Rédaction de contenus Web : quelques lignes directrices

Septembre 2016

Les utilisateurs passent plusieurs heures par jour devant un écran pour consulter de l'information sur Internet, parcourir des pages Web, lire et répondre des mails et rédiger des textes. Quels sont les éléments qui feront qu'un document sera imprimé plutôt que de le lire à l'écran ? Quelle quantité d'information sur une page Web semblera-t-elle trop dense ?

Introduction


La mise en ligne des contenus nécessite de les adapter au média particulier qu'est le Web ? Ce sujet touche aussi bien le contenu que sa mise en forme. C'est-à-dire sont concernés les aspects de lisibilité (legibility) et les aspects cognitifs liés à la lecture d'un contenu (lire quoi et pour quoi faire).

Il s'agit de mettre en lumière certains facteurs déterminant la «lisibilité» des contenus Web et de proposer quelques recommandations pour la rédaction.

Comment définit-on la lisibilité ?


La notion de «lisibilité» pour parler de lecture à l'écran couvre des dimensions comme la taille des caractères affichés, l'espacement des lettres, l'espacement des mots et des lignes, la typographie, la longueur des lignes, les niveaux de titre.

Au sens strict du terme, il s'agit de savoir si un texte peut-être lu. La taille des caractères ou encore le fond utilisé pour afficher le texte permet-il à ce dernier d'être lu ? Une autre acception du terme concerne la facilité de lecture associée au caractère «agréable» ou «plaisant» d'un contenu.

Deux notions permettent de synthétiser
  • «legible» pour désigner la lisibilité matérielle, typographique d'un texte.
  • «readability» pour désigner la dimension intellectuelle et psychologique lié au processus de compréhension d'un texte lu.

TimbalDuclaux (1985) a proposé à ce sujet les termes de «lisable / inlisable» pour distinguer l'aspect intellectuel de l'aspect matériel «lisible / illisible».

Enfin, un autre aspect concerne la facilité de compréhension qui peut être déterminée par le style et le vocabulaire utilisé. Aussi, un contenu mis en ligne devra être organisé et cette organisation rendue explicite. Le lecteur devra pouvoir explorer cette structure et lire le contenu. Le contenu Web devra donc être facile à lire, facile à explorer et facile à comprendre (Zibell, 2000).

Finalement, lorsque l'on analyse ces aspects, ils nous rapprochent de la définition de l'utilisabilité.

Que sait-on du comportement de lecture à l'écran ?


Les études réalisées sur la comparaison de la lecture de documents présentés sous forme papier et sous forme électronique datent des années '80. On s'est intéressé à la vitesse de lecture, à l'exactitude de la correction d'épreuves et à la compréhension (pour un état de l'art de ces études, voir : Dillon, 1992; Haas, 1992). Bien que certaines de ces études présentent des différences entre la lecture de documents papier et en ligne, les résultats sont très souvent peu probants et incohérents. Les seuls résultats cohérents concernaient la vitesse de lecture. Or, il semblerait que la qualité de certains dispositifs d'affichage tendrait à réduire les différences (Gould et al, 1987; Muter, Latremouille, Treunit, & Beam, 1982), voire à les éliminer (Muter & Maurutto, 1991).

Mais cette absence de résultats probants viendrait-elle des situations expérimentales ? Ces dernières sont-elles représentatives des activités quotidiennes de lecture sur papier et sur écran ? Mais quelles sont ces activités ?
D'après O'Hara (1996) plusieurs manières de lire peuvent être identifiées. Il y aurait :
la lecture «réceptive» c'est-à-dire une lecture assez proche du comportement d'écoute,
la lecture «réflexive» qui nécessite des interruptions permettant la réflexion,
le «parcours» (skim reading) qui consiste à lire rapidement afin d'avoir une idée globale du contenu. C'est ce type de lecture qui permet au lecteur de décider si le texte mérite une lecture attentive,
le «balayage», qui consiste à parcourir le texte afin de savoir si une information est présente ou pour localiser une information dont on sait qu'elle fait partie du texte.
La plupart du temps ces activités de lecture sont accompagnées d'activités telles que :
  • le surlignage,
  • la prise de note,
  • le résumé,
  • et la représentation graphique.


La question que l'on peut ensuite se poser concerne les raisons de la lecture. Pourquoi lit-on ?
  • pour apprendre ?
  • pour se renseigner ?
  • pour répondre à des questions ?
  • pour résumer ?
  • pour alimenter une discussion ?
  • pour corriger des épreuves ?
  • pour faire ? (une recette de cuisine, monter un meuble, etc.)
  • pour écrire ou modifier un document ? (ce que je fais actuellement...)
  • pour critiquer ?
  • etc.


On voit bien à partir de ces éléments que selon les objectifs de lecture et en fonction des activités qu'elle met en oeuvre, la présentation à l'écran ne sera pas forcément la meilleure solution. C'est pourquoi les textes longs et les documents transmis électroniquement sont aussi présentés dans des formats qui permettent de les imprimer. Ces objectifs de lecture et les manières de lire permettent de comprendre l'évolution des «e-books» (ces livres électroniques) bien que cette évolution n'ait pas encore réussie à convaincre les acheteurs...

Et que sait-on de la lecture sur le Web ?


Sur le Web, 79% des lecteurs auraient une lecture de type «balayage».
La lecture sur écran serait plus lente de 25% comparativement à la lecture papier. De plus les internautes ne semblent pas aimer le défilement des pages longues. Cela implique que les contenus doivent être courts et bien organisés, l'information importante devant être présentée en haut des pages.
Compte tenu de ces données, voici quelques recommandations.

Pour en savoir plus :

  • Dillon, A. (1992). Reading from paper versus screens: a critical review of the empirical literature. Ergonomics, 35, 1297-1326.
  • Gould, J. D., Alfaro, L., Barnes, V., Finn, R., Grischowky, N., Minuto, A., & Salaun, J. (1987). Reading is slower from CRT displays than from paper: attempts to isolate a single variable explanation. Human Factors, 29, 269-299.
  • Haas, C. (1992). Writing technology: studies on the materiality of literacy. Mahwah, NJ: Erlbaum.
  • Henning, K. (2000, December 12). The seven qualities of highly successful Web. clickz.com.
  • Henning, K. (2001, February 6). Writing for readers who scan. clickz.com.
  • Kahn, P., & Lenk, K. (1998, november december). Principles of typography for user interface design. Interactions, V, 15-29.
  • Leulier, C., Bastien, J. M. C., & Scapin, D. L. (1998). Compilation of ergonomic guidelines for the design and evaluation of Web sites. Commerce & Interaction Report. Rocquencourt, France: Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique.
  • Morkes, J., & Nielsen, J. (1998). Applying writing guidelines to Web pages. In C.-M. Karat & A. Lund & J. Coutaz & J. Karat (Eds.), Proceedings of the Conference on Human Factors in Computing Systems. CHI'98 Summary (Los Angeles, CA, 18-23 April) (pp. 321-322), New York, NY, ACM.
  • Muter, P., Latremouille, S. A., Treunit, W. C., & Beam, P. (1982). Extended reading of continuous text on television screens. Human Factors, 24, 501-508.
  • Muter, P., & Maurutto, P. (1991). Reading and skimming from computer screens and books: The paperless office revisited? Behaviour and Information Technology, 10(4), 257-266.
  • Nielsen, J., Schemenaur, P. J., & Fox, J. (1998). Writing for the Web. Sun.com. Disponible à l'adresse suivante: http://www.sun.com/980713/webwriting/.
  • O'Hara, K. (1996). Towards a typology of reading goals (Technical Report EPC-1996-107). Cambridge: Rank Xerox Research Centre. (PDF, 56 Ko)
  • Zibell, K. (2000). Most readability principles apply to Web-site design. Klare's «Useful Information» is useful for Web designers. ACM Journal of Computer Documentation, 24(3), 141-147.

A voir également :

Ce document intitulé «  Rédaction de contenus Web : quelques lignes directrices  » issu de CommentCaMarche (www.commentcamarche.net) est mis à disposition sous les termes de la licence Creative Commons. Vous pouvez copier, modifier des copies de cette page, dans les conditions fixées par la licence, tant que cette note apparaît clairement.