé ;
- La création d'une nouvelle carte SIM prépayée ;
- La réservation d'hôtels, de billets de train ou d'avion ;
- La signature de contrats ;
- La possibilité de générer des attestations pour prouver qu'on est un représentant d'une organisation.
Ainsi, lors d'un contrôle d'identité ou d'un embarquement, il suffira de présenter son permis de conduire ou sa carte d'identité numérique pour que les vérifications se fassent plus rapidement. Les démarches administratives vont également s'en retrouver simplifiées, puisqu'il n'y aura plus besoin d'envoyer plusieurs justificatifs ou de saisir les mêmes informations plusieurs fois : il suffira de les partager en quelques secondes à l'organisme de son choix. Cela va se révéler fort utile non seulement pour accéder aux services publics (Ameli, CAF, impôts...), mais aussi pour ouvrir un compte bancaire, souscrire à un forfait téléphonique, contracter un leasing automobile ou un crédit consommation, etc.
À terme, ce système pourrait également permettre aux citoyens du Vieux Continent de s'affranchir de l'identification sur les grandes plateformes numériques listées par le DSA, comme Apple, Google, Amazon ou Facebook, souvent requise pour accéder à certains services.
EUDI Wallet : quels sont les avantages du portefeuille numérique ?
Tous les citoyens et résidents de l'UE pourront posséder un portefeuille d'identité numérique européen, sans que cela soit obligatoire. La Commission européenne vise à en doter 80 % de la population d'ici à 2030. Bruxelles met en avant un double objectif : simplifier les démarches administratives et redonner aux citoyens le contrôle de leurs données personnelles. Le portefeuille repose sur un principe de "divulgation minimale" : seules les informations strictement nécessaires sont partagées avec les services concernés.
Cela doit permettre de limiter les risques de profilage et permettra aux utilisateurs de contrôler leurs données personnelles, ce qui est impossible avec des documents physiques. Dans certaines situations, il sera même possible de s'identifier de manière totalement anonyme, pour plus de confidentialité et de sécurité.
Enfin, l'usurpation d'identité et la fraude seront plus difficiles à commettre une fois que chaque citoyen et résident aura accès à un moyen d'identification numérique sécurisé et confidentiel.
EUDI Wallet : entre promesses et zones d'ombre
Malgré ses ambitions, le projet soulève plusieurs interrogations. En concentrant des données particulièrement sensibles – identité, justificatifs administratifs, informations professionnelles ou de santé – dans un même outil, le portefeuille pourrait devenir une cible de choix pour les cyberattaques.
Certes, l'architecture repose sur des principes de sécurité avancés (chiffrement, stockage local, authentification forte), mais aucun système n'est infaillible. Une compromission, qu'elle soit liée à une faille technique, à un piratage du smartphone ou à une attaque à grande échelle, pourrait exposer des informations critiques. Cette crainte est d'autant plus légitime que les services publics se font régulièrement pirater, et les données des citoyens sont dérobées et mises en vente sur le Dark Web – la France en sait quelque chose.
Ensuite, il y a le risque de dépendance technologique. En cas de panne, de bug, de batterie déchargée, de perte, de vol ou de casse de smartphone, un utilisateur pourrait se retrouver dans l'incapacité temporaire de prouver son identité ou d'accéder à certains services essentiels. Même si des solutions alternatives doivent exister, leur efficacité et leur accessibilité restent à démontrer dans la pratique.
Des inquiétudes existent également autour d'un possible "glissement fonctionnel". Si le dispositif est conçu pour simplifier les usages, certains observateurs redoutent qu'il ne soit progressivement utilisé à des fins de contrôle plus larges, notamment dans des contextes sécuritaires ou commerciaux.
Enfin, la question de l'inclusion numérique demeure centrale. Une partie de la population – personnes âgées, publics précaires ou peu à l'aise avec les outils numériques – pourrait être pénalisée si ces dispositifs deviennent progressivement la norme, comme c'est déjà le cas aujourd'hui avec de nombreux services administratifs ou des transports en commun. Le caractère officiellement facultatif du portefeuille pourrait, dans les faits, s'éroder si certains services finissent par privilégier, voire exiger, ce type d'identification.

