Le crowdsourcing

Septembre 2016

Ce nouveau concept de crowdsourcing (littéralement « approvisionnement par la foule ») désigne une sorte de place de marché alimentée par les internautes et sur lesquelles les entreprises viennent s'alimenter. Créé en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson, du magazine Wired, ce néologisme, calqué sur l'outsourcing, consiste à utiliser l'intelligence, la créativité et le savoir-faire des internautes.

En fait, l'Internet participatif a stimulé l'essor du travail collaboratif. Certains sites 2.0 permettent donc aux internautes de valoriser leurs connaissances. Vous êtes inventeurs en herbe ou fans du concours Lépine ? Vous pouvez y valoriser vos projets et les soumettre aux améliorations et conseils de la communauté. Ces sites permettent aussi de mettre en contact des entreprises à la recherche de nouvelles idées et des particuliers proposant leur aide.

Aux États-Unis, des start-up apparaissent comme de nouveaux intermédiaires entre entreprises en mal de nouvelles idées innovantes et internautes experts. Évidemment, le contexte s'y prête : cela coûte moins cher aux entreprises qu'un service de recherche-développement (R&D), et ces idées venues de la base collent à leurs besoins.


CrowdSpirit


La start-up grenobloise CrowdSpirit, lancée par Lionel David, un ancien de chez Hewlett Packard, permet à des inventeurs potentiels d'exposer leurs idées de produits électroniques sur son site, ouvert en septembre 2007. Il s'agit uniquement de petits produits high-tech, dont le prix de vente ne dépassera pas 150 euros. Chacun peut y proposer une idée de produit, à l'instar de celles déjà exposées sur le site : batterie solaire pour téléphone portable, calendrier digital mural, cadenas biométrique...

Vous pouvez donc poster sur le site, via un accès sécurisé, votre proposition d'invention, ou commenter et compléter d'autres propositions. Pour soumettre votre idée en ligne, vous devez préalablement vous inscrire, en créant votre profil.

Ensuite, la plate-forme met davantage en avant certaines idées selon certains critères (nombre de contributions suscitées, nombre de visiteurs, attractivité auprès des industriels et des distributeurs...).

CrowdSpirit démarche les entreprises mais « c'est aux industriels qui ont repéré certaines inventions de contacter les inventeurs » explique Lionel David. Ensuite, quand un produit est industrialisé, les membres contributeurs gagnent un pourcentage du revenu généré par le contrat négocié entre le producteur d'idée et le fabricant.

MyFab.com


Lancée en septembre 2007 par 5 co-fondateurs, dont plusieurs sont issus du site de rencontres en ligne Meetic, la start-up MyFab.com propose sur son site, ouvert en avril 2008, de passer des ordres groupés de fabrication directement auprès d'usines partenaires. Au préalable, les intenrautes doivent s'inscire en ligne, et peuvent choisir et voter pour des articles proposés en ligne, dans ledomaine de la maison (décoration et mobilier notamment), ou encore de la mode et des bijoux. Les articles plébiscités seront ainsi commandés. Les créateurs de MyFab.com estiment ainsi propser des prix réduits, grâce à la suppression des intermédiaires habituels.

Les plates-formes collaboratives de R&D américaines


D'autres start-ups reposant sur ce travail collaboratif se sont créées aux États-Unis. L'idée : faire appel à des scientifiques indépendants, disséminés dans le monde, et les préqualifier à partir de leurs CV.

InnoCentive, créée en 2001 par Alph Bingham ancien vice-président de l'un des leaders de l'industrie pharmaceutique, Eli Lilly, qui a financé ce projet. Une fois inscrits, les scientifiques indépendants collaborateurs peuvent accéder à sa place de marché sur Internet, où les problèmes de R&D des entreprises clientes sont mis en ligne par thèmes (chimie, ingénierie...) avec le résumé de la demande, une date limite et le montant de la récompense. Colgate Palmolive a rétribué 25 000 dollars Ed Melcarek, un scientifique du réseau d'InnoCentive pour avoir trouvé comment injecter de la poudre fluorée dans un tube de dentifrice. Le site compte près de 100 000 solvers.

De même, Idea Crossing, créée en 2003 par Anil Rathi, met en relation des grandes entreprises comme Hilton, ou Harley Davidson, et un réseau de plus de 2 000 étudiants de 88 MBA.

Quant à YourEncore, créée en 2003 par Brad Lawson, elle fait plancher près de 4 000 chercheurs et scientifiques à la retraite.

Mais ce système encore naissant soulève des questions, notamment sur le mode de rétribution des contributeurs. À la base, la start-up perçoit la récompense versée par l'entreprise, en moyenne 50 000 dollars chez Idea Crossing, 10 000 à 100 000 dollars pour les auteurs de solutions retenues chez InnoCentive. Le sujet du respect des droits de propriété intellectuelle des contributeurs semble aussi épineux.

Dans un autre genre, le crowdsourcing s'applique aussi... au football, MyFootBallClub.co.uk permettant aux fans d'acheter une équipe de foot.

Débats


Ce genre de travail collaboratif, encore en gestation, commence à susciter des débats. Les contributeurs sont-ils rémunérés de façon juste ? Car le crowdsourcing risque de devenir une occasion pour les entreprises de réduire de façon drastique leurs coûts de R&D, face à des internaute dispersés, n'ayant pas de contacts entre eux, et disposés à travailler gratuitement - ou pour peu. Il faudra distinguer les initiative collectives, basées sur le partage du savoir, dans la lignée de Wikipedia, et l'utilisation du crowdsourcing par les grosses entreprises commerciales.

Le texte original de cette fiche pratique est extrait de «Tout sur le web 2.0» (Capucine Cousin, Collection CommentCaMarche.net, Dunod, 2008)

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