
(Paris - Relax news) - Dimanche 15 juin, vingt scientifiques ont lancé un appel à l'application du principe de précaution sur l'usage du téléphone portable. Après la publication d'études scientifiques préoccupantes, ils demandent que l'usage du portable ne constitue pas un scandale sanitaire, à l'image du tabac et de l'amiante. Relaxnews a interrogé à ce sujet Janine Le Calvez, présidente de l'association Priartem, qui lutte contre la pollution électromagnétique depuis plusieurs années.
Relaxnews : Vous qui dirigez une association de lutte pour une meilleure régulation sur les ondes électromagnétiques, qu'avez-vous pensé de l'appel du 15 juin ?
Janine Le Calvez : Enfin le monde médical bouge ! Il y a parmi les personnes signataires des gens qui ont un poids important. De grands cancérologues associent leur nom, c'est très très positif. De plus, cela donne raison à ce pourquoi nous nous battons depuis des années, à savoir l'interdiction de la vente de portables spécifiquement destinés aux enfants, et la mise en place de campagnes d'information pour dissuader les parents de laisser leurs enfants utiliser un portable. Les choses évoluent, c'est bien.
R. : Quel est l'état de la connaissance scientifique sur les risques liés à l'usage des téléphones portables ?
J.L.C. : Les recherches scientifiques ne vont pas du tout vers la preuve d'une innocuité du téléphone portable, bien au contraire. Une récente étude danoise et américaine, menée auprès de 13.000 personnes, a montré que l'exposition aux ondes du portable in utéro et après la naissance entraine 80% de risques supplémentaires de troubles du comportement. Des études démontrent également des risques de troubles du sommeil, mais aussi d'adoption d'autres comportements à risques, comme l'alcool et le tabac. Enfin, les dernières études ayant porté sur des personnes exposées depuis suffisamment longtemps ont révélé un risque de cancer après plus de dix ans d'exposition.
R. : Que demandez-vous aujourd'hui?
J.L.C : Nous ne disons pas non au téléphone portable, pas du tout. Nous souhaitons que chacun soit bien informé, car le grand public ne reçoit que les messages des opérateurs et des constructeurs à travers la publicité. Ils doivent connaître les risques, à travers de grandes campagnes d'information, comme cela est fait sur le tabac. Les conduites addictives au portable sont déjà en place, cela prendra du temps, mais la consommation doit être raisonnée, et diminuer. Nous souhaitons que les messages de prévention soient relayés par l'Education nationale notamment.
R. : Cet appel peut-il changer quelque chose ?
J.L.C. : Nous avons été reçus par la ministre de la Santé il y a quelques mois. Nous demandions l'interdiction de la commercialisation de téléphones portables uniquement destinés aux enfants, et n'avons pas été entendus. Avec cet appel, les personnes en charge de la santé sont face à leurs responsabilités, et ne pourront pas dire qu'elles ne savaient pas. Les études scientifiques se multiplient, il faudrait au moins baisser la norme réglementaire sur l'exposition des antennes relais. Jusqu'ici, on a fait tout le contraire du principe de précaution, car au lieu de tenir compte des risques, on a foncé. Il est temps de prendre des décisions, le risque d'être exposé aux ondes du portable, du Wi-Fi et des antennes augmente.