« Réaliser des économies avec des pratiques éco-responsables »

CommentCaMarche le jeudi 22 septembre 2011 à 11:39:55
« Réaliser des économies avec des pratiques éco-responsables »

Quelques années après l'éclosion de la Green IT, les pratiques éco-responsables s'installent peu à peu dans le monde corporate, à un rythme toutefois moins élevé qu'annoncé il y a quelques années. Dans ce contexte, quels sont aujourd'hui les bénéficies réels des pratiques de développement durable dans les entreprises ? Outre les bienfaits pour l'environnement, les investissement « durables » ont-ils un réel impact sur leurs finances, et indirectement sur leur développement ? Ricoh -un des leaders mondiaux des solutions d'impression- fait partie des entreprises qui intègre les pratiques de développement durable de manière transversale, à différents niveaux de ses activités. Corinne Grapton, Directeur Business Excellence & Relations Stratégiques de Ricoh France, détaille ce qu'elles apportent à Ricoh, et donne des conseils aux entreprises qui souhaitent s'engager dans une démarche similaire.

CCM - Comment se manifeste concrètement la politique « éco-responsable » de Ricoh ?

Corinne Grapton - Chez Ricoh, elle se manifeste en premier lieu au niveau industriel et de l'éco-conception de nos produits. Avant même de fabriquer le produit, on cherche à savoir comment le revaloriser. Nous agissons ainsi sur le choix des matières premières, la revalorisation des consommables (comme les toners d'impression), l'outil d'industrialisation avec des usines zéro déchet ou encore la chaîne logistique : en favorisant le ferroutage par exemple. Aujourd'hui 98% à 99% de nos produits sont revalorisés.

De la même manière, plus de 55% de l'empreinte carbone réside dans l'utilisation de nos matériels par les clients. Nous mettons en oeuvre à cet effet une politique d'accompagnement clients pour les aider à optimiser l'utilisation de nos solutions (ex : consommer moins de papier), afin d'agir sur les 55% restants.

A ces problématiques environnementales s'ajoute un aspect social, tout aussi important. Nous sensibilisons nos collaborateurs à consommer moins au travers d'activités menées dans nos filiales.

CCM - Ce n'est pas un investissement à perte, ce type de politique ?

CG - Depuis 12 ans, les filiales de Ricoh ont pour objectif de réduire de 1% par an et par employé la consommation de CO2, avec un reporting environnemental à réaliser chaque trimestre. Ces engagements doivent être tenus dans la mesure où nous sommes signataires du Global Compact des Nations-Unies.

L'équation entre réduction de CO2 et économie financière est évidente. Mais il faut parfois investir pour obtenir cette économie. Un exemple concret : quand on met en place une politique véhicule dans sa société, ceux-ci peuvent être plus chers à l'achat, mais consommer moins en fin de compte.

Ensuite, lorsque nous investissons pour mener des actions impliquant les collaborateurs- comme nettoyer un étang par exemple- il faut investir un peu. L'objectif n'est pas de réaliser des économies immédiatement, mais à plus long terme. Le fait de sensibiliser les collaborateurs à ce type de démarche modifie les comportements, y compris à l'intérieur de l'entreprise, qui en bénéficie.

Ensuite, il y a une composante sociale qui s'ajoute à la composante environnementale : nous avons besoin d'établir une relation humaine avec nos employés, et nous réalisons cela notamment à travers le « Green Life Style », qui a un impact direct pour l'entreprise. Par exemple, dans le cadre de ce programme, nous organisons des formations d'éco-conduite : le fait de mieux conduire implique moins d'accidents, ce qui est dans l'intérêt de nos collaborateurs, comme pour celui de l'entreprise : cela veut dire moins d'arrêts de travail, des économies liées à la réparation des véhicules, etc. Les pratiques d'éco-conduite se traduisent aussi par une consommation d'essence réduite de 15 à 20%. Un gain qui se répercute de manière positive sur le budget essence de nos collaborateurs.

CCM - Le fait de faire connaître vos actions en matière de développement durable a-t-il un retentissement sur les ventes des produits Ricoh ? Dans quelles proportions ?

CG - Aujourd'hui, avant même de nous demander le prix de nos matériels, nos clients nous posent des questions simples : « qui êtes-vous ? » et « que faites-vous en matière de développement durable ? ». En effet, les critères liés au développement durable sont de plus en plus importants dans les appels d'offres.

Nos clients attendent des preuves, des faits et des résultats de notre démarche et ne se contentent pas d'un slogan « Green » pour en être convaincu. Pourquoi ? Parce qu'en acceptant nos produits, ils sont liés à nous en termes d'image. Il y a des signaux très visibles par lesquels nos clients identifient la sincérité de notre démarche : comme le choix du transporteur par exemple lorsque nous livrons les produits. Évidemment si celui-ci arrive avec un camion vétuste et des emballages déchirés sur place, ce n'est pas bon pour notre image, et par conséquent pour la leur.

CCM - On sait que beaucoup d'entreprises pratiquent le "Green washing" pour soigner leur image, sans réellement mener une politique de développement durable. Est-ce que ce type d'attitude porte tort aux entreprises réellement engagées dans cette démarche ?

CG - Oui. Cela s'est déjà produit dans le cadre d'un appel d'offre auquel nous avons répondu. La présentation marketing d'un concurrent était beaucoup plus vendeuse que la nôtre. Pourtant nous menons beaucoup plus d'actions de développement durable. Une meilleure aptitude à marketer ses actions de développement durable -même modestes- suffit, dans certains cas, à convaincre un client. C'est un fait, on ne peut rien faire contre le « Green Washing ». Nous prenons acte de ces pratiques, tout en nous concentrant sur l'essentiel, à savoir obtenir la reconnaissance des acteurs les plus influents dans le domaine du développement durable, gage de crédibilité et de résultats concrets. Et Ricoh est mondialement reconnu en matière de RSE et développement durable, et ce depuis plusieurs années consécutives.

CCM - D'après l'expérience de Ricoh, quelles actions simples et peu coûteuses une entreprise peut-elle mettre en oeuvre pour s'inscrire dans une démarche de développement éco-responsable, notamment en ce qui concerne le domaine du print ?

CG - Le domaine du print est le domaine dans lequel il y a le plus de choses à faire et de résultats à obtenir. Tout commence par le choix du matériel : le critère des performances éco-énergétiques est très important, et il n'est donc pas judicieux de se concentrer exclusivement sur le prix.

Il y a ensuite bien sûr l'optimisation du parc à impressions, en réduisant le nombre de matériels, et en utilisant des imprimantes multifonctions.

Le comportement des utilisateurs face au papier est également un levier très important, notamment au regard du caractère confidentiel des informations imprimées. Avec des arbitrages différents : est-il utile d'imprimer ou d'archiver ce document, un simple envoi électronique n'est-il pas suffisant ? Ce qui est crucial, c'est de se demander « comment cette information doit-elle être traitée » avant d'avoir le réflexe d'imprimer.

Ces changements passent par une politique d'impression qui favorise également d'autres pratiques : le recto verso ou le noir et blanc par défaut, l'impression par badge, le fait d'inciter les employés à recevoir leur bulletin de salaire ou autre document critique dans un coffre électronique, etc.

Il est possible de réduire jusqu'à 50% l'impression de papier en mettant en oeuvre les bonnes pratiques et de diviser le nombre de matériel d'impression de 2 à 10. Et cela, tout en conservant une qualité de service comparable.

Corinne Grapton est vice-présidente de l'Agora des Directeurs du développement durable qui réunit les Directeurs ou responsables du développement durable d'entreprises de + de 500 Salariés.

Ricoh

  • Entreprise japonaise, créée en 1936
  • Premier constructeur mondial de photocopieurs
  • Autres produits fabriqués : fax et imprimantes, appareil photos, consommables (CD/DVD)
  • En 2011, Ricoh fait partie des 100 entreprises les plus durables du monde ou « Global 100 » (7e année d'affilée)
  • Site Web



Ajouter un commentaire

Commentaires

Ajouter un commentaire