Green IT : bilan à l'horizon 2011

Décembre 2016

Où en sont les entreprises dans la mise en oeuvre des éco-technologies ? Après une croissance rapide ces deux dernières années, l'adoption des technologies dites "Green IT" semble marquer le pas en 2010. Problèmes de gouvernance, de choix des équipements, difficultés de calcul du ROI, manque d'unités de mesure ou résistance au changement : les obstacles sont encore nombreux,comme l'indiquent différentes études récemment publiées. Certains projets, comme la virtualisation des serveurs d'entreprise, ont en revanche le vent en poupe. Le point sur l'adoption des technologies Greent IT à l'horizon 2011.


La lente adoption des technologies Green IT dans l'entreprise


Selon une étude récemment publiée par le cabinet Forrester Research (The State Of Green IT Adoption, Q2 2010), l'adoption des technologies Green IT marque le pas en 2010 par rapport aux prévisions des années précédentes. Réalisée auprès de 530 professionnels IT mondiaux de près de 50 entreprises différentes, celle-ci révèle un décalage entre la confiance que les entreprises déclarent placer dans les différents procédés Green IT pour réduire leur facture énergétique et la mise en oeuvre concrète de projets ambitieux. 68% des décideurs interrogés citent ainsi les économies réalisées comme l'argument numéro un en faveur des éco-technologies. Pour autant, les investissements dans les technologies vertes se tassent, et selon les résultats obtenus par Forrester, il y aurait deux grands obstacles expliquant le phénomène :

- Pour 40% des professionnels interrogés, il est difficile de voir les avantages compétitifs que procurent les investissements dans ces technologies : un frein auquel s'ajoutent les difficultés de calcul du ROI (voir l'insuffisance des unités de mesure, plus bas).
- Seulement 18% des entreprises européennes interrogées disposeraient d'une structure adéquate pour le déploiement de solutions Green IT.

Illustration de la stagnation actuelle en matière d'adoption des éco-technologies : 76% des PMI/PME interrogées par Forrester disent ne pas avoir de projet à ce niveau.

Plusieurs freins à l'adoption des éco-technologies

Un problème de leadership clair ?


Conflit entre DSI et services généraux
A l'occasion d'une table ronde sur le thème "Green IT, mythe ou réalité dans les entreprises" organisée par l'agence de conseil en communication environnementale Amezis, plusieurs acteurs du Green IT et représentants d'entreprises se sont exprimés l'été dernier sur les différents obstacles à l'adoption des technologies Green IT. L'un des blocages rapportés par le magazine ecozine, qui a réalisé une synthèse des débats : le conflit organisationnel sur la question du Green IT dans les entreprises. Il serait dû à la démarcation entre le poste de DSI est celui de Directeur des services généraux. La DSI assumant la mise en oeuvre et subissant une surcharge de travail, le second se voyant affecté le bénéfice en économies d'énergie en lieu et place du poste informatique.

2/3 des entreprises sans "décideur Green IT"
Un constat que corrobore l'étude de Forrester citée plus haut, qui fait état d'un manque de "leadership" sur les questions liées aux politiques Green IT : sur les 530 professionnels IT interrogés, seulement 10% indiquent ainsi que leur entreprise dispose d'un cadre responsable des "activités liées au développement durable", tandis que 13% d'entre elles disposent d'un cadre supérieur capable de décider sur ce type de problématiques. Environ 2/3 des entreprises interrogées n'ont pas de cadre supérieur capable de prendre des décisions sur la mise en oeuvre des politiques Green IT.

Le manque d'unités de mesure et le problème du choix du matériel


Le manque d'harmonisation entre les normes de calcul des économies d'énergie générées par les équipements est un autre obstacle au développement des solutions environnementales dans les entreprises. Notamment pour choisir le matériel parmi les offres d'équipements "à faible consommation d'énergie", sur un marché en pleine expansion. Un constat partagé par Thierry Michalak, DSI adjoint de TF1, qui s'est exprimé à ce sujet à l'occasion du séminaire "Green IT, mythe ou réalité dans les entreprises", et pour qui la série des normes ISO 14000 (management environnemental) n'est pas suffisantes.

Ce sujet évolue cependant : avec l'arrivée de nouvelles spécifications consacrées à la mesure de la consommation d'énergie des systèmes de stockage, à l'image de celle publiée l'an dernier par la SNIA (Storage Networking Industry Association) . Elles est censée permettre de répondre plus précisément aux difficultés de calcul posées par l'hétérogénéité des architectures et des modes de fonctionnements des data centers.

Des réflexes "Green IT" pas encore généralisés


Changement des habitudes : autre problème de taille dans les grandes entreprises, l'inculcation des réflexes Green IT auprès des employés. Toujours à l'occasion de la table ronde ""Green IT, mythe ou réalité dans les entreprises", Thierry Michalak a indiqué que l'automatisation des réflexes Green IT (ex : éteindre systématiquement son ordinateur en sortant du bureau) a nécessité une "rééducation collective" des 4000 employés de la chaîne, un processus qui a pris du temps, mais qui aurait abouti, "à plus 80 000 euros d'économie d'énergie par an" selon lui.

Les imprimantes tournent toujours à plein régime : Si la centralisation des systèmes d'impression fait partie des "chantiers Green IT" les plus aboutis aujourd'hui, l'utilisation des imprimantes est loin d'avoir régressé ces dernières années, si l'on en croit une étude Lexmark/Ifop menée auprès de 6000 employés européens. Ainsi, le nombre de pages quotidiennement imprimées par chaque employé s'élèverait à 31 en moyenne, une statistique similaire à 2007. Plus révélateur d'un manque d'ancrage des habitudes : le nombre de pages imprimées inutilement serait augmentation par rapport à 2007, et 53% des personnes interrogées estiment que beaucoup de papier est inutilement imprimés à leur bureau.

Les chantiers Green IT en bonne voie

Virtualisation des serveurs physiques


Selon l'étude de Forrester citée plus haut, certains projets de Green IT seraient aujourd'hui bien engagés : c'est le cas de la virtualisation des serveurs, à l'ordre du jour pour une majorité d'entreprises interrogées. Également en vue : la suppression des applications redondantes sur les tablettes de 35% d'entre elles d'ici à la fin 2011.

La conférence VMworld qui a rassemblé récemment les principaux acteurs du cloud computing , a également mis en évidence l'essor de la virtualisation des serveurs physiques dans les entreprises. Selon le fournisseur de solutions cloud Virtual Instruments, qui a sondé 200 professionnels de l'IT lors de l'événement, 58% des participants ont indiqué avoir virtualisé plus de 50% de leurs serveurs physiques.

Maîtrise des systèmes d'impression/alimentation des ordinateurs


Enfin, pour finir ce tour tour d'horizon avec l'étude de Forrester et les mesures d'économies d'énergie plus particulières : la maîtrise des systèmes d'impression (réduction du nombre de périphériques) et la maîtrise de l'alimentation des ordinateurs seraient déjà deux objectifs remplis, respectivement par 66% et 41% des entreprises.

En savoir plus


Virtualisation des applications critiques : les entreprises traînent des pieds
Green IT : Les entreprises ont-elles peur du vert ?
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Résumé de l'étude de Forrester : The State Of Green IT Adoption, Q2 2010
Compte rendu de la table ronde "Green IT, mythe ou réalité dans les entreprises", enerzine

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