Depuis le tournant initié par l'Iphone, les applications pour Smartphones connaissent un succès sans cesse grandissant auprès du grand public et des institutionnels. Jean-Dominique Lauwereins, fondateur et directeur associé de BeTomorrow, entreprise bordelaise indépendante de 35 personnes qui conçoit et développe des services online, et Alexandre Ribeiro, directeur de projet, nous reçoivent dans leurs bureaux pour faire le point sur le secteur des applications : ce qui se fait, ce qui marche et ce qui s'annonce.
L'image de l'application est plutôt celle du ludique, voire du gadget. En tant que chef d'entreprise, qu'utilisez-vous au quotidien comme application mobile à usage purement professionnel ?
JDL- A côté de l'aspect purement ludique de l'un de nos titres phare comme Rocketbird, il existe toute une gamme de produits « sérieux » susceptibles de répondre aux attentes des professionnels. Personnellement j'emploie très régulièrement Highrisehq sur iPhone. Il permet d'assurer un suivi des relations client et de gérer les tâches en cours de façon collaborative. J'apprécie le système d'archivage des mails, simple et efficace. Pour des développeurs d'applications souhaitant être au fait des succès et nouveautés, Positionapp est une référence indispensable.
AR- Pour partager des vidéos et communiquer ensemble de manière ludique, nous utilisons régulièrement Welles ainsi qu'Orson. Ce sont des services simples et efficaces qui fonctionnent à la fois sur iPhone et téléphones Android (Google).
Justement, quels sont les idées directrices d'une application à succès ?
AR- Il faut savoir aller à l'essentiel et privilégier la simplicité. Ce qui compte c'est que l'application ne fasse qu'une chose mais qu'elle le fasse bien. Pour une ligne, un icône, il y a une véritable prime à l'aspect pratique. La qualité importe plus que le marketing.
JDL- Je crois que les utilisateurs ont aujourd'hui acquis une maturité. Faire une grosse campagne marketing sur mobile fera croître les téléchargements sur la période mais au final c'est la qualité du produit qui l'emporte. Les notes et les commentaires permettent aux utilisateurs finaux de se faire leurs avis.
A BeTomorrow, nous privilégions des services connectés et innovants. Nos produits sont la plupart du temps convergents web/mobile. Notre valeur ajoutée est dans la création sur mesure d'applications qui paraissent simples mais qui demandent une maîtrise technologique.
En outre, nous misons beaucoup sur la recherche, 5 à 7 membres de notre équipe travaillent en permanence sur des projets expérimentaux non commerciaux qui entretiennent une avance technologique.
Sur le plan formel, qu'attendent les consommateurs ?
AR- L'interface est très importante. Personne ne veut perdre du temps à taper un login ou un password sur un petit écran. Il faut éviter les saisies et la création de compte pour que l'application soit utilisable en direct avec un délai de téléchargement minimal.
JDL- La demande du public est très grande. Même si BeTomorrow est un pionnier du développement sur mobile, je considère que nous sommes à l'an 1 de l'histoire. De plus en plus de gens se mettent à consommer, à avoir de l'internet illimité dans leur poche, à acheter facilement des applications. On peut remercier Apple d'avoir fait sauter ce verrou. Les autres constructeurs suivent. A priori tout reste à créer et cela nous rend très optimiste sur les perspectives du secteur.
Le développement d'outils comme Google App Inventor ou Ovi App Wizard peuvent-ils concurrencer le travail des développeurs ?
JDL- Je ne pense pas. Ces outils vont permettre de démocratiser et diffuser encore plus les applications simples.
Les applications nécessitant des développements complexes seront toujours nécessaires. Si l'on fait une analogie avec la création de sites web, créer un site web est désormais très simple mais on a toujours besoin de grosses équipes pour réaliser le site de réservations de la SNCF par exemple.
Une application haut de gamme coûte cher et son développement nécessite plusieurs années homme. Il y a de nombreuses technologies à maîtriser tant au niveau client qu'au niveau serveur.
Seront menacés les acteurs qui ne seront pas capables de gérer des développements complexes car les budgets des applications simples vont s'effondrer rapidement.
AR- Aujourd'hui, de plus en plus c'est la qualité qui paye, pas la licence utilisée. On n'a plus besoin d'être gros pour être visible et reconnu. Tout le monde est au même niveau et c'est ce que tu fais qui compte réellement.
JDL- L'Apple Store a changé la donne, la portée des applications devient instantanément mondiale, sans autre intermédiaire qu'Apple.
Mais un éditeur d'applications comme BeTomorrow n'est pas qu'un simple exécutant. En plus de la création, nous accompagnons nos clients dans la conception, la promotion, la diffusion et l'animation des services créés. Cela nous semble être la bonne approche.
Parlez-nous de ce travail d'accompagnement. Qu'est ce qui est susceptible d'intéresser un décideur de recourir à une entreprise comme BeTomorrow pour développer son application ?
JDL- Nous existons depuis maintenant 8 ans et nous avons travaillé sur de nombreux projets, tous innovants. Le propre de l'innovation c'est le risque, il et donc normal qu'un certain pourcentage de projets échoue commercialement. Notre travail sur ces échecs, mais aussi, heureusement, sur nos succès, nous confère une solide expérience que nous apportons à nos clients. Généralement nous les écoutons attentivement et leur proposons des ajustements plus ou moins radicaux. Libre à eux de nous écouter ou pas.
AR- La difficulté n'est pas de trouver une bonne idée d'application mais plutôt d'en sélectionner une parmi plein d'autres bonnes idées.
Comment monétiser son application ?
JDL- Dans ce domaine, on a tout essayé! Nos produits propres nous servent de tests : vendre l'application, avoir une version gratuite limitée (lite) qui propose d'acheter une version complète, donner l'application et vendre des options (modèle freemium), y adjoindre de la publicité.
Il n'y a pas une réponse unique.
Par exemple, avec« où sont les Toilettes » qui a été téléchargée 500.000 fois, nous offrons le service au client et vendons à la fois le branding de l'application et la base de données des toilettes. En plus, nous avons des revenus publicitaires.
Pour notre jeu RocketBird qui a dépassé les 2 millions d'utilisateurs, nous offrons le jeu et vendons des niveaux et des musiques optionnelles.
Vers quoi va-t-on tendre, quelles sont les tendances lourdes dans l'évolution et les usages des smartphones ?
AR- On va suivre le même chemin qu'avec internet. On va aller vers du web, tout va se simplifier et s'unifier par le web, ce sera la mort des systèmes centralisés. Le smartphone est clairement l'avenir pour la mise en réseau : plus de 90% des utilisateurs de l'Iphone ont déjà téléchargé l'application Facebook !
JDL- Le smartphone et les tablettes vont prendre de plus en plus les prérogatives de l'ordinateur. L'ordinateur familial demeurera mais de plus en plus de tâches seront déportées sur ces nouveaux terminaux. Il est probable que le temps consacré à ces nouvelles habitudes de consommation se fera au détriment du temps passé actuellement devant la télévision.
Aussi, si la tendance actuelle est aux applications tout convergera à moyen terme vers une approche où le web et le mobile seront unifiés.
Les applications devraient à mon avis disparaître des smartphones tout comme elles disparaissent de plus en plus du PC au profit de services Web connectés à des ordinateurs en nuage (cloud computing). On devrait arriver à une unification des services Web et Mobiles, ce qui n'est pas encore le cas.
On est vraiment dans une phase de rupture technologique qui amenera à la disparition d'acteurs importants mais aussi, et c'est la bonne nouvelle, à l'apparition de nouveaux acteurs qui auront l'opportunité de prendre des places considérables.
Il n'y a aucune raison pour que ces nouveaux « Google » ou « Facebook » du mobile ne se créent pas en France, mais pour cela il faut apprendre, innover, risquer et être créatif...
A Bordeaux où les secteurs du mobile et des jeux vidéo sont particulièrement actifs, nous essayons de nous serrer les coudes, d'échanger nos expériences, de nous entraider entre acteurs. Depuis peu, nous nous réunissons tous les mois dans le cadre du CreativeTuesday afin de brasser des idées et échanger des pistes de réflexion.
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