Les veilleurs et les nettoyeurs de web-réputation
À l’heure où chacun d’entre nous est « googlisé » un jour où l’autre par un ami ou un employeur potentiel, des entreprises proposent aux particuliers, et surtout aux sociétés, de faire pour elles un travail de veille en ligne sur leur web-réputation.
Votre intervention d’il y a quelques années sur un forum de discussion radical, une liste d’achats effectués sur un gros site web marchand, votre numéro de carte de crédit, votre numéro de téléphone… peuvent se retrouver sur la Toile. Une kyrielle de services payants commence à proposer aux internautes de contrôler et détruire leurs informations personnelles qui circulent, bien souvent à leur insu, sur les réseaux. On appelle ce marché naissant celui de la réputation sur Internet, ou de la gestion de l’identité numérique.
Ainsi, des services de « surveillance de réputation » (reputation monitoring) commencent à apparaître.
ReputationDefender, créée en octobre 2006, efface ainsi de la Toile les contenus indésirables, tels que des photos de soirées arrosées où vous êtes taggé, publiés sur des réseaux sociaux (MySpace, Facebook, LiveJournal, Bebo), des sites web, des blogs, des plates-formes de partage d’images, de vidéo et de musique (Flickr, YouTube, Dailymotion)… Le tout pour un service de veille facturé la bagatelle de 9,95 $ par mois ; et un service de nettoyage pour 29,95 $ (19,24 euros) par trace.
En fait, « ils “effacent” les traces en demandant aux différents sites (forum, blog…) sur lesquels elles sont présentes de les supprimer. Mécaniquement, à force d’effacer des traces, leur référencement est moins bon et elles apparaissent progressivement plus loin dans les résultats de recherches », explique Frédéric Bordage, journaliste et ancien informaticien, dans un entretien à Rue891.
Reputation Manager se situe sur le même créneau : lancé par Iovation, grâce à une technologie propriétaire et un accord avec Quova (géolocalisation), il associe l’empreinte d’un périphérique (téléphone portable, PC…) avec les identifiants d’un service en ligne (e-mail, blog.) et les actions menées par le couple utilisateur-périphérique sur un site.
Naymz, pour sa part, lancée en juin 2006, crée des pages officielles pour ses clients (4,95 dollars par mois), et fait en sorte qu’elles soient mises en avant dans les moteurs de recherche. Tom Drugan, le cofondateur de la société, conseille même de créer son propre blog ou une page sur MySpace pour brosser une image positive de soi-même.
Quant à Garlik, créé par Tom Ilube, il propose avec son service DataPatrol (la patrouille des données) de rechercher les données personnelles de ses clients sur les pages Web et les bases de données publiques. Ainsi, ils ont acheté par exemple les bases de données des agences immobilières, qui recensent les transactions, des fichiers qui sont en vente au Royaume-Uni. Le logiciel est censé pouvoir dire si l’utilisateur doit s’inquiéter de la présence de telle ou telle information à tel endroit, et donner des conseils pour qu’elles soient retirées. Facturé 4 euros par mois aux particuliers, il est aussi proposé aux entreprises. Créée en 2005, elle compte parmi ses fondateurs l’université de Southampton, et Tim Berners-Lee, fondateur et président du World Wide Web Consortium (W3C).
Citons également TrustedID, LifeLock, qui proposent leurs services via des sociétés de courtage en assurances, ou encore Repleaf.
Parmi les « sentinelles » qui visent essentiellement les entreprises, Online Reputation Monitor de Distilled propose de surveiller jusqu’à 20 recherches (mots-clés sensibles associés à un nom ou une marque. Le résultat est disponible sous la forme d’un flux RSS. Le service coûte entre 5 et 200 livres par mois.
Pour sa part, iFeed Enterprise, fourni par Nemetic, propose de surveiller puis d’agréger les contenus web publics sur les sites des entreprises clientes. Grâce au service d’agrégateur, elles peuvent ensuite « reconstruire » le contenu qu’elles veulent voir apparaître.
Les systèmes de notation
Autre déclinaison pour la maîtrise de la web-réputation, les systèmes de notation permettent à tout un chacun de noter, en ligne, un individu ou une entreprise. La notation est très à la mode, comme l’a montré la polémique autour de Notetobe.fr, un site prestement fermé, qui permettait aux élèves de noter leurs professeurs en ligne, Notetobib.com (pour noter votre médecin), ou encore Notetonentreprise.fr.
Naymz, cité plus haut, vous permet de créer en ligne un CV, et de gérer votre réputation. Le jeu consiste à faire jouer votre réseau (membres Naimz) via les réseaux sociaux dont vous êtes membre : en fonction de cela, votre réputation (RepScore) augmente. Seul le nombre de membres référents peut faire augmenter votre réputation.
CoWorkers, créée en 2006 par Jonathan Clay, pour sa part, applique le principe de la web-réputation au monde professionnel. Il permet de noter des collègues (quitte à le faire sous le sceau de l’anonymat !) et de demander à être évalué selon une grille de critères assez élaborée. Reste que l’objectivité est limitée, puisque le membre peut supprimer les commentaires désobligeant de ses collègues. CoWorkers permet de suivre l’évolution de sa réputation (commentaires, notations…) via un tableau de bord, et des widgets vous permettent de publier votre profil sur votre blog.
Enfin, tourné vers le grand public, SoWeSay mesure la cote de popularité d’une personne en laissant ses membres voter pour ou contre.
Reste à savoir si les internautes seront prêts à payer pour que l’on protège (et surveille !) leur vie privée sur la Toile.
Le texte original de cette fiche pratique est extrait de «
Tout sur le web 2.0» (Capucine Cousin, Collection CommentCaMarche.net, Dunod, 2008)