La politique d'Apple de validation des applications pour iPhone (et bientôt iPad) pose de nombreuses questions. En effet, les journaux allemands Bild et Stern ont vu leurs applications désactivées pour motif de "contenu inapproprié".
(Sipa)
Fin février, Apple a discrètement modifié sa politique de validation des applications sur son AppStore. En quelques jours, près de 5.000 applications à caractère "sexuel inapproprié" ont été supprimées.
Le responsable du marketing produit d'Apple, Philip Schiller, a indiqué au New York Times avoir reçu "un nombre croissant d'applications contenant du contenu très inapproprié. A tel point que nous recevons des plaintes de femmes qui [les] trouvent trop dégradants, de parents qui s'inquiètent de ce que leurs enfants pourraient voir..."
La "police morale" d'Apple
L'application de Stern (DR)
Seul problème, les applications des journaux allemands
Stern et Bild ont également été bloquées. L'application de l'hebdomadaire
Stern a été désactivée après publication d'une galerie de photos érotiques. Un contenu litigieux que l'éditeur a dû retirer pour voir réapparaître son application.
Dans
le cas du quotidien Bild, c'est l'application spécifique appelé
Bild-Girl qui a été bloquée. Celle-ci propose d'afficher une femme qui se déshabille chaque fois que l'iPhone est secoué. Si
Bild a ajouté un bikini à la demoiselle, Apple réclame désormais une censure d'une fille dévêtue dans la version PDF du quotidien, accessible depuis l'application.
Une réclamation qui a
mis en émoi la presse allemande, qui s'offusque face à la "police morale" d'Apple. "Aujourd’hui ils censurent des seins, demain du contenu rédactionnel ?", s'interroge la responsable des contenus numériques chez
Bild, Donata Hopfen.
L'association des éditeurs allemands a même demandé à la fédération internationale de la presse périodique de déposer une réclamation auprès d'Apple.
"Apple réinvente le communisme ?"
L'application de Bild (DR)
La marque à la pomme est priée de ne pas toucher à
la liberté de la presse.
En effet, après ce ménage de printemps dans les applications, beaucoup s'interrogent sur la prochaine étape de la politique d'Apple en matière de censure des applications. L'arrivée de l'iPad et son côté lecteur de presse suscite
de réelles craintes. "Que se passera-t-il lorsqu'un journaliste écrira un article controversé sur les moeurs sexuelles des ados ou de l'avortement ?", s'interroge par exemple
TabletPC. En effet, le risque est qu'Apple puisse interférer dans la ligne éditoriale des journaux au nom du politiquement correct...
Interrogé par le Nouvelobs.com, Apple se défend de tels projets et renvoye vers
une interview de Phil Schiller, vice-président d'Apple, qui explique (un peu) la politique de validation des applications. "Apple se place comme
l'arbitre de ce qui se passe sur l'iPhone", note-t-il. "Les applications sont soumises à notre approbation. Dans 10% des cas où une application est retournée à son développeur, c'est qu'elle est inappropriée."
Inappropriée ? "C'est-à-dire qu'elle vole des données personnelles, qu'elle aide l'utilisateur à enfreindre la loi ou qu'elle contient
du contenu inapproprié...", explique-t-il. Un peu vague... Concrètement, cela concerne pour l'heure les "contenus pour adultes" et "la violence". Mais Phil Schiller précise que "le processus d'approbation va évoluer".
Reste l'inquiétude grandissante de voir la pomme interférer dans les contenus d'articles accessibles via des applications iPhone ou iPad.
Paperblog tranche même : "Apple réinvente-t-il
le communisme ?" Les premiers pas de la presse numérique sur iPad seront donc scrutés avec beaucoup d'attention.
Boris Manenti
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